AU ROI D'ESPAGNE PHIL1ITE H
La Suinte écrit au roi sur les affaires de son ordre , pour lequel elle lui demande sa
protection.
19 juillet 1576. —Je souhaite avec ardeur que la grâce du Saint-Esprit accompagne incessamment votre majesté.
Sire,
Lorsque je recommandais à Dieu dans l'amertume de mon âme les affaires de notre saint ordre, et que je considérais en particulier le péril visible dont notre réforme est menacée, si elle n'est puissamment soutenue de votre royale protection, il m'est venu dans l'esprit que votre majesté ne désapprouverait pas que je prisse la hardiesse de lui représenter très-humblement que, pour donner un fondement solide et inébranlable à ce nouvel institut, il serait nécessaire qu'elle eût la bonté d'ordonner qu'on fit une province séparée de carmes déchaussés, et qu'on leur donnât au plus tôt pour les gouverner un provincial à part, pris de leur corps.
Comme il y a quarante ans, sire, que j'ai le bonheur d'être carmélite, je connais clairement que le moyen que j'ai l'honneur de proposer à votre majesté, est le plus sûr et le plus prompt pour raffermissement de notre réforme , et pour augmenter les heureux progrès dont le ciel a daigné la favoriser depuis ses commencements. Ainsi j'ose espérer de la piété éminente de votre majesté, qu'elle ne me refusera pas une grâce que je lui demande au nom de Notre-Seignour Jésus-Christ, et au nom de la sainte Vierge sa mère, qui vous a choisi , sire, pour être l'appui et le protecteur d'une religion qui a la gloire de lui être consacrée d'une manière spéciale.
Je puis donc me flatter que votre majesté donnera ordre incessamment à cette séparation, qui nous est de la dernière importance, et que le démon s'efforce d'empêcher en faisant naître cent obstacles , et en faisant appréhender mille inconvénients d'une séparation qui promet la paix et le repos à tout l'ordre en général, et à notre réforme en particulier; repos qui consiste présentement à donner à cette réforme pour provincial le P. Jérôme Gratien de la Mère-dc-Dieu, carme déchaussé. Il est d'un mérite distingué, quoiqu'il soit encore jeune; je crois que Dieu l'a destiné pour rendre de grands services à cet ordre naissant : je le connais fort , et j'ai souvent loué le Seigneur de l'avoir comblé avec tant de profusion de ses dons précieux , et de s'être servi de lui pour
faire des actions aussi utiles à sa gloire, que sont celles de travailler avec succès au salut d'une infinité de personnes.
Souffrez, sire, que je vous rende de très-humbles grâces de la faveur que votre majesté m'a faite, de me permettre de fonder un monastère de carmélites à Caravaque, et que je vous conjure très-respectueusement de me pardonner la liberté que je prends : je sens bien qu'elle est excessive; mais ayant fait réflexion que Dieu écoute volontiers les pauvres, j'ai pensé que votre majesté, qui le représente, et qui tient sa place sur la terre, ne se rebuterait pas de mes importunités.
Je supplie le Monarque éternel de disposer le cœur de votre majesté à lui rendre un service qui lui doit être si agréable , et de l'en récompenser par une longue suite d'années d'où dépend le bonheur universel de la chrétienté, et l'accomplissement des vœux de celle qui est avec le plus profond respect , sire, de votre majesté,
L'indigne servante et sujette, Tuérèse de Jéstjs, carmélilite.
C'est aujourd'hui le 19 juillet.
REMARQUES
Sainte Thérèse écrivit cette lettre à Tolède l'an 1576. Cela parait par le sujet qu'elle traite , et par ce qu'elle dit qu'elle avait quarante ans de religion ; car c'est précisément le nombre d'années qui s'est écoulé depuis 1556, qu'elle prit l'habit, jusqu'en 1S7G, qu'elle adressa cette lettre au roi Philippe II, lorsqu'après avoir achevé les fondations de Caravaque et de Séville, elle fut obligée de retourner dans la Castillo par un ordre exprès du chapitre général des carmes mitigés, qui lui commandèrent de se retirer dans celui de ses monastères qu'elle voudrait , et de ne penser de ses jours à de nouveaux établissements.
La Sainte choisit le monastère de Tolède, d'où elle eut recours à la puissante protection du roi pour obtenir une province séparée , persuadée que de celte séparation dépendait absolument la tranquillité de ses enfants les carmes déchaussés. Ainsi elle propose à sa majesté trois choses dans cette lettre : la première, de faire une province séparée des carmes déchaussés ; la seconde, de leur donner un provincial pris de leur corps ; et la troisième, que le père Jérôme Gratien fût nommé à celle charge.
