‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 52 sur 448 · SAINT PIERRE D'ALCANTARA · texte numérisé non relu

SAINT PIERRE D'ALCANTARA

ji '

Au commencement du quinzième siècle, avant que Luther eût encore jeté dans l'Eglise l'esprit de curiosité et d'examen, la religion, mollement assise sur ses larges fondements, allaitait en souriant ses petits enfants qui se jouaient sur ses genoux, et nourrissait amoureusement à sa table couverte d'aliments célestes la multitude de ceux qui avaient grandi. Elle leur donnait des fêtes délicieuses et ils en étaient si enivrés qu'ils ne se plaignaient que de leur rareté. Ces fêtes des âmes étaient des jours solennels de prière. La prière était le vin et les parfums du banquet, les sacrements en étaient les mets sanctifiants. L'Eglise exhalait alors de toutes parts l'odeur des vertus, la bonne odeur de Jésus-Christ, parce que l'Eglise avait la simplicité de la foi et l'esprit de piété. Heureux temps, quêtes -vous devenus!

Ce fut alors qu'on vit s'élever en Espagne, fleurir et briller de tant d'éclat cette haute école mystique dont sainte Thérèse fut le premier docteur, et dont Jean d'Avila et saint Pierre d'Alcantara furent des maîtres si illustres. De ces trois saints personnages, saint Pierre d'Alcantara est aujourd hui le moins connu parmi nous et même parmi ses compatriotes. Les âmes pieuses, nous en avons la certitude, nous saurons gré d'une notice qui leur fasse connaître la vie d'un si grand saint, et surtout de l'édition du chef-d'œuvre ascétique dont il est l'aug teur, et que nous avons eu de la peine à nous procurer, tant il est devenu rare.

L'an li99, naquit Pierre d'Alcantara dans la petite ville de ce nom, en Estramadure, province de l'ouest de l'Espagne. Ses nobles parents rehaussaient l'illustration de leur origine par la pratique exemplaire des vertus chrétiennes. En récompense de ce mérite personnel et de si grand prix, comme aussi par un dessein miséricordieux en faveur de ces âmes de prédilection, Dieu suscita de leur union ce fils de bénédiction qu'ils virent croître en âge et en sagesse. Dès sa plus tendre enfance, Pierre fit présager ce qu'il serait toujours, par l'ardeur qu'il montrait pour tout ce qui a rapport à la piété. A l'âge de seize ans, il entra dans l'ordre des frères mineurs; sa vie angélique le fit admirer et regarder comme le modèle de toutes les vertus. Lorsqu'il eut fait sa profession, il reçut de ses supérieurs l'ordre de prêcher, et, par la puissance de sa parole et de sa sainteté, il convertit plusieurs grands pécheurs.

Mais voyant avec peine que l'ordre de saint François était déchu de sa régularité primitive, il forma le dessein d'une réforme générale dont il dressa le plan, qu'il soumit à l'approbation du saint-siège apostolique. Après l'avoir obtenue, il fit bâtir, pour y jeter les nouveaux fondements de son ordre, un couvent à Pédrosa, en Andalousie. Là, ayant réuni plusieurs moines qui entraient dans ses vues, il commença à mener une vie si austère, qu'il ne portait jamais que l'habit le plus usé de la communauté, et il ne voulut jamais en avoir deux. Sa réforme fit de tels progrès, qu'en peu de temps elle s'étendit dans plusieurs provinces d'Espagne, et que son ordre s'introduisit eu Amérique.

if ■

itœœBBKmBiïmsaBBQBBœBŒ

TRAITÉ DE LORAISCN.

Il aida de toules ses forces sainte Thérèse dans la réforme de l'ordre des carmes et la fondation des carmélites. Cette sainte, docteur de l'Espagne, eut une révélation du ciel dans laquelle Dieu lui fi t connaître que tout ce qu'elle demanderait par les prières de Pierre d'Alcantara, lui serait accordé, cl elle l'appela toujours saint.

Il ne voulut accepter aucune dignité, et Charles-Quint ne put jamais le faire consentir à devenir son confesseur. Il fut néanmoins gardien, définileur el deux fois provincial de son ordre.

11 était si pur et si chaste qu'il ne voulut pas permcltre que le frère qui le servait dans sa dernière maladie le touchât. On dit que personne n'avait vu le blanc de ses yeux. 11 avait fait un pacte avec son corps pour ne lui donner jamais de repos.

Ce que sainte Thérèse raconte de sa pénitence est étonnant. Il ne dormait qu'une heure et demie et sa cellule n'avait que quatre pieds et demi de long. Il ne mangeait que tous les trois jours. Malgré tant d'austérité, il était doux et de la conversation la plus aimable; il était bon pour tout le monde et rigide seulement pour lui-même.

Ce grand saint, qui fut un des hommes les plus remarquables de son siècle, mourut à l'âge de 63 ans, en 1562. Après sa mort, il apparut à sainet Thérèse et lui dit : 0 felix pœnitentia, quœ tantam mihi promeruit gloriaml

Page 1