CHERCHAIS
Pour connaître si Dieu nous fait une aussi grande faveur qu'est celle dont je viens de parler, demandons à cette bienheureuse épouse qu'il a honorée d'un baiser de sa bouche et fortifiée par ce lait si délicieux, ce que l'on doit sentir , ce que l'on doit faire , et ce que l'on doit dhre lorsque l'on est en cet état. Elle nous l'apprend par ces paroles : Je me suis assise à l'ombre de celui que j'aime, et lien n'est plus délicieux que le fruit dont il lui a plu de me faire goûter. Ce grand roi m'a fait entrer dons ce divin cellier de son vin céleste, et ordonne en moi la charité. Considérons , mes filles , ces premières paroles : Je me suis assise à l'ombre de celui que j'avais tant désiré il' trouver, et rien n'est plus délicieux que le fruit dont il lui a plu de me faire goûter.
Mais comment s'accorde ceci ? L'épouse avait auparavant nommé son divin époux un soleil nui par l'ardeur de ses rayons l'avait toute décolorée , et maintenant elle le nomme un arbre dont 1p fruit est 1res-
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excellent. 0 vous toutes qui vous exercez à l'oraison , pesez chacune de ces paroles, afin de connaître en combien de diverses manières nous pouvons considérer Notre-Seigneur, et les diverses faveurs dont il nous honore. Il est cette admirable et divine manne qui a tous les goûts que nous saurions désirer. Celle que les enfants d'Israël ramassaient dans le désert n'en était que la figure. Et qui pourrait exprimer les merveilles que Dieu l'ait \oir à l'âme à travers de cette ombre toute céleste? Cela me fait souvenir de ces paroles de l'ange à la très-sainte Vierge : La vertu du Très-Haut vous couvrira de soti ombre. Qu'une âme est heureuse lorsque Dieu la met dans cette disposition! Elle n'a plus rien à craindre.
Mais remarquez qu'excepté très-peu de personnes que Dieu, par une laveur tout extraordinaire, telle que celle qu'il (il à saint Paul . élève dans un moment au comble de la contemplation en leur apparaissant et en leur parlant, il n'accorde ces grâces si sublimes qu'à ceux qui ont un grand amour pour lui , qui ont beaucoup travaillé pour son service, qui ne trouvent rien de difticile pour lui plaire, qui ont depuis longtemps un extrême mépris du monde, qui ne cherchent leur consolation, leur plaisir et leur repos, que dans ce qu'ils savent lui être agréable, qui ne veulent point d'autre protection que la sienne, et qui font voir par toute leur conduite et leurs actions, qu'ils ne s'appuient que sur l'éternelle vérité. Nulle prudence n'égale, mes filles, celle de ces âmes qui mettent ainsi leur unique confiance en ce grand roi et ce souverain maître de l'univers. 11 accomplira leurs désirs, elles ne seront point trompées dans leur espérance, et lorsqu'il les juge dignes d'être à couvert sous son ombre , elles sont heureuses dans les choses mêmes qui tombent dessous les sens, sans parler de celles que j'ai éprouvées diverses fois, qu'une intelligence beaucoup plus élevée les rend capables de comprendre. Quand l'âme jouit de ce merveilleux plaisir dont j'ai parlé, elle se sent tout environnée, toute couverte, et tout enveloppée d'une ombre qui est comme une nuée de la divinité, d'où tombe sur elle une rosée si délicieuse et accompagnée d'influences si favorables, qu'il n'y a pas sujet de s'étonner qu'elle oublie toutes les peines et tous les dégoûts que les choses du monde lui ont causés.
Elle jouit en cet état d'un repos si admirable, que même la nécessité de respirer lui est pénible, et ses puissances sont si calmes, que sa volonté, bien loin de chercher des pensées pour s'occuper, des i lirait qu'il ne s'en présentât point à elle quoique bonnes, pane qui; la faveur que lui fait son divin époux est si grande, que ce fruit auquel elle la compare, n'ayant point besoin, comme les autres mets les plus délicieux , d'être préparé , elle n'a qu'à le recevoir pour en goûter la douceur et l'excellence.
C'est avec raison que l'on use des mots d'ombre de la divinité . parce qu'il y a comme une, nuée qui nous empêché i< i-bas de la voir, et que nous en avons seulement queloue connaissance, si ce n'est lorsqu'il
sur l'amour de dieu. 29
plait à ce soleil éternel . par un effet de son amour, lancer à travers ces nuages quelques rayons, non pour se montrer à nous à découvert, mais pour nous faire comprendre d'une manière inexplicable qu'il est tout proche de nous , et je suis assurée que ceux qui ont éprouvé ce que je dis , demeureront d'accord que c'est le véritable sens de ces paroles de l'épouse dans ce cantique.
Il me semblé que le Saint-Esprit étant alors médiateur entre ce divin époux et cette bienheureuse épouse , il lui donne cet ardent désir de brûler dans le feu de son amour dont elle est si proche. Qui pourrait exprimer, ô mon Sauveur, jusqu'à quel excès va la faveur que vous lui faites alors? et soyez-vous béni et loué à jamais d'avoir tant d'affection pour elle. Mon Dieu, mon Créateur, est-il possible qu'il y ait quelqu'un qui, parce qu'il est indigne de vous connaître, ne vous aime pas? Admirez, mes filles, de quelle sorte cet arbre, qui est Jésus-Christ lui-même , abaisse ses grandeurs infinies qui sont comme ses branches . pour nous donner moyen de cueillir et de goûter les fruits si délicieux de ses grâces, et considérez combien nous sommes obligées au sang qu'il a répandu sur la croix pour arroser cette divine plante , afin de la rendre capable de produire en noire faveur des effets si merveilleux de l'ardent amour qu'il nous porte.