La Sainte eut toujours pour cet excellent homme une grande estime ei une profonde vénération, depuis qu'elle eut connu son mérite et ses éminentes vertus par les fréquentes et intimes communications qu'ils eurent ensemble à Yéas. 11 était alors visiteur apostolique des carmes el mitigés et réformés de la province d'Andalousie , et des carmélites déchaussés d'Andalousie el de Castillo.
Le roi accorda à notre Sainte tout ce qu'elle lui demandait dans une si juste requête; et elle eut la joie de voir avant sa mort la séparation si désirée, et le gère Jérôme Gratien élu provincial.
Toul cela se développera dans la suite des lettres.
A LA RÉVÉRENDE MÈRE MARTE DE SAINT-JOSEPH
TROISIÈME
Sa tendresse pour cette mère , sa joie de la prise d'habit d'une dame el de la profession de sa fille ; son éloignemeiil des procès, sor imour pour ses filles ; conseils par rapport au confesseur, et autres sujets.
9 août 1576. — La grâce du Saint-Esprit soit toujours avec votre révérence, ma chère fille.
Faites-moi la justice d'être persuadée que vos lettres ne m'ennuient jamais, et ciue je les reçois toutes avec une joie sans égale. Four preuva de celte vérité, je vous dirai qu'après avoir lu votre dernière avec bien
*30 LETTRE IXXXIV.
du plaisir, je crus qu'il n'y on avait point d'autres; un moment après, je trouvai votre seconde lettre, qui ne me donna pas moins de joie que si je n'avais point lu la première. J'en fus surprise, ne croyant pas vous aimer avec tant de tendresse. Ne doutez donc point que vos lettres ne me soient très-agréables, et qu'elles ne me donnent bien de la consolation. Mettez cependant, s'il vous plaît, dans un papier sépare les choses importantes qui demandent réponse, afin que je ne perde pas de temps à les chercher dans une grande lettre.
A l'égard de vos postulantes, il me paraît, ma chère mère, que le père provincial (1) a déclaré que son intention était qu'on reçût la mère de la sœur Béatrix : j'en ai une vraie joie, persuadée qu'on ne saurait mieux faire que de lui donner l'habit. Donnez-le lui donc, à la bonne heure ; et dites-lui de ma part que je serais ravie de pouvoir assister à cette cérémonie et de demeurer avec elle dans votre monastère. Vous devez à présent avoir reçu la lettre par laquelle je vous marquais de faire faire profession à sa fille. Je me charge d'en donner avis au père provincial. En attendant, chargez-vous, s'il vous plaît, d'embrasser celle sœur pour l'amour de moi, et de lui recommander de ne m'oublier pas dans ses prières le jour de la consommation de son sacrifice, c'est-à-dire, de st profession.
Pour ce qui est des cousines de monsieur N., je ne sais si vous vous souvenez que l'une d'elles était si prodigieusement mélancolique, qu'elle en avait perdu l'esprit; je ne crois pas que ce soit mademoiselle Constance. Je n'ai point de nouvelles de sa nièce. Informez -vous, ma chère mère, de tout cela; et lorsque vous en serez parfaitement instruite, si vous les jugez appelées de Dieu à notre saint ordre, et que vous les vouliez recevoir, demandez-en permission au père provincial, qui est à Almadouard pour le chapitre qu'on doit y tenir. J'ai écrit à une autre de vos postulantes une lettre qui l'a sans doute effrayée, car elle ne m'a point fait de réponse.
J'ai un vrai chagrin que vous n'ayez pas terminé votre affaire avant la mort de la personne que vous savez : j'ignore cependant si d'un autre côté ce n'est point un bien pour vous. Quoi qu'il en soit, soyez persuadée de ce que je vais vous dire, et ne l'oubliez pas, s'il vous plaît : c'est qu'il vous sera toujours mille fois plus avantageux de vous accommoder que de plaider; non seulement parce que votre cause n'est pas bonne, au sentiment d'un des plus habiles hommes de la cour, maie aussi parce que rien ne sied plus mal à des religieuses que de plaider. 'e \ous conjuredonc,ma chère mère, de n'y plus songer, et de n'oublier jamais cet avis que je vous donne.
Je ne puis exprimer avec quelle consolation et quel plaisir j'ai lu les lot 1res que nos sœurs m'ont écrites : elles sont toutes charmantes. Faites-leur, je vous prie, mes amitiés, et assurez-les que je ne manquerais pas d'y répondre exactement, si je pouvais me dispenser d'é-
1 1 1 Le père ferôme Gralicn.
LETTRE IAWIV. 451
crire à monsieur votre confesseur. Que j'ai de joie que vous en soyez si contente et qu'il soit de si belle humeur! Je vous conseille cependant de bien prendre garde à ce que vous lui direz; car ii est si parfait, que je crains qu'il ne se scandalise de ce que vous croiriez le devoir édifier : d'ailleurs les gens de son pays ne sont pas naturellement fort francs et fort sincères.
