‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 68 sur 448 · LE MARDI · texte numérisé non relu

LE MARDI

Ce jour-là, vous penserez à la prière du jardin, comment les Juifs se saisirent du Sauveur el l'emmenèrent, et aux outrages qu'ils lui firent chez Anne.

Considérez donc, premièrement, comment après avoir fini la Cène mystérieuse , le Seigneur alla prier avec ses disciples au mont des Oliviers, avant d'entrer dans le combat de sa passion : qu'il le fit pour nous apprendre que dans les rudes épreuves el dans les tentations de cette vie, nous devons toujours recourir à la prière (ancre sacrée) qui a le pouvoir de nous délivrer du poids de la tribulalion, ou ce qui est une plus grande grâce, de nous donner la force de le porter. Il se rendit à celle montagne accompagné des trois apôlres qu il aimait le plu6,

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TRAITÉ DE L'OHAISOS ET DE LA MEDITATION

saint Pierre, sainl Jacques et saint Jean, qui avaient été témoins de sa transfiguration, aûu de leur faire voir par quel état différent allait passer pour l'amour des hommes, celui qui leur avait paru si glorieux dans cette vision. Voulant leur faire entendre que les déchirements intérieurs de son âme n'étaient pas moindres que les souffrances qu'il commençait à laisser parailre extérieurement , il leur adressa ces paroles si douloureuses : Monâme est triste jusqu'à la mort ; attendezmoi ici et veillez avec moi. Après ces mots , il s'éloigna de ses disciples à la distance de la portée d'une pierre, et se prosternant contre terre avec un très-profond respect, il commença à prier, en disant : Mon Père, s'il est possible, faites que ce calice passe loin de moi ; mais toutefois ne faites pas ma volonté, mais la vôtre. Après avoir répété cette prière à trois reprises, il tomba à la troisième dans une telle agonie, qu'il commença à suer des gouttes de sang qui coulaient sur son corps sacré, une à une, jusqu'à ce qu'elles tombassent à terre. Considérez ensuite le Seigneur dans celte dernière extrémité et voyez-le se représentant tous les tourments qu'il allait souffriret prévoyant de la plus claire vue les plus cruels supplices que l'on préparait à son corps extrêmement délicat, se représentant sous les yeux tous les péchés du monde, pour lesquels il souffrait, et l'ingratitude de. tant d'âmes qui ne devaient jamais reconnaître un tel bienfait, ni profiler d'un remède qui coûtait si cher. Son âme en fut si angoissée etses sens si accablés, qu'il tomba en défaillance et que tous ses pores ouverls donnèrent issue à sjn sang béni qui s'échappa en si grande abondance, qu'il coulait jusqu'à terre. Mais si son corps était si atterré sous le poids de ces grandes douleurs, qu'était-ce de son âme qui les souffrait immédiatement ? Voyez maintenant venir, lorsqu'il a fini sa prière, un faux ami à la tête d'une troupe infernale : c'est un apôtre apostat, un officier et un capitaine de l'armée de Satan. Voyez avec quelle impudence il marche le premier de tous,el,s'approchant deson bon Maître, il le vend par le baiser d'une fausse paix. C'est alors que le Seigneur dit à ceux qui venaient le prendre : Vous venez m'arrclcr comme un voleur, armés d'épées et de lances, et lorsque j'étais avec vous dans le temple, vous n'avez pas mis la main sur tnoi ! mais c'est en ce moment votre heure et la puissance des ténèbres. C'est ici un mystère digne d'une grande admiration. Quel plus grand sujvt d'étonnement que de voir le Fils de Dieu prendre uonseulemenl la ressemblance du pécheur, mais encore celle du condamné I Celle heure, dil-il lui-même, est voire heure , et c'est la puissance des ténèbres. Ces paroles font entendre que ce fut à celte heure que l'innocent Agneau fut livré au pouvoir des princes des ténèbres, qui sont les dénions, afin qu'ils lui fissent souffrir par leurs minisires, tous les tourments et toutes les cruautés qu'ils voudraient. Pensez maintenant vousmême jusqu'où s'abaissa pour vous la grandeur divine, qui tomba dans le dernier des maux , lequel est sans doute d'être livré au pouvoir (les démons. Ainsi, parce que c'était la peine que méritaient vos péchés, il voulut la subir pour vous eu préserver.

Aussilôt après ces paroles, ce troupeau de loups affamés se jeta sur le saint Agneau , et les uns le maltraitaient d'une manière , les autres, d'une autre, et tous, autant qu'ils pouvaient. Quelles inhumanités n'exercèrcnl-ils pas sur lui ! quelles injures ne lui adressèrent-ils pasl combien de fois ne fut-il pas frappé et poussé en tous sens ! combien n'entendil-il pas pousser de ces cris de joie que font ordinairement les vainqueurs qui viennent chargés de butin! Ils prennent et lient fortement ces saintes mains qui, peu auparavant, opéraient de si grands miracles; ils lui font des nœuds coulants qu'ils serrent avec tant de torce que le sang en coule, et ils le mènent ainsi le long des rues, couvert d'ignominie. Faites bien attention qu'il parcourt ce chemin, aban-

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donné de ses disciples , accompagné de ses ennemis, à pas précipités, tout hors d'haleine, le visage enflammé et couvert de rougeur par la fatigue et les mauvais traitements; mais remarquez qu'à travers Je triste état où il est réduit, malgré tous les outrages dont i! est accablé, il parait dans son air une dignité, et, dans ses yeux , une gravité qui empêchent même alors de le méconnaître pour un Dieu.

Vous pouvez ensuite suivre le Seigneur jusques chez Anne. Là, ayant répondu poliment aux questions que lui faisait ce pontife au sujet de ses disciples et de sa doctrine , un méchant homme vint lui donner des soufflets, en disant : Est-ce ainsi que vous répondez au pontife? Le Sauveur lui répliqua avec, bonté: Si j'ai mal parlé, montrez-le moi; et si j'ai bien parlé, pourquoi me frappez-vous? Ici, ô mon âme ! arrête-toi à admirer la douceur de celte réponse et à considérer ce visage divin devenu par les soufflets si vivement coloré, et que l'on montre au doigt, ces yeux tranquilles et sereins, ce front insensible à cet outrage et cette très-sainte âme si humble et si prête à présenter l'autre joue, si ce cruel la lui demandait.

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