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(Jeux religieuses, qui étaient, la mère, Anne de Saint-Pierre, et la fille, Anne tics Anges, devinrent dans la suite les modèles des déchaussées.
N. 7. La sainte n'était pas en veine. Elle parle contre sa cousine, dona Béatrix, dont l'innocence bien reconnue la venge de la sévérité de sou illustre tanle, abusée sur son .compte.
Voici l'histoire : une dame de quelque distinction, ayant remarqué ou crovant avoir remarqué que son mari s'occupait plus de Béatrix que d'elle-même, en conçut une jalousie furieuse. Aveuglée par celte passion, sans prendre garde qu'elle se déshonorait elle-même, elle diir.una celte ncble demoiselle. Sainte Thérèse, sa tante, l'ayant appris, voulut que Béatrix quittât Allie. Celle-ci s'en défendait, en disant que c'était le moyen d'accréditer les soupçons qui planaient sur elle. 11 fallut qu'elle cédât. On la conduisit à Avila, chez Peralvarez-Cimbron, cousin de sa mère. On sacrifia ainsi, par complaisance pour la tante, l'honneur de la nièce, qui en éprouva un grand chagrin. Le ciel, par un miracle, fil à celte innocente une digne réparation. Après sa mort, son corps se conserva sans corruption, et elle fit une apparition dans l'état glorieux. On ne peut que plaindre la calomniatrice de celte grande religieuse.
Au même P. Fr. Jérôme Graciait de la Mère de Dieu. (Vingt-quatrième.)
1. Jésus soit avec Votre Révérence! Le départ des religieuses, qui a eu lieu aujourd'hui, m'a causé beaucoup de peine, et m'a abîmée dain la tristesse d'une grande solitude. Il n'en est pas de même d'elles, surtout de Marie du Christ, qui était la plus empress ée à partir. La chose était déjà publique. L'autre notait pas pour cela, comme vous le saurez, Je n'étais pas toutefois sans scrupule, à cause de ce que vous m'aviez écrit; mais le docteur Castro m'en a guérie.
2. Le frère Jean de la Croix désirerait beaucoup vous envoyer quelque argent, et il comptait bien pouvoir économiser encore quelque chose sur ce qu'il avait reçu pour son voyage, mais cela lui a été impossible. Je pense qu'il fera en sorte de vous envoyer ce qu'il a. 11 y a trois ou quatre jours , Alphonse Ruilz est venu ici, et quoiqu'il fût dans tout son bon sens, il se proposait de partir avec moi. Il m'a remis pour vous deux pièces de monnaie (je crois qu'elles valc ni k écus). Je les garderai jusqu'à ce que je trouve un messager sûr. Je vous assure qu'il m'en coûte beaucoup de ne pas les garder pour moi, carda train dont vont les choses, il ne serait pas surprenant que j c fusse tentée de voler.
3. Agnès de Jésus m'a envoyé la lettre ci-jointe avec d'autres qu'elle m'a écrites elle-même. Ce serait trop tôt si elle partait après Pâques ; je le lui ai déjà marqué, et comme je lui dis que Votre Révérence doit aller à Palcnce, on amusera le temps. Cette bienheureuse doit le faire, en voyant maintenant ces dames par de telles chaleurs. L'Avcnt terminé, ne leur promettez toutefois aucuns sermons, vous aurez ici de quoi vous exercer. Le docteur Caslro désire que vous vous trouviez chez lui pour Pâques et je le voudrais bien aussi ; mais il est rare que mes vœux s'accomplissent. Je crois maintenant que je ne pourrai pas m<? dispenser d'emmener avec moi la petite Thérèse , et le docteur prétend que je ferai très-bien. Aussi bien elle se chagrine tant de
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de mon départ, surtoutdepuis celui des religieuses, qu'il n'y a pas moyen de la laisser ici. Elle est si triste, cl si, avec cela, il lui survient quelque nouveau sujet de chagrin, je ne sais ce qu'elle fera, et cependant jo n'ai pas cru devoir lui donner la moindre espérance, quoique cela nie soit bien dur : gloire à Dieu qui veut que tout retombe sur moi!
h. Je suis à examiner qui je vais laisser pour me remplacer ici , sans pouvoir fixer mon choix. Quand je pense combien le bruit qu'Anne de Saint-Pierre voulait se retirer a été public, je ne puis soutenir l'idée de la laisser maintenant à la télé de la maison. C'est une chose terrible, car je la trouve bien d'ailleurs. Celle Marianne, je crois, ferait bien l'affaire, elle aurait bien ce qu'il faut pour cela, si Julien ne venait à la traverse, quoiqu'il se tienne bien à l'écart maintenant et qu'il ne s'entremette plus en rien. Dieu donnera des lumières à Votre Révérence et nous parlerons là-bas de tout cela.