Témoignez, je vous prie, à monseigneur l'é\ éque la joie que j'ai du rétablissement de sa santé, et les actions de grâces que j'en ai rendues à l'auteur de tous les biens. Faites-lui aussi nies respectueux compliments toutes les fois que vous aurez l'honneur de le voir, et ne vous mettez pas en peine si ce n'est pas aussi souvent que vous le souhaiteriez. Je ne me lasse pas de vous dire que les lettres de nos sa>urs m'ont charmée; chacune me rapportait quelque chose de particulier que je ne trouvais point dans les autres; elles m'ont fort divertie.
Ma nièce Thérèse se porte bien ; nous sommes dans l'admiration de la sagesse qu'elle a fait paraître dans le voyage ; elle s'y est conduite comme une personne d'une vertu et d'une prudence consommée, n'ayant pas voulu coucher une seule nuit hors du monastère. Sans mentir, si vous avez eu bien de la peine à l'élever, elle vous fait à présent bien de l'honneur d'avoir si bien profité de vos saintes instructions. La reconnaissance qu'elle m a est très-grande; elle ne cesse point de s'en louer à tout le monde et de parler de la bonne éducation que vous lui avez donnée. Son père n'en est pas moins charmé qu'elle. Il m'a écrit depuis peu une lettre assez plaisante que j'ai déchirée : il se porte assez bien, malgré ses regrets de n'être plus à Séville, et de ne pouvoir plus vous entretenir; car il vous honore infiniment. Ne l'oubliez donc pas dans vos prières.
J'espère vous envoyer sous cette enveloppe quelques lettres de faveur auprès de monsieur l'assistant : si je ne puis les avoir assez lot, je vousles enverrai par une autre voie aussi sûre. J'ai écrit aujourd'hui à Madrid pour tâcher d'obtenir du comte d'Olivarez qu'il écrive à la personne dont il s'agit. S'il nous accorde cette grâce , ce sera un grand bien pour nous, car son crédit ne nous peut être que très-avantageux. Plaise à Dieu qu'il ne nous le refuse pas.
Je suis si aise que votre maison soit fraîche , que la joie que j'en ai me fait souffrir de bon cœur le chaud excessif de celle où je suis. Comme on vous écrit de Malagon, je ne vous dirai rien des travaux que nos sœurs ont à soutenir et du peu de santé qu'elles ont. Je prie Dieu, ma révérende mère, de vous conserver, et de vous rendre toutes de grandes saintes. On ne peut être plus à vous que je suis.
Thérèse de JÉsrs C'est aujourd'hui le 9 août io"G.
Je suis surprise , pour ne pas dire fâchée , que vous ne me disiez rien du P. Grégoire.
452 lettre lxxxv.
Sa nte Thérèse écrivil relie lellre à Tolède. Remarquons au sujet de la demoiselle mélancolique dont elle parle, que dans tous ses ouvrages elle se déclare contre les filles de ce caractère , comme contre les lléatix du bon ordre et de la société. On peut voir entre autres endroits les chap. 7 et 8 du livre des Fondations.
A LA RÉVÉRENDE MÈRE MARIE I)E SAINT-JOSEPH
QUATRlfcMr.
La Sainle traite divers sujets détachés. 5 octob. 157(5. — Jésus soit toujours avec votre révérence, ma chère mère.
Je suis surprise que vous ayez laissé partir le muletier sans le charger de quelques lettres. Ne savez— vous pas que nous souhaiterions d'apprendre tous les jours des nouvelles du père provincial, qui est auprès de vous ? J'envie , ma chère fille , le bonheur que vous avez de le posséder. Si donc vous voulez me consoler de son absence, vous ne devez perdre aucune occasion de me mander en quel état est sa santé, et tout ce qui se passe chez vous. Ce père m'écrit rarement, et ses lettres sont très-surcintes : mais, de quelque manière qu'il en use, ayez, s'il vous plait, la bonté de m'écrire très-souvent; je vous ai donné une voie sûre pour me faire tenir vos lettres.
