LE LUNDI
Ce jour-là, après avoir fait le signe de la croix et la préparation qui doit précéder, on doit penser au lavement des pieds et à l'institution du très -saint sacrement.
Considère ensuite, ô mon âmel ton doux et bon Jésus à la Cène et admire l'exemple étonnant d'humilité qu'il t'y donne, en se levant de table et lavant les pieds à ses disciples. O bon Jésus! que faites-vous là? ô bon Jésus, pourquoi humiliez-vous ainsi votre majesté? Quels sentiments éprouverais-tu, ô mon âme, si tu voyais là Dieu à genoux aux pieds des hommes, aux pieds d'un Judas? O cruel! comment se peut-il que ton cœur ne soit pas gagné par une telle humilité? comment tes entrailles ne sont-elles pas déchirées par une si grande mansuétude? Est-il possible que lu aies résolu de vendre ce doux agneau? est-il possible que tu n'en sois pas repentant en ce moment, à la vue de cet exemple? O belles et blanches mains! comment pouvez-vous toucher des pieds si immondes et si abominables? ô les plus pures des mains! comment ne répugnez-vous pas à laver des pieds couverts de la boue des chemins et traîtres à votre sang? ô bienheureux apôtres ! comment ne tremblez-vous pas en voyant une si grande humilité? Pierre, que faites-vous? allez-vous consentir à ce que le Seigneur de la majesté vous lave les pieds? Saint Pierre étonné, émerveillé de voir le Seigneur agenouillé devant lui, se mil à lui dire : Vous, Seigneur, vous, me laver les pieds! N'ètes-vous pas le Fils du Dieu vivant, n'ètes-vous pas le Créateur du monde, la beauté des cieux, le paradis des anges, le remède des hommes, la splendeur de la gloire du Père, la source de la sagesse de Dieu? Pourquoi voulez-vous donc me laver les pieds? Vous, Seigneur, d'une si grande majesté et gloire, vous voulez vous abaisser à un office d'une si grande bassesse 1
Considérez maintenant qu'après avoir fini de laver les pieds il les essuie avec le saint linge dont il s'est ceint les reins, et élevez plus haut les yeux de l'âme; vous verrez alors la représentation du mystère de notre rédemption. Voyez comment ce linge prit sur lui-même toute la malpropreté des pieds salis ; et comment ils restèrent propres, et le linge couvert de taches et de saletés. Quoi de plus souillé que l'homme conçu dans le péché? quoi de plus net et de plus beau que Jésus-Christ conçu du Saint-Esprit? Le teint Je mon bien-aimé est blanc et coloré, dit l'Epouse; il est reconnaissable entre mille autres. Celui donc qui était si beau et si brillant consentit à recevoir sur lui toutes les taches et les laideurs de nos âmes, et après les avoir bien lavées et enlevées, il en resta sur la croix, comme vous le voyez, enlaidi et défiguré.
Considérez encore ces paroles par lesquelles le Seigneur finit celle cérémonie. Je, vous ai donné l'exemple, afin que ce que j'ai fait, vous le fassiez vous-mêmes. Non-seulement on doit se rappeler ici ces paroles et cet exemple d'humilité, mais encore toutes les actions et la vie de Jésus-Christ, parce qu'elle est le plus parfait modèle de toutes les vertus et particulièrement de celle qui éclate en cette circonstance.
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TRAITÉ DE L*ORAISON ET DE LA MÉDITATION
De l'institution du très-saint Sacrement.
Pour entendre quelque chose à ce mystère, il faut d'abord supposer qu'aucune langue créée ne peut parler de l'amour de Jésus-Christ pour l'Eglise son épouse, et par conséquent, pour chaque âme qui est dans l'état de grâce, puisque chacune de ces âmes est son épouse. Donc ce tendre Epoux étant sur le point de quitter celle vie et de se séparer de l'Eglise son épouse, de peur que son absence ne le fît oublier, lui laissa en gage de souvenir, le très-saint sacrement, dans lequel il se laissait lui-même, ne voulant pas qu'entre lui et elle il y eût autre chose que lui pour conserver son souvenir. L'Epoux voulut aussi laisser à son Epouse une compagnie durant une si longue absence; et il lui laissa celle de ce sacrement où il se renferma lui-même, qui était la meilleure compagnie qu'il pût lui laisser. 11 voulut également aller souffrir la mort pour son Epouse, la racheter et l'enrichir du prix de son sang; et pour qu'elle pût, lorsqu'elle voudrait, jouir de ce trésor, il en laissa la clef dans ce sacrement : c'est pour cela que saint Chrysoslome nous dit que toutes les fois que nous nous approchons de ce sacremenl, nous devons penser que nous appliquons nos lèvres sur le côté de Jésus-Christ , que nous buvons son sang précieux et que nous en devenons participants. Ce céleste Epoux ambitionnait aussi d'être aimé vivement de son Epouse, et c'est pourquoi il institua ce mystérieux aliment, consacré par certaines paroles, qui touche et blesse d'un grand amour quiconque le reçoit dignement.
Il se proposait de lui donner des assurances et des gages du bienheureux héritage de la gloire, afin que dans celte espérance elle traversât joyeusement toutes les peines et tous les maux de celle vie. Or, pour procurer à son épouse une espérance assurée et tranquille, il lui laissa en gage ce trésor, qui est celui de tout ce qu'on espère ailleurs, afin qu'elle n'eût aucune crainte que Dieu ne se donnât pas â elle dans la gloire, où elle vil en esprit, lorsqu'il ne refuse pas de se donner à elle dans celle vallée de larmes, où elle vit dans la chair.
Il voulait enfin, à la veille de sa mort, faire son testament, et laisser à son Epouse un legs signalé, capable de la consoler, et il lui laissa ce qu'il y a de plus précieux et de plus avantageux, puisque par son legs, il lui laissa Dieu. Il voulait laisser à nos âmes des provisions suffisantes et des vivres pour les faire subsister; car, pour vivre de la vie spirituelle, l'âme n'a pas moins besoin de sa propre nourriture, que le corps de la sienne, pour vivre de la vie naturelle. C'est pourquoi, ce médecin si sage qui avait la main sur le pouls de notre faiblesse, établit ce sacrement sous les apparences de la nourriture, afin que ces apparences nous apprissent à la fois et l'effet qu'il produirait el le besoin que nous eu avions, qui n'est pas moindre que celui que nos corps ont de leur nourriture.