‹ uvres tres-complètes de Sainte ThérèseChapitre 101 sur 201 · A UN DE SES DIRECTEURS DONT ON NE SAIT PAS LE NOM · texte numérisé non relu

A UN DE SES DIRECTEURS DONT ON NE SAIT PAS LE NOM

Elle lui rend compte d'une vision quelle a eue de la sainte Trinité, et l'explique suivant l'analogie de ta foi avec beaucoup de justesse ; niais comme le fond lui en est incompréhensible, elle se retranche à le croire avec d'autant plus de fermeté qu'elle le comprend moins.

1562. — Le lendemain de la fête de S. Matthieu, me trouvant dans les dispositions où je suis d'ordinaire, depuis que Dieu m'a favorisée de la vision de la sainte Trinité, et qu'il m'a fait voir qu'elle habite dans l'âme qui est en grâce , sa souveraine majesté m'a fait connaître encore plus parfaitement que je n'avais fait jusqu'alors , par certaines comparaisons et par une vision imaginaire , de quelle manière les trois personnes divines y font leur demeure; et cette vision s'est tellement imprimée dans mon esprit, que quoique dans d'autres temps j'en aie eu d'intellectuelles , elles ne me laissaient pas néanmoins quelques jours après une impression aussi me et aussi forte que celle-ci l'a fait, au moins pour pouvoir me la représenter. Cela me persuade qu'elle est telle que me l'ont expliquée diverses fois des personnes savantes et éclairées; et quoique je ne comprisse pas alors ce divin mystère, comme je le comprends aujourd'hui, je le croyais cependant aussi fermement , car je n'ai jamais eu de tentations contre la foi.

Les personnes grossières et ignorantes ont coutume de se figurer la sainte Trinité, comme la représentent certains peintres, sous la forme d'un corps qui a trois visages : ce qui nous épouvante et nous effraie tellement, qu'on n'oserait seulement y penser, ou s'en former aucun» idée; à cause que l'entendement se confond et s'égare dans cette considération, et qu'on craint de s'exposer à l'erreur et à douter de cet incompréhensible mystère, ce qui nous fait perdre un grand mérite.

Mais il n'y a rien de semblable dans la vision imaginaire dont je

(I) Ici se trouvent, dans l'original espagnol, deux lettres écrites, la première à saint Pierre d'Alcantara, la seconde à un des directeurs de la Sainte , dont le nom n'est pas connu. Nous avons donné l'une et l'autre sous le nom de Relations , d après \rnaud d'Vndillv, à la suite de la Vie de sainte Thérèse, écrite par elle-même. Ces deux lettres commencent le tome 2e dans toutes les éditions publiées jusqo a ce jour.

parle, puisque j'ai vu clairement trois personnes distinctes qu'on peut voir, et à qui l'on peut parler séparément; j'ai fait ensuite réflexion que le Fils seul s'étant fait homme, il nous donnait par là une preuve incontestable de celte importante vérité.

Ces trois divines personnes se connaissent , s'aiment et se communiquent mutuellement l'une à l'autre. Mais si ces trois adorables personnes sont distinctes, comme Dieu me l'a fait voir, comment ne sontelles qu'une même essence , et comment le pouvons-nous croire? C'est une vérité si constante et si infaillible, que je voudrais pour la soutenir pouvoir endurer mille morts.

11 n'y a danssces trois augustes personnes qu'une même volonté, qu'une même puissance , qu'une même autorité ; et l'une ne peut rien sans l'autre, n'y ayant qu'un seul principe de tout ce qui a jamais été créé. Le Fils pourrait-il donc créer une fourmi sans le Père? Non, car c'est la même puissance que celle du Saint-Esprit, qui ne le pourrait pas non plus sans le Père et le Fils : en un mot elles ne sont toutes trois qu'un seul Dieu tout-puissant, et n'ont toutes trois qu'un même empire et qu'une même majesté. Se pourrait-il faire encore qu'on aimât le Père sans aimer le Fils et le Saint-Esprit? Non , parce que quiconque a le bonheur de plaire à l'une des trois personnes divines ne peut pas qu'il ne plaise aux deux autres ; et quiconque a la témérité d'en offenser une, les offense toules trois. Le père pourrait-il être sans le Fils et sans le Saint-Esprit? Non , parce qu'en quelque lieu que soit le Père, les deux autres personnes s'y trouvent nécessairement et sans division. Comment donc pouvons-nous croire que ces trois personnes sont distinctes, que le Fils seul a pris notre nature , et que le Père et le Saint- Esprit ne l'ont point prise? J'avoue que Dieu ne me l'a pas fait connaître; les théologiens le savent; pour moi, ce que je sais, c'est que les trois personnes divines ont eu part au myslère ineffable du Fils de Dieu.

Je ne fus pas cependant fort occupée de cette réflexion, parce qu'aussitôt l'admiration où je me trouvai de la puissance infinie de Dieu, qui peut tout ce qu'il veut, et pourra toujours toutee qu'il voudra, fit cesser toutes mes pensées : car moins je comprends les mystères de notre religion , plus je les crois fermement et sans hésiter, et plus mon amour pour Dieu s'augmente : qu'il soit béni éternellement 1

La Sainte avait ensuite ajoute ces mots de sn propre main:

De quoi t'affligcs-tti , vile pécheresse? Ne suis-je pas ton Dieu? Ne vois-tu pas combien je suis offensé dans le monde? Si tu m'aimes, que n'as-tu '.litié de moi ?

HEMAKQUES.'

Cette lettre nous apprend que Dieu a quelquefois favorisé sainte Thérèse de visions intellectuelles de la sainte Trinité , qui la remplissaient d'une connaissance de cet adorable mystère bien moins claire que celle de la gloire, mais moins obscure que celle de la foi. L'évêqué de Terrasso.uie, son historien, confirme ces visions; cl elle en parle elle-même dans le* additions au lirre qu'elle i écrit de sa Vie.

LETTRE I.SVII. k\7

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Comme les visions qu'on a sur la terre nemonlreni pas Dieu Ici qu'il est en lui-même, îais seulement tel qu'il veut èlre vu de l'Ame à qui il se communique, on ne doit pas

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LETTRE LXVH.

A l.A TRÈS-ILLUSTRE MADAME LOUISE DE LA CERDA, FONDATRICE DES

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