5. Hier, on a donné le \ oile. La mère et la fille sont presque folles de joie. J'ai été extrêmement fatiguée cl je n'ai pu me coucher qu'à deux heures. Celles que j'ai désignées pour la fondation de Grenade, sont trois religieuses d'ici et trois de Véas, avec Anne de Jésus, qui paît en qualité de prieure, deux autres de Sévillc et deux sœurs converses de Villeneuve qui sont fort bien, sans dire que la prieure m'avait marqué que cela lui convenait, parce qu'elles sont cinq sœurs, et ello a raison : il est bon de décharger celle maison puisqu'on en dit tant de celle de Grenade. Cela contrariera peut-être Anne de Jésus, qui aime à tout faire par elle-même. Si la chose vous paraît bien, tenez ferme pour qu'elle se fasse. On ne trouvera pas de meilleurs sujets. Si vous en jugez autrement, Faites-en à votre volonté. Dieu vous ai' en sa garde. M'élant couchée à deux heures et levée de grand malin, j'ai la tête tout à l'envers. Du reste, ma santé est passable.
6. L'inconvénient qui s'offre tout à l'heure à ma pen ée au sujet delà petile Thérèse, c'est que, si celle antre Béalrix voulait aussi que je j'emmenasse, je ne pourrais pas souffrir qu'elles vinssent toutes deux. Celle-ci me. donnerait de l'embarras, tan lis que Thérèse, qui récile bien l'office, pourrait m'èlre utile. Cependant , je ne lui dirai rien ; mais Béatrix se gardera bien de me donner de la peine, et, à mon avis, il ne convient pas que vous veniez avec Thomassine.
L'indigne servante cl sujette de Noire Révérence,
Thérèse de Jésus.
NOTES
Ccltft lettre fui écrite à \viln, le jour du départ des fondatrices de Grenade, c'està-dire le 29 novembre 15SI .
N. I. Vous avez ilù y remarquer le vide qu'a hi^sé dans le coeur maternel de la Sainte le dé|i u i de ses tilles, moins alfligées qu'elle de i ciie séparation. Les filles coûtent plus a la mère que la n è c aux tilles ; :mssi les mères n'en smtf pas aimées comme elles les aiment; mais l'amour des mères approche souvent de l'aveuglement, i uiilis (|ue celui des enfants est quelquefois liés voisin de l'ingratitude.
Le N. L2 finit pur une agréable plaisanterie de la Sainte, qui est si à court d'argent qu'elle ne sait pas si les i écus qu'elle a reçus pourGracian ne lui donneront pas 1?
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tent.iiion do devenir voleuse. L'occasion fait le larron ; mais il n'y a pas de quoi. **; Comme elle sait égayer sa pauvreté et celle de son père! * ?
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N. r,. Mènera-t-elle avec elle sa petite Thérèse ! affaire importante, autant nue sa
M, discussion. Nous n'en voyons pas l'utilité pour le lecteur. Elle ne mérite doue pas la *#, peine que nous nous en occupions.
