‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 420 sur 448 · SIXIEME LETTRE · texte numérisé non relu

SIXIEME LETTRE

A la mère Magdeleine du Saint-Esprit, religieuse du même couvent de Cordoue. Il l'encourage à souffrir patiemment les incommodités qui se trouvent dans les nouvelles fondations.

Jésus soit en votre âme, ma chère fille en Jésus-Christ. Je me rejouis des bonnes résolutions que vous me marquez en votre lettre, et je bénis Dieu de ce que, par une providence particulière, il dispose 'si bien toutes choses. Car vous aurez suffisamment ce qu'il faut pour supporter, dans les commencements de cette fondation, les chaleurs de l'été, la petitesse des cellules, la pauvreté, toutes les autres peines. Néanmoins personne ne s'apercevra si elles vous sont fâcheuses ou non. Considérez que Dieu ne veut point d'âmes faibles, ni délicates, ni amoureuses d'elles-mêmes ; mais il en cherche de fortes, de mortifiées, pleines d'une sainte haine d'elles-mêmes pour dévorer les difficultés des premiers établissements. C'est pourquoi il leur donne alors de si grands secours, que si peu qu'elles aient d'application, elles font de grands progrès en la vertu. Véritablement c'est un bonheur considérable pour vous et une marque de la bonté de Dieu, de vous avoir conduite où vous êtes, laissant là tant d'autres religieuses qui vivraient saintement sous votre gouvernement. Car quoique ce que vous abandonnez ait coûté beaucoup, ce n'est après tout qu'un pur néant, et il fallait vous en priver en peu de temps. Mais si nous voulons posséder Dieu, il faut que nous n'ayons rien de créé. En effet, comment le cœur, quand il s'attache à quelque objet, peut-il appartenir à deux en même temps? Je dis la même chose à votre sœur, et je demande le secours de vos prières auprès de Dieu, que je prie de demeurer avec vous en votre âme. Ainsi soit-il. A Ségovie, le vingt-huitième de juillet 1589.

Fr. Jean de la Croix.

■ v ri S

Page 1