J'ai lu avec bien du plaisir celle que le père Marian de S.-Benoît m'a apportée ; elle m'apprend, ma chère fille, que votre santé est rétablie, ce que je souhaitais passionnément, et que l'affaire louchant les droits de votre maison est enfin terminée. Mon frère, qui se porte bien, grâces à Dieu , est ravi lorsqu'on lui dit de vos nouvelles : je lui ai permis de vous écrire quelquefois. Comme vous prenez bien de l'intérêt à ce qui le regarde , je vous dirai qu'il a acheté depuis peu une terre dont on avait beaucoup parlé lorsqu'il était en ce pays : elle était située à une lieue et demie d'Avila; elle a une grande prairie, une petite montagne et du blé; elle ne lui coûte que quatorze mille ducats. Le contrat n'est pas encore passé. Il appréhende tellement les procès, qu'il prendra auparavant toutes les sûretés possibles. N'oubliez pas, ma chère fille, de prier Dieu pour lui et pour sa famille, car on parle déjà de marier ses enfants. Que j'aurais de joie qu'ils fussent de bons chrétiens, bien pleins de la crainte de Dieu I
J'ai eu bien du chagrin que vous ayez été privée du plaisir que vous vous faisiez de me retenir quelque temps auprès de vous , et d'avoir été privée moi-même de la joie que j'aurais eue d'y demeurer. J'ose me flatter que ma présence ne vous aurait pas été tout à fait inutile. Je comptais, ma chère fille, le père Bonavenlure étant sur les lieux, que vous pourriez venir à bout d'avoir de bonnes eaux; mais je vois bien qu'on ne lui permet pas de faire tout ce qu'il voudrait. Je prie Dieu de vous donner le moyen de payer votre maison : si elle était une fois payée, pour
peu d'argent que vous eussiez, vous viendriez bientôt à bout de faire le reste. En attendant , passez-vous de l'eau de vos puits : telle qu'elle est, nous donnerions ici bien de l'argent pour en avoir de pareille, car nous souffrons beaucoup, faute de bonne eau. Mandez-moi, je vous prie, comment le père BonaTenture se trouve de sa visite , et quel parti on prendra touchant le monastère qu'on a ruiné proche de Cordoue.
Ma santé est assez bonne, grâces à Dieu. La mère prieure de Malagon m'écrit qu'elle se porte mieux : son mal est si grand , que je fais peu de cas de ce mieux; recommandez-la souvent à Notre-Seigneur. Que sa divine Majesté vous conserve, ma chère 011e, et vous rende une grande sainte, et toutes nos sœurs aussi.
Vous verrez par cette lettre de la mère prieure de Caravaque l'état de leurs affaires. La lettre de la mère prieure de Véas m'a donné ui;e vraie joie; j'en étais en peine, car il y a longtemps qu'elle ne m'avait écrit. Leur postulante est entrée, et toutes choses vont assez bien. Priez Dieu pour le père provincial, et pour moi qui en ai un extrême besoin.
J'ai mis, ma chère fille, le port de ces lettres dans le paquet : ne soyez pas assez simple pour vous faire un point d'honneur de ne l'accepter pas ; ce port est fort gros , et je puis le payer. Ayez bien soin de votre santé pour l'amour de moi, et pour ne me pas faire mourir de chagrin, car je suis déjà assez touchée de la maladie de ma chère prieure de Malagon. Plaise à Dieu de la guérir promptement, et de vous conserver, ma révérende mère, pour ma consolation. Je suis toute à vous ,
Thérèse de Jésus.
C'était hier la fête de S.-François.
Vous comprenez bien que je n'ai mis l'argent dans cette lettre que parce que c'est un roulier qui en est porteur : si c'était la poste, on risquerait de la faire perdre; je vous en avertis, afin que vous ne le fassiez jamais. Le père Antoine de Jésus est ici.
REMARQUE
La sainle écrivit celle Icllre à Tolède l'an 1576.
A DOM LAURENT DE CÉPÉDE, SON FRÈRE
Elle lui écrit familièrement arec grâce et arec amitié, et lui donne d'excellents aris pour le gouvernement de su famille.
1576, vers le mois d'octobre. — La grâce du Saint-Esprit soit toujours avec vous, mon cher frère.
Je ne puis exprimer combien les quinze derniers jours qui se sont passés sans recevoir de vos nouvelles m'ont paru longs. Dieu soit loué de vous avoir conservé en santé, et de ce que vos affaires sont si bien réglées ; car je ne vois rien à réformer dans ce que vous me marquez de votre maison, de vos meubles, et du service que vous avez acheté. Mais rien n'est plus plaisant que le maître des cérémonies, qui m'a fort di-
vérlic : vous pouvez sûrement vous fier à elle; c'est une bonne personne, fort sage et fort judicieuse. Faites-lui, je vous prie, mes amitiés lorsque vous la verrez ; je lui suis redevable, de même qu'à dom François de Salcède.
Que j'ai de chagrin; mon cher frère , de votre indiposition 1 II me paraît que c'est de bonne heure que le froid vous incommode. Pour moi je suis mieux , Dieu merci, que je n'ai été depuis plusieurs années : et pour vous rendre compte de tout , je vous dirai que j'ai une petite cellule fort jolie et fort retirée, dont la fenêtre regarde dans le jardin. Les \ i-ites ne m'importunent pas beaucoup. Si les lettres que je ne puis me dispenser d'écrire, n'étaient pas en si grand nombre, et que vous fussiez ici , il ne me manquerait rien ; et je serais si à mon aise , qu'il serait impossible que je restasse longtemps dans celte situation; car dès que je commence à goûter un peu le repos, il m'échappe à l'instant. 51a consolation dans votre absence est la santé que Dieu vous donne : je le prie de vous la conserver, et de vous récompenser de l'intérêt que vous avez la bonté de prendre à la mienne.