N. 1. Anne de Saint-Pierre est connue par la lettre précédente. Marianne était '■■ r' *S l'objet de quoique attention mystique du P. Graciait, confesseur dans Lunaison. Connue *•*** Anne, clic est jugée impropre aux fonctions de prieure suppléante. Elles furent dé-
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voluos à Marie de Saint Jérôme. -^^
S. 5. La Sainte annonce que la veille la fille de la Flamande, ou d'Anne de Saint- <**,
£* Pierre, a reçu le voile; vient ensuite la désignation des fondatrices de Grenade. £*• .N. (j. Elle lui représente que Thomassine n'est pas pour lui une compagne de
>** voyage. Celle sœur lut la prieure de Dingos. /*>*;
S l LETTRE XXXII. *<*
Au même P. Fr. Jérôme Gracian de la Mère de Dieu. (Vingt-cinquième.) *£*
1. Jésus soit avec Votre Révérence, mon père. Grand plaisir m'a -'-'
^2 fail votre lcllre que j'ai reçue ce soir, avec les scapulaires. J'aime à +V vous voir si décide à ce que je vous voie bientôt; Dieu veuille que ce
soit pour le bien. Mon père, s'il reste encore quelque chose à impri- ^*;
mer des constitutions , chargez quelqu'un de s'en occuper, et , de **j
>*<* grâce, si vous prêchez le dernier jour des fêles de Pâques, ne partez '* que le jour d'après, ne vous causez pas du mal, parce que vous ne *•*: savez pas jusqu ou vont vos forces : bent soit celui qui les donne ! Je suis bien aise que vous vous enrichissiez; que Dieu vous enrichisse %%
grandement de richesses éternelles 1 Z J£
jj ] 2. Pour le coup, je n'entends pas certaines saintetés, je veux parler %%
%* de celui qui ne vous écrit pas et de l'autre qui vous dit de faire comme £ï2
)»JÎ vous l'entendrez. Cela me lente d'en penser assez mal. O Jésus 1 qu'il y
^|*J a Pcu de perfection en cette vie 1 Ce courrier étant sur son départ, je
^jjj je ne sciai pas longue. Il faut que je unisse une lettre pour la duchesse jN*
***j de Viliéna, qu'un exprès attend. v
3. Je crois qu'il sera bien que Votre Révérence me fasse le plaisir, ' M
w°H si elle le veut bien, d'envoyer chercher ma sœur à Albe où elle est '«4?
»>2 Quoiqu'on doive prendre cette jeune personne, telle qu'elle est, je n'ai *Jj
iïQ nulle envie qu'elle vienne ici, et je ne sais pourquoi elle y viendrait , 'J*j
j?4f à moins que ce ne lût pour me contrarier ; parce que d'entrer à l'In-
£$ carnation , c'est sans raison, et la dépense est terrible. Dieu soit avec f*
£^ elles ; elles me font passer une belle vie. Thérèse est déjà bien, et je &<*{
*•*( crois que nous pourrons être tranquilles à son sujet, car elle a bien #>&,
**t fait ses preuves, comme vous le saurez. Je me porte assez bien. *-<**
INJ k. La duchesse m'a écrit de nouveau par un chapelain. Je lui ai >**
&$ répondu en deux mots pour lui dire que je lui avais écrit longuement %^
*3{' par la voie de Votre Révérence. Je vous le dis, afin que vous lui en- ^
voyiez la lettre , et si c'est à cause que je vous dis de ne pas voyager *£*|
%^ avec elle, peu importe. Faites envoyer celle-ci à ma sœur, si vous le *■*
jj** trouvez bon; Dieu donnera peut-être à Béalrix de meilleures disposi- l**i
*■« lions, si elle n'en avait pas de bonnes en partant. Si elles devaient **
*(« rester toujours a la campagne, je ne me verrais pas en peine ; mais ihh
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ijg LETTRE XXX.11.
fiu retour du printemps, elles retourneront à Albc, et c'est a recommencer.
5. Après demain, on va à Madrid. J'enverrai vos présents. Les scapulaircs ne manqueront pas d'édifier; ils portent à la dévotion. Don François en a fait demander un à sa sœur. Il me fait toujours grande pitié. J'y reviens : si vous croyez nécessaire de me marquer quelque chose au sujet du voyage de Béatrix et de sa mère, ne manquez pas de le faire, s'il vous plaît. Dieu soit avec vous. La nuit est bien avancée. Sachez que nous vous avons préparc une chambre; mais je crois que le docteur Castro ne voudra pas que vous l'occupiez. Je me trouve bien de lui ; je lui ai remis la partie du livre de ma Vie que j'avais. Cet autre ne finit jamais de dire combien il lui a été utile et à moi d'être considérée de Votre Révérence, pour que tout soit bien pris. Je crois que pour me connaître, un confesseur n'a pas de meilleur moyen à prendre que do lire un de ces deux écrits. Cela m'épargne une grande peine à moi-même, et à lui des craintes. Dieu vous accorde le repos que je lui demande et vous garde. Amen.
