‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 51 sur 448 · LETTRE SCR LA DOCTRINE DE SAINTE THÉRÈSE · texte numérisé non relu

LETTRE SCR LA DOCTRINE DE SAINTE THÉRÈSE

cela n'a pas leur sanction. Je n'ai rien à dire à de telles gens : leur lort a sa source dans leur volonté et ils ne veulent pas être éclairés. Je prie seulement tous les autres de ne pas prendre garde à eux , parce qu'ils ne méritent aucune attention.

Je ferai observer ici une chose qu'il est nécessaire de remarquer: c'est que la sainte mère Thérèse, en parlant de l'oraison qu'on nomme de quiétude et d'autres degrés plus élevés, et en traitant de certaines grâces particulières que Dieu fait aux âmes, dans plusieurs endroits de ses livres, a coutume de dire que l'âme est unie à Dieu, que l'âme et Dieu s'entendent, et que l'âme a la certitude que Dieu lui parle, et d'autres choses semblables. Là-dessus , personne ne doit entendre qu'elle établit que l'âme a la certitude d'avoir la grâce et la justice , tandis qu'elle est livrée à de tels exercices, ni toute autre personne, quelque sainte qu'elle soit, de manière à être assurée en elle-même qu'elle la possède, et que celui-là seul en est assuré, à qui Dieu l'a révélé. Celle mère elle-même, qui jouit de toutes les faveurs dont elle parle dans ces livres, et de beaucoup d'autres dont elle ne parle pas , dans un écrit dit d'elle-même ce qui suit ; Et ce qui ne se peut souffrir, Seigneur, c'est de ne pouvoir savoir avec certitude si je vous aime et si mes désirs vous sont agréables. Ailleurs : Mais, hélas ! mon Dieu! comment pourrai-je savoir que je ne suis pas séparée de vous? 0 ma viel faut-il que je vive avec si peu de sécurité sur une chose si importante /... Qui souhaitera de vivre? mais si le profit qu'on peut tirer ou espérer de la vie consiste à contenter Dieu en tout, est-il rien de plus incertain et de plus rempli de périls ?

Dans le livre des Demeures , en parlant des âmes qui sont entrées dans la septième, qui sont celles du premier et du plus parfait degré, elle s'exprime ainsi : Elles sont délivrées des péchés mortels qu'elles connaissent, quoiqu'elles ne soient pas assurées de n'en avoir pas qu'elles ignorent; et cela ne leur est pas un petit tourment. Elle entend dire seulement, ce qui est vrai , que les âmes dans ces exercices ont le sentiment de la présence de Dieu par les effets qu'il produit en elles en ce moment, qui consistent à leur causer de douces joies, à les remplir de lumières, à leur donner des avis et de saintes affections , toutes choses qui sont de grandes grâces de Dieu, qui bien souvent accompagnent la grâce justifiante, ou y disposent, mais qui ne sont pas pour cela celte grâce même, et ne l'accompagnent pas toujours et nécessairement. C'est ce qui se voit clairement au sujet des prophéties , puisque celui qui est en élat de péché peut être favorisé du don d'en faire. Il sait alors que Dieu lui parle, et il ignore s'il le justifie, et par le fait il ne le justifie pas alors, quoiqu'il lui parle et qu'il l'instruise. On doit étendre celte observation à toute la doctrine en général ; et pour ce qui est de la mère en particulier, il est possible qu'après qu'elle eut écrit les paroles que je viens de rapporter, elle ait eu quelque assurance, ou quelque révélation particulière d'être en élat de grâce. Mais comme on aurait tort de l'alarmer positivement, je pense qu'il serait d'un mauvais esprit de le nier. Les dons et les faveurs que Dieu lui accorda dans ses dernières années lurent plus grands encore que ceux des premières , comme le font bien entendre certaines choses de ses livres. Mais de ce qui se passa en elle par un bonheur singulier, personne n'a le droit d'en faire une règle générale et, au moyen de cet avertissement, tous ses écrits restent sans aucune pierre d'achoppement. Ils seront, selon moi , et je l'espère, tout aussi profitables aux âmes, qu'ils vous l'ont été à vous-mêmes, mesdames, qu'ils ont élevées à la perfeclion et qu'ils y maintiennent, comme on voit. Je vous supplie de vous souvenir toujours de moi dans vos saintes oraisons.

A Saint-Philippe le Madrid, le 13 septembre 1387.

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