Je me fais un vrai plaisir de ce que noire éloignement vous donne du chagrin : j'ose espérer qu'il ne sera pas long, et que bientôt je sentirai comme vous le froid d'Avila. Je crains si peu le mal qu'il me doit faire» que je n'en retarderai pas mon départ d'un seul jour, persuadée que Dieu donne partout de la santé quand c'est son bon plaisir : outre que désirant cette santé beaucoup plus pour vous que pour moi , je ne puis appréhender une incommodité qui nous sera commune.
Je serais au reste très-fâchée, mon cher frère, que vous oubliassiez une chose que je veux vous marquer ici de peur qu'elle ne m'échappe : c'est que si vous n'avez dès à présent un très-grand soin de mes neveux, ils pourront bien avant qu'il soit peu fréquenter les gens les plus éventés et les moins rangés d'Avila. Si donc vous voulez prévenir un si grand mal , il est à propos de les envoyer au plutôt au collège des Jésuites. J'écris pour cela au père recteur, vous le verrez par la lettre que je vous adresse. Si dom François de Salcède et le maître d'Assa le jugent à propos , il faudra leur mettre des bonnets.
La fille de dom Rodriguez, de six enfans qu'elle a eus, n'a plus qu'un fils : elle le tient toujours au collège; il est à présent à celui de Salamanque. Le fils de dom Diego de l'Aigle y a aussi été élevé. L'éducation des jeunes gens est très-importante et très-difficile : à Dieu ne plaise que mes frères négligent de telle sorte celle de leurs enfants , qu'ils deviennent vicieux et libertins!
Vous ne pouvez , mon cher frère , entretenir longtemps et souvent le maître d'Assa et dom François de Salcède, si vous ne vous donnez la peine d'aller chez eux : vous savez que ces communications doivent être secrètes. Souvenez-yous surtout au nom de Dieu que je vous ai conseillé de n'arrêter pas sitôt un confesseur, et de n'avoir dans votre, maison que le moins de domestiques que vous pourrez. Croyez-moi, il
LETTRE I.WXUl. ii>5
Vaut beaucoup mieux on augmenter le nombre , que d'être forcé de le diminuer. N'oubliez pas non plus de mortifier cette inclination naturelle qui vous porte sans cesse au faste et à l'éclat. Encore une fois n'écoutez pas , s'il vous plaît , ce qu'on vous dira pour vous exciter à faire une grosse dépense ; mais consultez sur cela même les deux personnes dont je viens de vous parler ; et, dans les occasions plus importantes, joignez-y le père Munos , jésuite. Considérez souvent qu'on s'abîme presque sans y penser, et qu'il vaut bien mieux selon Dieu et ■ selon le monde ne pas faire toute la dépense qu'on souhaiterait de , faire, et avoir de quoi donner l'aumône : cela sera sans comparait son plus avantageux à vous et à vos enfants. Je suis avec bien du respect ,
Votre servante, Thérèse de Jésus.
REMARQUES
Dom Laurent de Cépède, à qui coite lettre est adressée , était un des neuf frères que Dieu avait donnés à sainte Thérèse, et celui de tous qu'elle chérissait davantage. Ses vertus éminenles méritèrent délie canonisées lorsqu'il vivait encore sur la terre, de la propre bouche de sa sainte sœur , qui nous en a laissé mille beaux éloges dans ses lettres.
Kl le lui écrivit celle-ci à Tolède l'an loTG , lorsqu'à son retour des Indes il arriva à Avila. Il avait deux fils et une fille. L'aîné, dom François de Cépède, mourut aux Indes sans enfants ; le second, nommé dom Laurent de Cépède, alla du vivant même de monsieur son père au Pérou où il est mon, et où il a laissé une grande famille. Lu lGOCi, un de ses pelils-fils vint en Espagne solliciter une prébende de l'église de Quito. Le conseil des Indes, informé de sa naissance, et qu'il était petit-neveu de sainte Thérèse, le préféra, pour celle considération, à de plus anciens prétendants. La reine quelque temps après lui fit donner aussi un canonical. Mais la dévotion de sa majesté envers noire Sainte alla bien plus loin : elle lit bâtir au monastère des carmélites d'Alve, où repose son saint corps, une église en son lioùiieur, vraiment digne de la magnificence el de la piété d'une si grande reine.
Pour ce (pu est de la fille de dom Laurent de Cépède, elle se nommait Thérèse de Jésus : elle esl mode en odeur de sainteté au couvent des carmélites d'Avila, où sa sainte lanle lui avait donné l'habit l'année même de sa mort.
Puisque le froid commençait à se faire sentir lorsque celle lellre fut écrite, et que la Sainle s'en étonne , il est vraisemblable qu'elle l'écrivit vers le mois d'octobre. Voilà pourquoi nous avons donné à la letlre celte date.