De Votre Révérence la servante et sujette ,
Thérèse de Jésus.
6. Je ne vous fais pas une lettre, mon père, parce que j'éprouve une si grande joie de votre prochaine arrivée que je ne puis que vous remercier infiniment et vous témoigner une vive reconnaissance pour l'intérêt extraordinaire que vous portez à ma santé et pour le présent que vous avez eu la bonté de m 'envoyer. Je suis vraiment heureuse de l'espoir de vous voir bientôt et du plaisir que m'a fait le Diurnal. Que Dieu daigne vous en récompenser lui-même, comme je lelui demanderai instamment.
7. Le remerciement de la petite Thérèse m'a fait plaisir. Maintenant je crois qu'il n'y a rien de mieux que l'amour. Dieu nous le donne avec sa majesté.
NOTES
On conserve l'original de relie lettre dans le couvent de Larréa, où il a été envi vc par le fondateur don Jean de la Réa. secrétaire de Charles 11.
iS. t. D'après son contenu, il parait qu'elle fut écrite d'Avila en 1581 . peu après la précédente. Gr.ician était à Salamanqne , incitant la dernière main à la fondation cl a l'impression des Constitutions. La Sainte qui l'avait tant pressé d'en finir de i eue impression, lui marque aujourd'hui d'en charger quelqu'un pour venir la voir, sans que celte opération en souffre du retard.
N. 5. La Sainte parle de nouveau de Béatrix. Elle vent la faire venir a Awla dans la maison de sou parent Peralvarez-Cimbron ; ainsi que nous l'avons d;t dans les notes delà lettre précédente, on l'y amena.
N. 4. 11 est question de la duchesse d'Albe, grande dévote qui lui avait écrit qu'elle se proposait de faire un voyage avec Gracian.
N. 5. Elle dit que les scapulaires étaient pour des bienfaiteurs de Madrid. Elle parle du livre de sa Vie et autant qu'on peut croire de son livre des Demeures. Cet endroit est obscur.
Le N. G est de la petite Thérèse.
Le N. 7 est de la Sainte. On y remarque ces paroles : 11 n'y a rien de mieux que l'amour. Dieu a fait l'âme humaine pour l'amour; voilà pourquoi il l'a douée de la faculté de eonnailre, et pourquoi il a placé l'homme au milieu de l'immense trésor des biens naturels. Ma,is l'homme n'aimait pas encore; Dieu est venu lui-même et
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il lui a découvert l'abîme des biens véritables et éternels. Ils dépendent de l'amour; il n'est donc rien de mieux que l'amour.
Au P. Fra Ambroise Marian de Saint-Benoît. (Première.) Jiîsus. — i. La grâce de l'Esprit-Saint soit avec Voire Révérence. Dieu me pardonne ! mais vous avez un caractère qui csl bien fait pour tenler d'impatience. Je vous assure qu'il faut que j'aie beaucoup de vertu pour n'avoi r pas succombé. Ce qu'il y a de pis, c'est que je crains que vous n'en ayez communiquéquclque chose à mon père, M. lclicenciô Padille, puisqu'il ne m'écrit pas non plus, et qu'il ne me donne pas plus de ses nouvelles que vous. Dieu vous pardonne à l'un et à l'autre; mais j'ai tant d'obligations à M. le licencié Padille, qu'il aurait beau me négligor encore plus, que je ne pourrais l'oublier, et je le prie de regarder celte lettre comme étant pour lui.
2. Lorsque je considère les embarras où vous m'avez laissée et combien vous paraissez avoir tout oublié, je ne sais qu'en penser, sinon que maudit soit l'homme, etc. Mais comme on doit rendre le bien pour le mal, j'ai voulu rompre le silence pour vous apprendre que nous avons pris possession le jour de la Saint-Jacques, et que les religieux ont été muots, comme des morts. Notre père avait parlé à Navarre et je pense que c'est lui qui leur avait fermé la bouche.
