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quatre autres ; dont l'une , qui était madame do Breanlé, lillo de M. de Sancr, veuve riche, el qui avait pris l'habit le 18 décembre, entreprit de fonder un couvent à Ponloise; ce qu'elle exécuta avec laui de diligence, que cinq semaines après sa prise d'habit, tout y était prêt pour recevoir des religienses. La mère Anne de Jésus partit donc de Paris, menant avec elle la sœur Anne de Sainl-Barthélemi, qui avait été la compagne presque inséparable de sainte Thérèse, et qui par humilité avait toujours persisté à vouloir cire sœur du voile blanc , mais à qui la Sainte avait prédit que le jour viendrait où on l'obligerait à être sœur du chœur. Effectivement, les trois supérieurs remarquèrent en elle tant de sagesse et de sainteté, qu'ils la contraignirent à s'y soumettre. La mère Anne prit encore pour la nouvelle fondation la sœur Isabelle de saint Paul el trois des novices qui avaient reçu l'habit à Paris. Arrivées le 13 janvier de l'année suivante 160a à Saint-Denis, où la princesse de Longueville les avait conduites, el y ayant communié le lendemain, de grand matin, elles partirent pour Ponloise , où elles lurent reçues et conduites au nouveau monastère très-honorablement par le grand-vicaire de M. l'archevêque de Rouen, par le gouverneur, par les magistrats et par les principaux de la ville, avec le concours et l'applaudissement du peuple. Le grand -vicaire y célébra solennellement la messe le même jour ; el dès le lendemain la mère Anne de Jésus donna l'habit à quatre lilles, après quoi elle retourna à Paris, laissant à Ponloise pour prieure la mère Anne de Sainl-BaHhélemi, el pour sous-prieure el maîtresse des novices, la mère Isabelle de Saini-Paul.
Le monastère que l'on construisait dans le faubourg Saint-Jacques à Paris étant achevé, la mère Anne <t ses lilles s'y transportèrent le 21 d'août de la même année, de la maison qu'elles occupaient auprès, el dans la même clôture ; et le 9 seplumbro suivant elle en par:it pour aller fonder un autre monastère à Dijon, accompagnée de quelques dames et de MM. de Bcrule cl de Brcligny ; et menant avec elle la mère Isabelle des Anges pour y cire prieure, deux novices el deux postulantes. Une maladie contagieuse régnait alors à Dijon ; la mère Aune en fut attaquée : mais lorsqu'elle était dans le plus grand danger, elle se lit appliquer un bonnet de sa sainte mère, qui, lui apparaissant toute resplendissante de gloire, lui rendit si soudainement et si parfaitement la santé, que ies médecins publièrent eux-mêmes le miracle : ce qui concilia aux lilles de Thérèse une augmentation de respect de la part des habitants.
Bientôt après, sollicilée vivement par résèque d'Amiens, par plusieurs seigneurs do cette ville, et surtout par la comtesse de Saint-Paul , d'y établir un couvent , elle y envoya la nouvelle prieure de Dijon , qui ayant pris quelques religieuses à Paris, se pendit à Amiens en 1G06. C'est dans ce nouveau monastère que la célèbre madame Acarie , qui avait tant contribué , par la ferveur de ses prières , par ses soins et par s*ï biens à l'introduction des carmélites en Fiance, el à la construction des monastères du faubourg Saint-Jacques, de Ponloise, d'Amiens el de Boueu , devenue libre par la mort de son mari, se lit carmélite du voile blanc , api es avoir consacré à l'ordre ses trois filles, qui dans la suite furent toutes trois prieures, l'une à Tours, l'autre à Charires, l'autre à Orléans. Elle fut nommée Marie de l'Incarnation ; et après avoir édifié le couvent d'Amiens par des exemples admirables de religion, ses supérieurs la transférèrent à celui de Ponloise, qu'elle embauma , pour ainsi dire, de ses venus , et où elle mourut en telle odeur de sainteté, l'an lu'loi, que quelques années après son corps fut élevé de terre avec la permission authentique du pape el de l'archevêque de Rouen, el enfermé dans un magnifique mausolé de marbre blanc, que la reine mère Marie de Médieis lit construire; el où Dieu a béni son invocation par quantité de miracles de guérison, el même par la résurrection d'un mort.
