SCR LA DOCTRINE DE SAINTE THÉRÈSE
lations, comment elle eut soin de les examiner et comment, au lieu de les prendre pour règle de sa conduite, elle suivit toujours les ordres et les conseils de ses supérieurs et de ses confesseurs. Cependant elles étaient bonnes, et rien n'était plus notoire, à voir les fruits de réforme qu'elles produisirent en elle et dans son ordre. Ainsi les révélations racontées dans ces écrits ne sont nullement douteuses ni suspectes. Elles sont bien éloignées d'ouvrir la porte à celles qui le sont ; car, au contraire, elles apprennent à les reconnaître et elles servent pour cet effet, comme de pierre de touche. Il reste à réfuter maintenant ceux qui trouvent du danger dans la sublime spiritualité de ces livres, qu'ils prétendent n'être nullement intelligibles pour tout le monde. Il y a trois sortes de personnes : les uns font oraison ; les autres, s'ils voulaient, pourraient aussi faire oraison; enfin il en est qui, à raison de leur condition et de leur état, ne peuvent faire oraison. Eh bien! je le demande, quels sont ceux pour qui ces livres ont du danger? Pour les spirituels? Nullement. Ce serait au contraire une perte pour eux d'ignorer ce que Thérèse a fait et enseigné. Pour ceux qui ont de la disposition à devenir spirituels ? Encore moins : parce qu'ils trouvent dans ces livres non-seulement un guide, s'ils le deviennent, mais encore des encouragements et des exhortations pour le devenir, ce qui est un trèsgrand bien. Pour les derniers? En quoi leur sont-ils dangereux? En ce qu'ils leur apprennent que Dieu est bon pour les hommes? que quiconque renonce à tout, le trouve? qu'il remplit les âmes de contentement? de quelle manière il les purifie et les perfectionne? renfermentils des choses qui ne sanctifient pas ceux qui les savent et qui les lisent? ne produisent-ils pas l'admiration pour Dieu et n'enflammentils pas de son amour? Si la considération des œuvres extérieures delà création et des soins de la Providence est d'un profit général pour tous les hommes, la connaissance des merveilles secrètes de Dieu pourra-telle être préjudiciable à qui que ce soit? Que s'il s'en trouvait quelqu'un qui, par ses mauvaises dispositions, en fût mal édifié, serait-il juste pour cela de fermer la porte à tant d'autres et à tant d'avantages? N'annoncct-on pas l'Evangile, quoi qu'il soit pour celui qui ne le reçoit pas , l'occasion d'une plus grande damnation ? Quels sont les écrits, sans eu excepter les livres saints, dont un esprit mal disposé ne puisse abuser pour s'aveugler? Quand on juge des choses, on doit considérer si elles sont bonnes en elles-mêmes et propres à leurs fins, et non l'abus qu'on en pourra faire. Car si on s'arrête à cet inconvénient, il n'est rien de si saint qui ne puisse être défendu. Quoi de plus saint que les sacrements ? et cependant combien de chrétiens les reçoivent mal ! Le démon malin et toujours attentif à nous nuire, prend différentes formes et se rend dans l'esprit de plusieurs zélé et soigneux du bien du prochain, afin que, sous prétexte d'un mal particulier, on prive tout le monde d'une chose qui est d'une utilité et d'un profit général. Il sait qu'il a plus à perdre à ce qu'on devienne meilleur et parfait dans la spiritualité par le secours de la lecture de ces livres, qu'il n'a à gagner à l'ignorance, ou à la malice de tel ou tel, qui, par son peu de disposition, en deviendra pire. Alors, pour ne pas perdre les uns, il exagère et met devant les yeux la perte des autres, dont il a assuré la damnation par mille autres moyens.
Ainsi donc, comme je l'ai déjà dit, je ne connais personne assez pervers pour le devenir davantage en apprenant que Dieu est bon pour ses amis, combien il leur est bon, et quel est le chemin par lequel il conduit les âmes, ce qui est tout l'objet de ces livres. Je me défie seulement de certains qui veulent conduire tout le monde et qui désapprouvent tout ce qui ne vient pas d'eux , en le discréditant , parce que
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