AU RÉVÉREND PÈRE JÉRÔME GRATIS DE-LA-MERE-DE-DIEU , PREMIER VISITEUR ET PREMIER PROVINCIAL DES CARMES DÉCHAUSSÉS, DIRECTEUR DE LA SAINTE.
rnr.MikRE.
Elle lui parle au sujet de l'autorité qu'il a reçue sur les carmes mitigés ; justifie ses [ondulions el Us sorties de ses filles ; et n'approuve point que les carmes déchaussés fassent certaines fonctions.
21 octobre 1576. — La grâce du Saint-Esprit accompagne incessamment votre révérence, mon père.
J'eus l'honneur de vous écrire hier avec bien de la joie que les carmes mitigés se sont enfin calmés , et qu'ils sont à l'heure qu'il est parfaitement soumis à votre obéissance : j'en ai rendu mille actions de s. th. n. 29
grâces à Dieu . touchée alors d'une vire appréhension dé ce qui a pré cédé leur acceptation. L'événement a justifié que ma crainte n'était pas vaine et sans fondement, un de leurs pères m'ayant appris qu'avant même qu'on leur eût signifié le décret de monseigneur le nonce, donné iiintii proprio , ils étaient déjà dans une consternation qui n'est pas imaginable , troublés et alarmés au dernier point, prétendant, non sans quelque sorte de raison , qu'on leur faisait une criante injustice. Ils disaient donc , comme je l'avais prévu , et comme je crois vous l'ai oîr mandé, et même au père Marian de-Safnt-Benoit, que commander comme supérieur , sans justifier par quelle autorité on commande , c'était une chose et bien dure et bien nouvelle.
Pour moi il me paraît , mon révérend père , que les raisons qui vous ont porté à ne leur point montrer le décret , et dont vous vous expliquez dans la lettre écrite au père Marian , n'étaient pas assez fortes pour devoir vous en empêcher. De bonne foi , s'il y avait lieu de douter de votre commission . c'était avant que le décret arrivât , et non pas depuis qu il est arrivé. Plût à Dieu qu'il fût conçu de telle sorte que vous fussiez déebargé d'un si pesant fardeau, et qu'il vous laissât tout entier ans carmes déchaussés , et aux carmélites déchaussées !
Le père Padille vous dira que frère Ange assure qu'il ne m'est pas permis de fonder des monastères , que le concile me le défend , et que notre révérendissime père général l'a déclaré nettement. Que je souhaiterais que votre révérence pût voir celte déclaration ! Ce bon frère ajoute que je promène perpétuellement mes religieuses : comme si ce n'était pas par l'ordre de mes supérieurs, et que lui-même ne m'eût pas apporté la permission que j'ai encore, d'en conduire autant qu'il serait nécessaire à Véas et à Caravaque , pour les monastères de carmélites qu'on avait dessein d'établir dans ces deux villes (1). Comment donc ce bon frère ne songea-t-il point à cette déclaration déjà faite et déjà publiée? Plût à Dieu qu'on me laissât jouir tranquillement de la douceur de ma chère solitude , et que je ne fusse point obligée de -faire de nouveaux établissements ! Je le conjure aussi de vous donner, mon père, le repos que je vous désire.
J'écris aujourd'hui à votre révérence précisément pour l'affaire de Salamanque dont vous êtes déjà informé : je crois même vous en avoir dit mon sentiment, et qu'elle n'est point avantageuse à des carmes déebaussés , à moins qu'on ne leur donnât un établissement dans la ville. Mais pour être simplement vicaires l'espace de deux mois, et n'avoir nul autre emploi qui les engage à rendre quelques services , car on ne parle pas d'autre ebose, cela ne leur convient nullement : et il n'y a pas même d'apparence qu'on puisse l'exiger d'eux, surtout ne le leur ayant pas demandé. Loin donc qu'on me fasse consentir à cela, je
(1) Lu fondation de Véas fut faite en lo7i. et celle de Caravaque le 1" janvier 1579 Voyez l'Histoire générale de l'ordre, pari. 2.
n : : RE i.ww 11. i.'>7
Voudrais que les carmes déchaussés ne parussent dans les villes que tomme des gens de l'autre monde, et qu' ils ne fussent point obliges d'aller et de venir perpétuellement pour confesser des filles repenties. .Monseigneur l'évèque est pour nous . sans lui nous serions en danger de perdre notre cause toute bonne qu'elle est.
Je ne sais si monsieur Tutonio fera quelque chose ; son pouvoir est bien mince , et je ne le crois pas un fort habile solliciteur. Si j'étais sur les lieux je remuerais certains ressorts qui pourraient n'être pas inutiles. Cela se fera, mon révérend père, si vous le jugez à propos. Comme je vous ai déjà écrit , je ne vous entretiendrai pas davantage. La mère prieure et toutes nos sœurs se recommandent à vos saintes prières, et à celles de rotre communauté. Je finis, car il est fort tard , en vous assurant que je suis invariablement pleine d'estime et de respect.