3. La maison est si bien que les sœurs ne peuvent en bénir assez $>-4 Vc Seigneur. Qu'il le soit de tout. Tout le monde dit que nous l'avons w* eue pour rien et que nous ne l'aurions pas maintenant pour vingt £2 mille ducats. On trouve que l'emplacement est un des meilleurs de
Séville. Deux fois déjà le bon prieur des Grottes est venu nous visiter (il est enchanté delà maison). Frère Rarthélemi d'Aguilar est venu une fois avant son départ (je vous ai déjà marqué qu'il s'était rendu au chapitre); c'a été pour nous un grand bonheur de tomber à une telle maison. A l'occasion de l'alcavala nous avons eu de grandes contestations, et pour en finir, je crois qu'il nous le faudra payer à la rigueur. Mon frère devait nous en faire les avances; c'est lui qui dirige les travaux ; il m'épargne de grands embarras. C'est le notaire qui est cause des difficultés survenues au sujet de l'alcavala. Notre père est très-content de la maison et tout le monde l'est comme lui. Le père Solo a de bonnes idées ( il était ici tout à l'heure) , il me dit que puisque votre paternité ne m'écrit pas, il ne vous écrira pas non plus. L'église est à l'entrée du couvent et elle sera belle. Tout va à souhait. Voilà ce qui regarde la maison.
4. Quant à Toslade, il vient d'arriver un religieux qui l'a laissé au mois de mars à Rarcelone; ce religieux, d'une maison de Séville, est porteur d'une patente de Tostadc, où il se donne le litre de vicairegénéral de toute l'Espagne. Hier, nous avons vu Cota. Il se lient caché d«:is la maison de don Jérôme, attendant ici, dit-on, frère Augustin
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Suarez. Los deux premières choses sont vraies, car, j'ai vu la patente ri je sais que Cota est ici. On donne pour certaine l'arrivée prochaine du provincial, on dit même qu'il vient rentrer dans sa charge et qu'il a un bref morte proprio du pape, qui est, à ce que l'on dit, on ne peut plus favorable aux vues des chaussés. Le Père prieur m'a encore dit aujourd'hui qu'il en était sûr, parce qu'il le tenait d'une personne en qui les mitigés ont grande confiance.
5. Notre bon archevêque, l'assistant et le fiscal ont jugé à propos la disparition de notre père, afin qu'on ne pût lui faire de notification, avant de savoir ce que demande l'illustrissime nonce. Ils gardent pour eux les raisons de prendre celle mesure. Il va donc à Madrid , non en faisant des visites, mais en suivant des chemins détournés. Pour faire des visites, il n'y a pas moyen, les mitigés sont en révolution complète. Dieu pardonne celui qui met obstacle à un si grand bien ! Je suis toutefois assurée que le Seigneur ne le permet que pour un plus grand bien. Plaise à sa majesté qu'ils se rendent dignes qu'il y apporte remède! Quant aux déchaussés, je ne crains rien pour eux ; le Seigneur dispose tout pour leur plus grand bien. Notre père a laissé pour vicaire provincial le Père prieur du Carmel, qui s'attend tous les jours à recevoir le coup, quoique je lui dise que (n'étant pas prélat) on ne lui notifiera rien. Le courage ne lui manque pas; et, s'il lui arrivait quelque chose, l'assistant est là tout prêt pour le secourir.
G. Demain, le prieur et le sous-prieurdes Remèdes doivent se rendre à ÏImbrèle, où les appelle l'archevêque qui s'y trouve. S'ils n'apportent pas la nouvelle que ce qu'a fait le P. visiteur est nul (et ils ne le feront pas), ce sera un grand pas de fait. Que le Seigneur conduise tout pour son service et qu'il vous préserve du chant do la sirène, aussi bien que mon père, M. le licencié Padille, à qui mon frère présente ses respects, ainsi qu'à vous. J'ai un désir extrême de vous voir ici, oarce que je suis sûre que vous seriez émerveillé de nos succès.
