SEPTIEME LETTRE
A une demoiselle de Madrid, qui prit, peu de temps après, l'habit de carmélite déchaussée, et vécut saintement dans le couvent des Arènes, en la Nouvelle-Caslille. Il répond à trois questions qu'elle lui avait faites : sur les péchés qu'il faut pleurer, sur la manière de méditer la vassion de Jésus-Christ, et sur la gloire du paradis.
Jésus soit toujours en votre âme. Lorsque le messager est arrivé, je n'ai pu vous répondre, parce qu'il passait plus outre; et maintenant même qu'il est revenu, il attend ma réponse. Je prie Dieu, ma fille, de vous donner toujours sa grâce pour l'aimer en toutes choses et pour le servir comme vous y êtes obligée, puisque vous êtes créée et rachetée
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pour cette seule Gn. J'aurais bien des choses à dire sur les (rois points que vous me proposez, mais la brièveté du temps et le caractère des lettres, qui doivent être courtes, no le permettent pas. Je vous écris néanmoins trois choses qui pourront vous être utiles, lin premier lieu, quant aux péchés, qui sont si odieux au Seigneur, qu'il a été nécessaire que Jesus-Christ mourût pour les effacer, vous devez, afin de les pleurer et de les éviter à l'avenir, vous éloigner du commerce des hommes autant qu'il vous sera possible. Quoi que vous tassiez aussi, vous ne devez dire aux. autres que ce qui est précisément nécessaire. Car, quelque parfait que soit un homme, il lui sera toujours préjudiciable de donner plus de temps à la conversation que la nécessité et la raison ne demandent. 11 faut encore que vous gardiez avec exactitude et avec amour les commandements de Dieu.
En second lien, pour vous entretenir dans les méditations de la passion de Notre-Seignenr, vous devez traiter votre corps rigoureusement, mais avec discrétion. Vous devez concevoir de la haine contre vousmême et pratiquer avec prudence une sévère mortification. Vous ne devez enfin jamais chercher le goût et la dévotion sensible, ni suivre les mouvements de la propre volonté, qui est la cause de la passion et de la mort du Fils de Dieu. Mais en tout cela, ne faites rien que par le conseil de votre père spirituel.
En troisième lieu, si vous voulez considérer avec fruit la gloire céleste, et en faire le sujet de nos méditations et l'objet de votre amour, vous ne devez estimer tous les biens et tous les plaisirs du monde que boue, que vanité et que peine, comme ils le sont effectivement. Ne faites étal que de la grâce et de l'amitié de Dieu. Les choses de la terre les plus précieuses, si on les compare avec les biens éternels, pour lesquels nous sommes créés, sont viles et amères; leur laideur et leur amertume, quoique passagères, demeurent éternellement gravées dans l'âme qui a eu de l'estime pour elles. Je n'oublie pas votre affaire, mais on ne saurait présentement l'expédier; je l'ai néanmoins fort à cœur. Recommandez-la sérieusement à Dieu, et prenez pour intercesseur auprès de lui la sainte Vierge, mère de Dieu, et saint Joseph. Je salue très-particulièrement madame votre mère; je vous demande à toutes deux vos prières; et vous aurez soin, s'il vous plaît, de prier par charité pour moi. Dieu vous donne son esprit. A Ségovie.
Fr. Jeax de la Croix.