‹ uvres tres-complètes de Sainte ThérèseChapitre 114 sur 201 · AU KÉVÉUEXD PÈRE JÉUOME GRATTEN DE-LA-MÈRE-DE-DIEU · texte numérisé non relu

AU KÉVÉUEXD PÈRE JÉUOME GRATTEN DE-LA-MÈRE-DE-DIEU

TROISIÈME

Diverses affaires; détachement oh était la S tinte de toutes les clioses de lu terre, son amour pjur Coléissance , et sa tranquillité d'esprit dans les divers événements de la vie.

i décembre loTG. — La grâce du Saint-Esprit accompagne sans cesse \olre révérence.

Je suis désolée lorsque je pense que vous recevez très-peu de mes nouvelles, quoique je vous écrive très-souvent. J'eus l'honneur, il y a quelques jours, de vous adresser plusieurs lettres : Dieu veuille qu'elles ne se perdent pas, et qu'elles vous soient rendues plus exactement que les précédentes.

On m'a apporté aujourd'hui des lettres de Vallatlolid, qui m'apprennent que la permission de Rome est venue de faire faire profession à la sieur Casilde, qui en est transportée de joie. Je ne pense pas, mon ré> érend père, que vous deviez attendre à lui accorder la vôtre, que vous puissiez lui aller donner le voile : les événements de ce monde sont s:. incertains, que le parti le plus prompt est d'ordinaire le plus sûr. Ayez donc la bonté de m'envoyerau plus toi par diverses voies deux ou trois permissions, afin qu:' si malheureusement l'une se perdait, l'autre arrive à bon port ; et que ce petit ange qui nous est si cher, et qui nous a coûté tant de peines, ne se désespère pas d'un si long retardement.

On dira à votre révérence, si on ne le lui a déjà dit, qui sont ceux à qui on a donné la relation : le père Dominique Ragnez en est un ; je ne laisserai pas cependant de lire toutes les lettres, et si je n'y trouve point ce qui est marqué dans la mienne, je vous l'enverrai incessamment.

Celui qui donne la place pour le monastère, désirerait fort qu'on s'obligeât à dire toutes les semaines une messe à son intention, cl il promet de faire bâtir six beiles cellules. J'ai répondu que vousn'j coasen-

tiriez pas, que vous réduiriez à moins, et peut-être à rien du tout.

Je crains extrêmement que monseigneur le nonce ne vienne à nous manquer. Vous ne me dites pas, mon père, ce que fera Angélique, s'il meurt; elle sera immanquablement agitée de mille scrupules par l'appréhension de faire quelque chose qui soit contraire à l'obéissance, suppose qu'elle aille où vous savez qu'elle doit aller. Il est vrai que ce pays est fort éloigné de celui où elle désirerait faire son séjour, et qu'elle y sera beaucoup plus mal que là où elle est, au moins pour sa santé. Mais puisque c'est le lieu où sa présence est plus nécessaire, doit-on balancer si l'on sacrifiera son repos et son contentement pour un si juste sujet? et ne serait-ce pas au contraire une extrême folie de vouloir trouver du repos sur la terre, où tout est guerre et affliction d'esprit?

La vérité est qu'Angélique ne pourrait avoir plus de plaisir que d'être à portée d'entretenir souvent Paul, son directeur; et il y aurait sûrement plus de commodité dans cet endroit, pourvu qu'on y bâtit le inon islère, qu'ici où la difficulté de traiter de telles affaires est encore plus grande qu'à Avila. De quelque manière que Dieu en dispose, faites-lui la grâce, mon révérend père, de lui mander au plus lot votre sentiment, et la résolution que vous avez prise : vous la connaissez assez pour juger qu'elle pourrait bien n'attendre pas votre réponse, si elle tardait trop à venir; dans la crainte qu'on ne s'avisât de l'empêcher de partir, ce qui lui serait infiniment sensible.

Informez-vous, s'il vous plaît, si c'est à l'ancien visiteur à choisir la place où l'on doit élever le bâtiment: car à moins qu'il ne fût absolument nécessaire qu'Angélique se trouvât sur les lieux, il me paraît, dans la conjoncture où nous sommes, qu'il serait bien plus à propos que ce fût lui qui fit ce choix, que si elle en était chargée.