7. Nous sommes entrées dans la maison trois jours avant que le viceassistant en sorlîl.Nous sommes très-bien avec lui et avec sa femme. On s'est empressé de nous donner à manger, et on nous a témoigné beaucoup de bienveillance. Le vice-assistant dit qu'il n'y a pas à Séville de maison quisoit mieux, ni mieux placée. Je crois qu'on n'y sera pas incommodé de la chaleur. La cour parait faile d'alcorza. Tout le monde y entre et parcourt la maison, parce qu'on dit la messe dans une salle, en attendant qu'il y ait une église. Le jardin est très-joli et l'on a une très-belle vue. Nous avons eu bien de la peine à y arriver, niais nous y sommes et nous nous trouvons bien dédommagées de ce qu'il nous en a coûté. Je ne m'attendais même pas à y être si bien. La mère prieure cl toutes les sœurs se recommandent beaucoup aux prières de Votre Révérence cl à celles de mon père Padille. Moi , à celles du P. provincial, frère Angel, dont l'arrivée à Madrid m'a étonnée. Dieu fasse tourner le chapitre à sa plus grande gloire, ce qui arrivera, s'il se tient
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comme vous me le dites. Dieu vous garde, malgré tous vos défauts et vous rende très-saint. C'est aujourd'hui le 9 de mai.
8. Faites-moi savoir, mon père, ce qui se passe. Vous voyez bien que noire père n'étant pas ici, je n'ai personne pour me tenir au courant. Je ne voudrais pas que vous quittassiez Madrid avant de voir la tournure que prendront les choses. Vous ne sauriez vous imaginer, mon père, comme vous me faites faute ici, parce que vous deviniez les opposants, mais nous avons soin de marcher avec précaution et de nous tenir sur nos gardes. Mes compliments, je vous prie, au P. Vincent ; je le félicite d'avoir fait profession.
L'indigne servante de Votre Révérence, Thérèse de Jésus.
9. Oli ! les mensonges qui courent ici ! c'est à en perdre connaissance. On me dit, à l'instant même, que le visiteur des déchaussés (on le désigne ainsi) est à Garmone, et qu'un grand nombre de couvents se sont rangés sous son obédience. Tout cela me fait trembler pour ce qui est du côté de Rome, car je me rappelle le passé. Je ne crains pas toutefois que ce soit pour notre mal; au contraire, j'espère que tout nous réussira de mieux en mieux. Les mitigés doivent avoir quelque chose de positif, car, s'ils savaient bien que notre père est parti, ils ne seraient pas si simples que de venir. Ils doivent le croire ici. On nous fait de grandes félicitations. Tout le quartier est dans la joie, cl il lui tarde que notre affaire soit terminée, et enfin le Seigneur ne souffrira pas que les mitigés aient le dessus. Tant de malheurs doivent avoir une fin.
Notes.
Les déchaussées de Séville conservent l'original de celle lettre, datée du 9 mai i57ij. .Mariai!, à qui elle était adressée, éiail alors à Madrid, où il s'était rendu pour as-isier à un chapitre.
N. t. M.uian esl un paresseux pour écrire, eiPadille paraîl menacé de le devenir. Proli dolor !
N. -2. M uian, le grand promoteur île la fondation de Sévi Ile, ne s'inquiète plus de la S;iinie, maintenant qu'elle a sur les bras l'acquisition d'une maison pour ce nouveau couvent, ei tuus les travaux nécessaires pour la convenir en couvent de religieuses ; car celle maison était un couvent de moines d'un autre ordre, el la Sainte dit que ses sœurs prenaient d'abord pour des moines toutes les ombres qu'elles voyaient. i.lle esl dépitée de cet abandon du père. Maudit soit l'homme, dit-elle. C'est une plainte plaisante de l'oubli où il l'a mise, et rien de plu>.
N. 5. Ualcavala esl un droit sur la vente des maisons, qui allaita cinq pour cent.
N. i. Toslade, puis le bref Mo'.u proprio. Toslade est connu et le bref aussi-. C'est le contre-bref de Grégoire XIII, que les mitigés mettaient, de temps à autre, en circulation pour faire des paniques aux déchaussés.
N. 5. Protection de l'archevêque; c'était M. Roxas. Gracian paslii pour Madrid, où il resta jusqu'au mois d'octobre, époque à laquelle il reprit ses visites. Il lais-a à- sa I lue, pour provincial intérimaire. Jean Evangélisle, qui de sous-prieur était devenu prieur depuis peu, grâce à son mérite.
N. 6. One Dieu préserve Mariait du chant des sirènes; elle entendait la cour par les silènes.
N.7. Dieu vous garde, lui dit-elle, malgré vos défauts. Allusion à son silence qu'elle lui reproche au nombre 1 .
■N. 8. Marian devinait les opposants et leurs desseins. Celait un homme capable; il rendit quelques services au concile de Tienle.