LE MERCREDI
Ce jour-là, vous penserez à la comparution du Seigneur devant Caïphc, aux souffrances de celte nuit, au reniement de saint Pierre et aux coups qu'il recul, attaché à la colonne.
Premièrement , "considérez comment on traîne le Seigneur de chez Anne dans la maison du grand pontife Caïphe. II sera à propos que vous l'accompagniez et que vous vous y rendiez avec lui. C'est là que vous verrez le soleil de justice éclipsé, et tout couvert de crachats ce divin visage où les anges désirent se mirer; car le Sauveur conjuré, au nom de Dieu le Père, de dire qui il était, ayant répondu convenablement à celte question, ceux qui étaient si indignes d'une si haute réponse, aveuglés par l'éclat d'une si grande lumière, se jelèrenl sur lui, comme des chiens furieux et déchargèrent sur sa personne toute leur furie et leur rage : alors tous, à l'envi les uns des autres, lui donnent de grands soufflets et des coups de poing sur la tête ; alors, de leurs bouches infernales, ils lui crachent au visage; alors ils lui couvrent les yeux d'un bandeau et lui donnant des soufflets au visage, et se jouant de leur Dieu, ils lui disent : Devinez qui vous a frappé! O humilité, ô patience admirable du Fils de Dieu 1 ô beauté des anges I était-ce là un visage sur lequel on dût cracher! L'on cherche ordinairement pour y cracher le coin le plus vil de la maison , et dans tout le palais de Caïphc on no trouva rien de plus vil pour cracher dessus que votre divin visage 1 A cet exemple comment ne t'humilies-tu pas, cendre et poussière?
Considérez après cela , les souffrances que le Sauveur endura tout le long de cette nuit douloureuse. Les soldats qui le gardaient, en faisaient , selon saint Luc , un objet de raillerie ; se moquer et se jouer avec mépris du Seigneur de la majesté était pour eux un moyen de vaincre le sommeil de la nuit. Vois, ô mon âme, ce qu'est devenu ton très-doux Epoux, comme il est blanc sous les coups et les soufflets qu'on lui donne 1 O nuitcruellel ô nuit de perturbation durant laquelle, ô mon bon Jésus 1 vous ne dormiez pas, non plus que ceux qui se faisaient un amusement de vous tourmenter! La nuit est un temps donné de Dieu à toutes les créatures pour les faire jouir du repos et pour laisser détendre leurs sens et leurs membres fatigués des travaux du jour, et c'est la nuit que les méchants ont choisie pour tourmenter vos membres et vos sens , pour frapper votre corps et affliger votre âme, pour vous lier les mains et vous cracher au visage , pour vous souffleter et vous tourmenter l'ouïe, pour que dans le temps même où les membres ont coutume de »» délasser tous les vôtres soient dans la
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TRAITÉ DE LÛHAISON ET DE LA MÉDITATION. 327
peine et le travail!... Que vos louanges , en cette matinée , sont différentes de celles que vous chantent les chœurs des anges dans le ciel 1
Là, on chante : Saint, saint Ici, on crie : Qu'il meure, qu'il meure;
crucifiez-le, crucifiez-le! O anges du paradis qui entendîtes les vois des uns et des autres; que n'éprouvâtes-vous pas en voyant traiter si mal sur la lerre celui à qui vous rendiez de si grands respects dans le ciel? Que se passa-t-il en vous, lorsque vous vîtes Dieu souffrir de telles horreurs pour ceux-là mêmes qui les lui faisaient? Qui entendit jamais parler d'un amour qui fait souffrir la mort pour en préserver celui qui la donne?
Ce qui ajouta un grand surcroit aux. maux de celte nuit, fut le reniement de saint Pierre, cet ami si intime , qui avait obtenu le privilège d'être choisi pour voir la gloire de la transfiguration et l'honneur d'avoir été élevé à la dignité de prince de l'Eglise. Infidèle plus que tous les autres , en présence du Seigneur même , il le renia trois fuis ; trois fois il protesta et jura qu'il ne le connaissait pas et ne savait pas qui il était. O Pierre! l'homme que voilà est-il un si méchant homme, que vous seriez honteux de l'avoir seulement connu? Remarquez que vous le condamnez tout le premier, même avant les pontifes, puisque vous donnez à entendre qu'il est tel, que vous vous croiriez déshonoré si vous le connaissiez. Or, peut-on faire un plus grand outrage que celuilà? En ce moment le Sauveur se retournant, regarda Pierre : ses regards vont chercher celte brebis perdue. O coup d'œil d'une puissance merveilleuse ! ô regard grave, mais significatif! Pierre en comprit le sens et le langage et il en fut réveillé, lui qui ne l'avait pas été par le chant du coq. Non-seulement les yeux de Jésus-Christ parlent, mais ils opèrent. La preuve, je la trouve dans les larmes de Pierre; si elles coulèrent de ses yeux, elles sortirent de ceux de Jésus-Christ.
Après tous ces outrages, considérez les coups de fouet que le Sauveur reçut, attaché à la colonne; car le juge voyant qu'il ne pouvait apaiser la fureur de ces bêles infernales, prit le parti de lui infliger un châtiment si extraordinaire que la rage de ces cœurs cruels pût s'en contenter et qu'ils renonçassent à demander sa mort. Viens , ô mon âme! entre en ce moment par la pensée dans le prétoire de Pilate et fais provision de larmes, car lu en auras besoin pour ce que tu vas voir et entendre. Vois ces cruels et vils bourreaux dépouiller le Sauveur de ses vêtements avec la dernière inhumanité, vois avec quelle humilité il se laisse mettre nu; il n'ouvre pas la bouche, il ne répond pas un mot à toutes les indignités dont il est l'objet. Vois comme ils attachent aussitôt ce saint corps à une colonne, pour pouvoir le frapper à leur aise où ils désirent et comme ils veulent. Vois comme le Seigneur des anges reste seul entre de si cruels bourreaux, sans avoir pour lui ni défenseur, ni appui, et sans rencontrer un regard de compassion. Vois comme ils se hâtent de décharger leurs coups de fouet et de verges sur son corps si délicat, et comme succèdent les coups aux coups, les blessures aux blessures, les plaies aux plaies ! Là, vous verriez ce très-saint corps se couvrir de meurtrissures , la peau se déchirer, le sang couler et former des sillons sur toutes les parties. Mais que serait-ce si vous voyiez cette large ouverture entre les épaules, où répondent tous les coups?
Considérez enfin comment fera le Seigneur pour se couvrir après avoir reçu tant de coups, et comment il ira, en présence de tous ces cruels bourreaux, cherchant par tout le prétoire ses vêtements, sans que personne les lui présente, sans qu'on lave ses plaies et qu'on lui offre le moindre des soulagements que l'on donne ordinairement à ceux qui sont ainsi maltraités. Toutes ces choses sont dignes d'une grande
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considération, et de grands sentiments de compassion et de reconnaissance.