TOUCHANT LE RENONCEMENT AU GOUT DE L'AME
La première chose que doit faire celui qui veut profiter et s'avancer dans la voie de l'esprit, c'est qu'il ait ordinairement et sa pensée et son affection appliquées à regarder Jésus-Christ en toutes choses, se conformant à sa vie, qu'il doit sans cesse considérer pour la savoir imiter.
La seconde chose qu'il doit faire pour bien imiter Jésus-Christ, est de renoncer à tous les goûts, à toutes les satisfactions qui s'offrent à ses sens, si ce n'est qu'il y rencontrât purement la gloire de Dieu, et qu'il restât vide et dénué de toutes choses pour l'amour de Jésus-Christ, qui n'eût et ne voulût avoir en cette vie autre satisfaction, ni autre
goût que de faire la volonlé de son Père, qu'il appelait sa viande et l'unique nourriture dont il se sustentait. Liv. I de la Montée du Mont- Carmel, chap. 13.
Le vrai esprit de Jésus-Christ cherche en Dieu plutôt l'amertume que le doux, s'incline plus à pâlir qu'à être consolé , aux aridités et aux désolations, qu'aux communications savoureuses; à être privé de tous biens plutôt que de les posséder sans souffrances. Liv. II de la Montée du Mont-Carmel.
Ceux-là se trompent qui croient que c'est assez pour la perfection de renoncer au monde, et ne pensent pas à l'anéantir, en cherchant les sécheresses, les dégoûts et les travaux, vu que c'est être des ennemis spirituels de la croix de Jésus-Christ. Ibid.
Portez votre cœur, non pas au plus aisé, mais au plus difficile ; non pas au plus savoureux, mais au plus insipide; non à la consolation, mais à la désolation; non au repos, mais au travail; non au plus, mais au moins; non à vouloir quelque chose, mais à ne vouloir rien. C'est le chemin royal qui conduit à Dieu. Liv. II de ta Montée du Mont-Carmel. chap. 23.
Se chercher soi-même en Dieu, c'est rechercher les caresses et les consolations de Dieu; mais chercher Dieu en soi, c'est se priver nonseulement de l'un et de l'autre pour Dieu, mais encore ambitionner et poursuivre ce qu'il y a de plus affligeant en Dieu et dans les créatures. Liv. 11 de la Montée du Mont-Carmel, chap. 2.
Si l'âme se plaît et se laisse conduire à la saveur de la dévotion sensible, elle n'arrivera jamais à la force des délices spirituelles qui se trouvent dans la seule nudité de l'esprit. Liv. III de la Montée du Mont- Carmel, chap. 39.
La dévotion consiste plus dans l'invisible que dans le visible. Liv. III de la Montée du Mont-Carmel, chap. 3t.
Bien que l'aridité qui vient de Dieu ôto toutes sortes de goûts, tant du ciel que de la terre, elle nous unit pourtant plus à Dieu quoiqu'avec peine et solitude. Liv. I de la Nuit obscure, chap. 9.
C'est vouloir arriver au but sans passer par le milieu, que de prétendre aux caresses de Dieu, sans vouloir passer par les travaux. Cant. d'Amour, chap. 36.
Plus on a de goût dans l'oraison, moins on traite Dieu avec respect. Liv. I de la Nuit obscure, chap. 12.
Moins on a de goût dans l'oraison, plus on connaît sa misère, le mérite de son prochain et la grandeur de Dieu. Ibid.
Vous êtes plus agréable à Dieu en vous soumettant et faisant tout autre bien avec dégoût et aridité que si vous le faisiez avec goût et facilité. Dans ses Avis, 25.
Si vous cessez de faire de bonnes œuvres à cause du manquement de goût et de saveur, c'est le goût que vous recherchez dans votre action, et non pas les bonnes œuvres. Ibid. ii.
Sachez que l'amour ne consiste pas à sentir de grandes choses, mais à se renoncer et à souffrir d'un grand courage pour Dieu. Ibid. 55.