II est, mon père, d'une extrême importance de ne se point mécompter, et de considérer avec une sérieuse application ce qui sera le plus avantageux ; parce que la bonne ou la mauvaise conduite qu'on aura tenue, examinée de tout le monde, nous pourra être ou très-préjudiciable, ou d'une fort grande utilité. Peut-être que cet établissement durera peu, à cause du changement de nonce que je crains : peut-être aussi qu'il subsistera. O Dieu tout-puissant, de quelle admirable liberté d'esprit n'avez-vous point favorisé cette faible fille! Nul événement , quelque fâcheux qu'il soit, n'est capable de la troubler, et ne lui parait être un mal pour Paul ou pour elle. Ce sont les paroles de cet homme incomparable qui ont produit dans son âme ce merveilleux détachement : il est si spirituel et si éclairé, qu'on ne se lasse point d'en remercier Dieu comme d'un bien qu'il tient de sa bonté.

Recommandez-lui cette affaire, mon révérend père, et répondez-moi, je vous en conjure, sur tous ces articles , afin qu'on ne fasse rien de niai concerté : il y a du danger à suivre tant de divers sentiments.

Nous offrons tous nos vœux à Dieu pour monseigneur le nonce, et

LETTRE XC.II. Vf>7

pouf le premier ange, dont je suis encore plus en peine; je le supj lie de lui rendre la santé, de conserver la vôtre, mon révérend père, un grand nombre d'années, et de vous faire croître en grâce et en sainteté, autant que le désire celle qui est du fond du cœur,

Votre indigne servante et tille, Thérèse de Jésus.

C'est aujourd'hui le h- décembre.

REMARQUES

Sainte Thérèse écrivit celle lettre à Tolède, l'an I.jTG. Le pape avail envoyé permissiun de faire taire profession à la sœur Casilde de-la-Conception, dont nous avons parlé dans les remarques sur la 7î>* lettre, telle illustre novice eul le bonheur de consommer son sacrifice où elle l'avait commencé, c'est-à dire, au monastère des carmélites déchaussées de Valladolid , le 13 janvier Io77, trente-neuf jours seulement après celte lettre écrite. La raison qui obligea sainte Thérèse d'avoir recours à sa Sainteté pour la permission de recevoir ses vœux, fut que le père général des cannes mitigés, de qui les cannes dë<-hau>se* dépendaient alors, avait refusé de la donner; refus qui contraignait souvent de s'adresser au nonce ou au pape même, pour ces soi tes de permissions cl pour les fondations de nouveaux monastères, soit d'hommes ou de lil!es.

Le nonce dont elle témoigne appréhender si fort la perle était le seigneur dom Nicolas donnant to, alors dangereusement malade : il mourut à Madrid, au mois de mai 1577. plus riche en vertus qu'en biens de fortune ; puisque sa pauvreté fut telle que ne s'élant rien trouvé chez lui après sa mort , il fallut que le roi payât les frais de ses funérailles.

Elle était encore plus en peine de la santé du roi Philippe II, qu'elle nomme le premier ange, non seulement parce que, selon saint Grégoire, les rois sont les anges de leurs royaumes, mais encore parce (pie ce puissant monarque fut , pour ainsi dire , l'ange tutélaire de notre réforme.

Le nom de Paul , qu'elle donne dans celle-ci el dans plusieurs autres au père Jérôme Gratien , est une marque de son estime pour les travaux apostoliques, el pour la patience invincible de cet excellent homme. Pour celui d'Angélique, c'est un nom emprunté que la Sainte se donne souvent pour n'être pas connue, si ses lettres étaient perdues ou interceptées.

AU RÉVÉREND PÈRE JÉRÔME GRATIEN DE-LA-MKRE-DE-DfEU. QUATRIÈME

Celte lettre roule principalement sur quelque* établissements de son ordre, qui se présentaient à fuire.

"t de'c. 1376. — Jésus soit toujours avec votre révérence, mon père.

Lorsqu'on m'apporte de vos lettres peu de temps après que j'en ai reçu, je voudrais, pleine de reconnaissance, pouvoir vous en remercier dans le moment même ; car je ne sais ce que j'aurais fait sans ce secours dans l'exil où vous m'avez laissée. Dieu soit béni de tout.

J'eus l'honneur, vendredi dernier, de répondre à plusieurs de vos lettres, et l'on vient aujourd'hui de m'en apporter quelques-unes : celles de Paterne et de Tiguros ne sont pleines que de soins, et ne parlent que d'affaires, ce qui est très-juste.