Comme le moment approche où la mère Anne de Jésus va quitter la France , il est icnips d'observer que quoiqu'elle ne sùl que l'espagnol, non seulement elle comprenait parfaitement tout ce que ses filles françaises avaient à lui dire, mais encore qu'elle s'en faisait entendre sans difficulté ; et qu'à ce don Dieu avait ajouté celui de pénétrer exactement dans l'intérieur des consciences ; ce qui leur rendait ses avis si utiles, que rien n'était plus admirable que leurs progrès dans la perfection.
L'infante Isabelle , gouvernante alors des Pays-Bas, en ouït parler ; el comme elle avait pour sainte Thérèse cl pour son institut la même affection et le même respect qu'avait eu le roi Philippe II, son père, et qu'avait le roi Philippe III, son frèrp, elle se donna lous les soins nécessaires pour obtenir des supérieurs que la mère Anne vint fonder à Bruxelles un monastère de carmélites, el lui écrivit pour cela de sa propre main une lettre que l'historien de celle vénérable mère rapporte tout au long. Ils y donnèrent leur consentement : de sorte qu'Anne revint du monastère de Dijon à celui de Paris, où la mère Anne de Saint-Barlhélemi avait été rappelée de Pantoise pour le gouverner. De là, après y avoir conféré avec cette toute sainte et respectable
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prieure, sur les affaires générales de la réforme en France, et lui en avoir abandonné la principale direction sous l'autorité des trois supérieurs . eu lui associant la prieure du couvent d'Amiens, elle partit au mois de janvier 1607, dans les coches que l'archiduc lui avait envoyés , et arriva le 22 du même mois à Bruxelles , accompagnée des sœurs Béatrix de la Conception et Lénnore de saint Bernard, deux des cinq religieuses qui étaient venues d'Espagne avec elle, de deux religieuses du monastère d'Amiens , cl d'une de celui de Ponloise; d'où la mère Isabelle <le saint Paul, qui y était alors prieure, alla, six mois après, la joindre dans les Pays-Bas, pour y être a la tète de la fondation à Louvain.
Les honneurs que l'infante, l'archiduc, leur cour et toute la ville de Bruxelles rendirent à la mère Anne ; la piété et la magnificence de cette illustre et pieuse princesse dans la fondation qu'elle y lit; les autres établissements de carmélites dans les Pays- Bas, entre autres celui d'Anvers, uniquement pour dès lilles anglaises; nombre de demoiselles de grand nom qui prirent l'habit dans ces maisons ; la colonie que la vénérable mère envoya pour fonder à Cracovie en Pologne ; la traduction laite en flamand, par ses soins, de la Vie et des ouvrages de sa sainte mère Thérèse ; l'introduction des carmes déchaussés dans la Flandre à sa prière et par ses libéralités; son amour lendre, généreux et véhément pour Dieu ; son zèle à l'égard du prochain ; son ardeur pour la retraite et l'oraison , pour la mortification et les austérités, pour sa perfection et pour celle de ses filles; sa patience inébranlable au milieu des plus grandes infirmités ei des plus cruelles douleurs ; enfin son humilité profonde , quoique tout le monde parlât de ses succès, des grâces tout extraordinaires qu'elle recevait de Dieu , et des miracles fréquents qu'elle en obtenait : ce sonl-là autant de traits dont le détail annoblil son histoire, mais que nous ne saurions exposer même en abrégé, Sans étendre ce précis de sa vie au-delà des bornes convenables. Nous ne parlerons donc plus que de sa précieuse mort.
