S LETTRE DE FRA LOUIS DE LÉON
rait s'empêcher de voir un grand miracle, dans ce que Dieu fait maintenant en elles et par elles.
Si on entend par miracle ce qui arrive en dehors de l'ordre naturel , il y a ici tant de choses si grandes, si extraordinaires et si nouvelles . que c'est peu de les appeler un miracle , et qu'elles sont bien plutôt une accumulation de miracles. D'abord c'en est un qu'une femme, et une femme seule, ait ramené à la perfeclion un ordre de femmes et d'hommes. C'en est encore un autre, que la grande perfection à laquelle elle les a élevés. C'en est un troisième qu'en si peu d'années, avec de si faibles commencements, cette réforme ait fait des progrès immenses. Ce sont toutes choses qui méritent chacune une considération particulière.
Les femmes devant plutôt recevoir que faire l'enseignement, d'après saint Paul lui-même, ad Col., c. XIV, c'est une chose merveilleuse autant que nouvelle, que de voir une faible femme former une entreprise si grande, si sage et si utile, cl en venir à bout avec autant de courage que de bonheur ; de la voir, dis-je , enlever tous les cœurs , pour les gagner à Dieu , et entraîner tout le monde à sa suite , pour des choses qu'abhorre la nature. Cela nous fait voir , autant que je puis en juger, que dans ces temps malheureux où il semble que le démon triomphe dans la multitude des infidèles qui le suivent, dans la perfidie de tant de peuples hérétiques qui embrassent son parti , et dans les vices scandaleux des fidèles qui déshonorent la religion et se moquent de tout , Dieu a voulu lui opposer non un homme extraordinaire, entouré du prestige de la science, mais une femme pauvre et seule, pour le défier, lever l'étendard contre lui , une armée pour le vaincre, le mettre en fuite et l'abattre. 11 a voulu aussi , pour faire éclater sa toute-puissance, que tandis que tant de milliers d'hommes lui demandent son royaume , les uns avec leurs erreurs grossières , les autres avec leurs vices détestables , une femme éclairât les esprits et réformât les mœurs d'une grande partie de la génération qui s'élève, pour réparer tant de pertes. Enfin, dans la vieillesse de son Eglise, il a trouvé bon de nous montrei que sa grâce n'a pas vieilli , et qu'aujourd'hui la vertu de son esprit n'est pas moindre que dans les premiers temps el les plus heureux, puisqu'avec des moyens plus faibles de leur naiure que ceux d'alors, il fait les mêmes, ou à peu près les mêmes choses qu'alors.
En effet (et c'est le second miracle), la vie que vous menez et la perfection a laquelle votre mère vous a élevées, ne sont-elles pas une image de la sainteté de l'Eglise primitive? Il est certain que ce que l'histoire nous dit de ces anciens temps, nous le voyons maintenant de nos propres yeux dans votre genre de vie, qui nous fait voir en action ce qui paraissait naguère encore introuvable ailleurs que sur le papier et en paroles, tant cela était peu pratiqué! Ce qui étonne quand on le lit, ce que la chair croit à peine, on le voit maintenant accompli dans votre personne, madame, et dans vos compagnes. Détachées de tout ce <;ui n'est pas Dieu, consacrées au divin Epoux, embrasées d'amour pour lui , animées du courage des hommes forts, malgré la faiblesse de vos membres de femmes, vous mettez en exécution les maximes de la plus sublime et de ld plus généreuse philosophie que les hommes aient jamais imaginée. Vous atteignez par les œuvres un point de perfection el d'héroïsme où le génie était à peine parvenu par l'imagination. Vous ft^yez les richesses, vous haïssez la liberté, vous méprisez la gloire vous aimez l'humilité et le travail. Toute votre ambition consiste a vous avancer continuellement, avec une sainte émulation, dans la vertu ou votre Epoux vous engage avec une force d'attraits dont il inonde
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