Votre indigne servante et fille, Thérèse de Jésus.
C'est aujourd'hui la fête de mon père S. Hilarion.
REMARQUES
Le révérend père Jérôme Gralien dc-la-Mère-de-Dien , à qui cette lettre est écrite, fut un si excellent et si saint homme, qu'il n'y a point d'éloges que suinte Thérèse ne lui nil donnés, comme on le peut voir dons ce recueil de lettres, et dans presque tons ses autres ouvrages. La confiance qu'elle eut eu lui alla jusqu'à le choisir pour son principal directeur, et à lui communiquer les dispositions les plus intimes de son âme. 11 a été le premier visiteur el le premier provincial de noire réforme ; et, dans son établissement, il lui a rendu les services les plus considérables.
Celle lettre roule sur le même sujet que la XXVIIIe, adressée au père Ambroise Marian de-Sainl-Benoîi ; el la Sainte les écrivit à Tolède toutes deux à même jour, l'an 1576. Elle parle d'abord du bref par lequel le nonce du pape dorn Nicol s Hormanelo, l'avait établi l'année d'auparavant visiteur apostolique des carmes mitigés des provinces d'Andalousie et de Castille. Quelques pères mitigés étaient venus à la cour pour obtenir d'être exempts de la visite du père Jérôme Gralien, qui, bien qu'il ne lut pas encore visiteur, en exerçait néanmoins la charge en vertu de la commission que lui en avait donné le père François de Vargas qui l'était alors ; monsieur le nonce, pour leur ôter tout prétexte de se soustraire à celte visite , revêtit de Sun autorité le père Gralien.
A l'égard de l'affaire dont il est parlé à la fin de celte lettre, c'était la fondation d'un collège de carmes déchaussés, que le seigneur dom Tutonio, depuis évêque d'Eboia, souhaitait qu'on établit à Salamanque : cela parait par la lettre 11 qui lui est adressée.
Le père Ambroise Marian de-Saint-Benoit se trouva embarqué dans cette affaire par levêque de Salamanque dom François de Solo el Salasar, un des directeurs de la Sainte. Ce prélat proposa à ce père de se charger de la conduite d'une maison de filles repenties : celui-ci écouta celte proposition, l'emploi lui paraissait un moyen propre à taire réussir la fondation qu'on poursuivait : mais la Sainte, plus éclairée et plus attentive à la perfection de ses enfants qu'ils ne l'étaient eux mêmes, n'approuva pas ce projet. Ainsi elle écrivit au père Marian de-Sainl-Benoît la lettre XXVIII; et celle-ci au père Jérôme Gralien, pour les détourner l'un el l'autre d'accepter un emploi si peu convenable à la retraite et à la solilude dont nous faisons profession.
Il sua si souvent parlé dans la suite de ces lettres du père Jérôme Gralien , que nous croyons nécessaire de le faire mieux connaître que n'a lait l'auteur des remarques.
Ce père naquit à Valladolid le Gjuin 1543. Son père était Didac Cratien d'Alderèle, secrétaire de Charles-Quint et de Philippe II , el sa mère était fille de dom Jean d'Aniisco. gentilhomme polonais, que le roi de Pologne avait envoyé en ambassade auprès de Charles-Quint. Jérôme Gralien lit avec distinction ses premières études à Madrid chez les IT jésuites, el à l'âge de 19 ans il fut maître-ès-arls dans l'Uni-
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vorsiié d'Alcnla (I)- Dans sa licence il cm le premier rnnpf , excellent dès lors autant par sa modestie cl par sa piété, que par son esprit cl par sa science. Promu au diaconat, il prêcha avec beaucoup d'applaudissement et de succès ; extérieur agréable . maintien édifiant, voix charmante, éloquence pathétique, zèle ardent, pensées sublimes tout concourait à le faire admirer.
En I5G9, honoré de la dignité du sacerdoce, il forma le dessein de se consacrer entièrement à l'amour de Dieu, cl au salut des âmes. De là le désir d'entrer dans h compagnie de Jésus. Mais touché vivement du recueillement des cannes déchaussés qui allaient étudier dans les écoles publiques de Université d'Aleala, parce que leur collège n'était pas encore ache\é, son premier désir se refroidit, d'autant plus qu'une vnij intérieure le pressait d'embrasser leur éial. Dans celte conjoncture les carmélites d'Aleala (2) le prient de prêcher dans leur église le jour de N.-D.-du-Mont-Carmel ; et il fait nn sermon , qui non seulement excite l'admiration de louie l'Université et attire un grand respect pour la nouvelle réforme , mais qui y gagne encore l'illustre Jean Rocca, de qui nous aurons lieu de parler quelque autre pari. Moins docile néanmoins que son prosélyte, Jérôme Gralien, effrayé de l'austérité des carmes, reculait et résistait toujours. Enfin il va à Pastranne, d'abord pour traiter delà réceplion d'une fdle chez les carmélites, ensuite pour y assister à la prise d'habit de Jean Rocca; et c'est là où la grâce l'attendait : il en est louche fortement, il prend l'habit le 25 de mars en 1572, âgé de près de 27 ans, et y reçoit le nom de Jérôme de-la-Mère-de-Dieu.