En 1621, au mois de février, les maladies aiguës dont elle était louraiealée depuis sept ans , cl qu'elle avait soutenues avec la plus constante et la plus parfaite soumission, étant devenues beaucoup plus vives, sa consolation était d'entendre le récit des souffrances du Sauveur ; récit dont elle était si attendrie, qu'elle en devenait comme insensible à ses propres douleurs. Enfin, comblée de vertus et de mérites, elle mourut le <i de mars suivant, âgée de 75 ans 3 mois et 9 jouis, 51 ans depuis sa prise d'habit, it 19 ans après la mort de sainte Thérèse ; ayant fondé en propre personne neuf monastères de carmélites : trois en Espagne, savoir à Véas, à Grenade , à Madrid ; trois en France , à Paris, à Ponloise , à Dijon ; et trois dans les Pays-Bas, à Bruxelles, à Louvain, à Mous ; et plus de cinquante autres par les filles qu'elle avait élevées.
Dès le même jour une lumière céleste fit connaître la gloire de cette sainte fille à un de ses anciens confesseurs en Espagne, homme d'une éminente piété; on le vérifia dans la suite, en comparant ce qu'il en avait déclaré le jour même , avec, le temps auquel on apprit plus d'un mois après qu'elle était morte. Pareille lumière manifesta le bonheur dont elle jouissait à plusieurs aulres saintes personnes dans les Pays-Bas , à Paris , à Bordeaux , en Espagne ; et nombre de miracles achevèrent d'illustrer sa mémoire. De lous ceux qui ont été vérifiés nous n'en loucherons qu'un, dont toute la cour et la ville de Bruxelles fuient comme témoins, et dont le nonce de sa Sainteté en Flandre lit achever la vérification juridique au mois de décembre
suivant.
La mère Jeanne du Saint-Esprit, carmélite du couvent de Bruxelles, affligée depuis huit ans de goutte et de paralysie, avec de si fâcheux accidents, qu'elle en perdait souvent la parole et le jugement, élait depuis seize mois réduite dans un si triste élat, qu'elle ne pouvait plus seirlir du lit que pour èlre placée dans un petit chariot d'osier, où on la couchait quand il fallait ou la changer ou la conduire au chœur pour entendre la messe et pour communier. Le corps de la Sainle défunte y étant encore exposé , la malade prie deux de ses sœurs de l'y transporter dans son chariot ; elles lui rendent cet office de charité; et par leur secours elle vient à boni de baiser le respectable corps au visage, aux mains, aux pieds. Dans l'instant elle se seul comme arracher un pesant fardeau, et ses membres devenir si agiles , que jetant la couverture qui élait sur elle, elle commence à marcher librement ; guérjsou si parfaite et si persévérante , que l'auteur de l'Histoire de la vénérable défunte assurait dix ans après , temps auquel il écrivait, que la mère Jeanne du Saint-Esprit n'avait depuis ce moment ressenti aucun mal, suivant toujours la communauté, et sYxerçant dans les plus pénibles emplois.
Ce miracle, joint an grand respect que lout Bruxelles avait déjà pour la sainlelé de la mère Anne, attira à l'église des carmélites, pendant les deux jouis que son corps fut exposé au chuear, un prodigieux concours de monde : c'était à qui enverrait des cha-
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pelets et des médailles p>ur les y faire toucher, à qui obtiendrait quelque lambeau do ses vêtements. Le jour destiné pour l'enterrement, l'infante s'y rendit avec ses dames, ainsi que l'archiduc avec sa cour; on trouva que les membres du saint corps étaient mous, la couleur vermeille, l'odeur agréable, et tout le monde en était dans l'admiration. Après que cette religieuse princesse y eut fait loucher aussi son chapelet , et lui eut respectueusement baisé les pieds, après que ses dames eurent donné les mêmes marques de vénération et de piéié, leurs altesses raccompagnèrent jusqu'au tombeau. Les Heurs qu'on avait répandues sur son corps, le-Cruciûx qu'elle tenait en mourant, et le seapulaire entier qu'elle portail, furent le partage de l'infante Gouvernante , qui, en ayant retenu pour elle une portion, envoya le reste, partie au roi d'Espagne, son frère, ne sachant pas encore qu'il était mort, partie à la reine de France , sa nièce , partie à l'infante Marguerite , sa cousine. Ainsi s'humilient devant l'humble sainteté ces grandeurs devant qui le monde se courbe.