Comme dans les commencements des établissements on ne saurait garderie même ordre qui s'observe dans la suite, on ne doit pas s'étonner qu'un homme de mérite aussi grand ait élé employé pendant son noviciat même à prêcher el à confesser. Ce qu'on lit de plus extraordinaire à son égard, c'est qu'on lui confia la conduite du noviciat composé de trente novices, quoiqu'il lui novice lui-même. Ce poids accablant d'occupations, joint aux grandes austérités de la maison cl à l'entière nudité des pieds ( car alors les carmes marchaient pieds nus sans sandales), fut pour lui une source de tentations auxquelles il fut prés de succomber. Dieu le soutint néanmoins; et il eut le bonheur de faire profession avec une grande paix le 28 de mars
Quatre mois et quelques jours après sa profession , c'est-à-dire le A août de la même année, le P. Ballhazar-de-Jésus, de qui nous parlerons dans l'occasion (5), prieur alors des carmes déchaussés de Pasirane , usant de l'autorité que lui avait donné le P. de Vargas, prieur des dominicains de Grenade , et commissaire du pape pour la réforme du Carmel dans l'Andalousie, ordonna au père Jérôme Gratieu d'aller visiter cl gouverner les deux couvents de la réforme dans celle province. Il passe par Grenade pour aller à Séville; et le P. de Vargas, après l'avoir retenu quelques jours pour l'approfondir, reconnut en lui tant de mérite, qu'il se déchargea sur lui de la commission qu'il avait reçue du pape , et qu'd le subdélégua pour visiter les couvents même mitigés, malgré toutes 1rs prières el les représentations qu'il lit pour éloigner ce fardeau. Il part donc pour Séville où il arrive le 22 d'octobre; et après y avoir fait divers arrangements très-sages, il prend possession pour les carmes déchaussés, la veille de l'Epiphanie 1574 , d'un bel ermitage que M. l'archevêque leur avait donné. Ce fui là le signal de la guerre que lui déclarèrent et à la réforme plusieurs des PP. mitigés, guerre qui eut île si lâcheuses suiics, et une si heureuse lin.
Nous ne pensons point à en faire le détail : il suffira de dire qu'après que le P. Jérôme Gralien eut employé avec beaucoup de sagesse le pouvoir que lui avait confié le commissaire du pape , qu'il eut gouverné sa nouvelle communauté de Séville axée beaucoup d'édification, qu'd eut prêché le carême dans celte ville en 1575, avec le plus grand succès, M. le nonce Hormanet lui donna un plein pouvoir de visiter lous
(1) Il y a en Espagne trois villes qui portent le nom d'Aleala, deux dan9 l'Andalousie, el la troisième dans la Nouvclle-Castille, a 5 lieues de Madrid; C'est dans celle-ci qu'esi la célèbre Université , Complute;>sis Academia, fondée par le cardinal Xunenès, cl où le P. Gralien prit des grades.
(2) Sainte Thérèse n'avait point fondé ce couvent : mais étant partie de Médine-du- Champ pour aller faire la Fondation de Halagon, el étant arrivée à Madrid , madame Eiéonore de Mascarénas la pria d'aller a Alcala voir les religieuses de celle maison , parmi lesquelles Marie-de-Jésus, leur fondatrice, avait introduit une excessive austérité. La Sainte, à qui cette supérieure el ses filles se soumirent , corrigea cet excès, et les fonda dans le véritable esprit du Carmel.
(ù) Ci-dessous, sur la I.XXU' lettre au P. J. Gralien.
LETTRE LXXXYIH. W$9
tes couvents îles cannes même milices; et que ce père étaol pnrli de Séville pour se rendre auprès de ce seigneur, passa par Yéas où était dans ce temps-là saune Thérèse ; qu'il la vil alors pour la première fuis, qu'il l'admira, qu'il lui ouvrit le pin-, secrel de son aine, et qu'à son tour elle conçut pour lui cette haute estime et cette pleine confiance qu'on a pu remarquer dans celte lettre , cl qu'on verra encore mieux dans le chap. 22 du livre de ses Fondations, et en d'autres endroits de ses lettres. Ces sentiments de vénération n'empêchent p;es néanmoins qu'elle n'ait blâmé quel ques actions de ce père; elle le fait dans celte lettre, et elle le fera bientôt dans une autre.