Je désirerais extrêmement, mon révérend père, malgré les raisons que vous avez de rester où vous êtes, et la fatigue d'un long voyage, que vous ne laissassiez pas de donner à ce marquis la satisfaction que monseigneur le nonce a témoigné par sa lettre souhaiter si ardemment.

408 ni i ni: un.

Vous n'ignon / p;:s les extrêmes obligations que nous lui avons, et que Dieu nous l'a donné pour protecteur. D'ailleurs, c'est que ces sortes d'affaires sont difficiles à traiter par lettres. Par dessus cela, quand même celle-ci ne devrait pas réussir, la faute qu'on commettra en se rendant sur les lieux par l'ordre de ce prélat nous sera plutôt avantageuse que préjudiciable. Encore une fois, mon révérend père, ne lui donnez pas sujet de se plaindre de nous, .le ne puis exprimer le chagrin que j'ai de vous voir seul et éloigné des personnes de qui vous pourriez prendre conseil.

J'ai aussi une vraie peine de ce que la mère prieure me marque que le Saint s'acquitte mal de son devoir : cela est encore plus affligeant que son peu de fermeté. Obligez-moi, mon père, de l'en reprendre d'une manière qu'il demeure persuadé qu'on ne lui passera pas ses manquements.

J'écris celte lettre avec tant de précipitation, que je ne puis vous dire tout ce que j'avais projeté de vous mander : je ne cesse cependant d'admirer la conduite de la Pro\idcnce, qui permet toujours que les joies et les consolations de la terre soient mêlées d'amertumes et de tristesse. Mais quel tort n'ai-je point d'en être surprise? C'est le chemin que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a tracé lui-même. Je suis si convaincue de la nécessité et du bonheur des souffrances, que je prends un vrai plaisir à vous entendre raconter vos travaux et vos persécutions ; quoique je n'aie pas laissé d'être touchée vivement du faux témoignage qu'on a porté contre vous, moins pour votre intérêt que pour le salut de \ os calomniateurs. Comme ils n'ont point trouvé de témoins, ils cherchent en vain des gens du secret desquels ils puissent s'assurer : tout consiste à vous pouvoir justifier, vous et votre fils Elisée.

Un père jésuite et une dame veuve d'Aguilar m'écrivirent hier de concert ; celle-ci est âgée de soixante ans, et n'a point d'enfants : elle prit résolution, dans une grande maladie qu'elle eut il y a quelque temps , d'employer en œuvres de piété tout son bien : il consiste en six mille ducats de rente, une très -belle maison et un fort grand jardin. Ce père lui ayant parlé de nos établissements, elle en fut si charmée, qu'elle ordonna par son testament que tout ce qu'elle possédait nous serait donné pour faire une fondation. Revenue de cette extrémité, elle persiste dans son dessein de faire, de son rivant, dans sa propre maison un établissement de carmélites déchaussées; mais elle le désire avec tant d'ardeur, qu'il n'y a point d'instances qu'elle ne me fasse pour avoir réponse au plus lot.

Cette ville est très-bonne, elle est située à treize lieues de Burgos. Quoique le pays soit éloigné, je ne crois. pas devoir rejeter la proposition, ne sachant pas quelle est la volonté de Dieu là-dessus; car peutêtre veut-il qu'on l'accepte. J'écrirai donc que je suis bien aise de m'informer auparavant de toutes choses, comme en effet je m'en informerai, jusqu'à ce que vous m'ayez appris ce qu'il vous plaira d'en ordonner, et

LETTRE XCIII. iOO

si le décret permet d'établir un monastère «le religieuses : car, bien que je ne puisse pas aller en- personne faire celte fondation, vous pourrez, mon père, en donner la commission à quelques-unes de nos mères; surtout n'oubliez pas, je vous prie, de me marquer vos sentiments làdessus.

Il y a aussi à Burgos quantité de filles qui désirent être Carmélites, et qui ne peuvent jouir de ce bonheur, parce que nous n'y avons point de maison, ce qui me touche sensiblement. Je connais dans Burgos bien des gens de qui je pourrai apprendre ce que je souhaite savoir à ce sujet.

Si la dame veuve d'Aguilar donne tout ce qu'elle a promis, comme je me flatte qu'elle le donnera, parce qu'elle le peut aisément, le revenu et les maisons pourront monter à neuf mille ducats et à davantage : celte ville n'est pas éloignée de Valïadolid; le pays est fort froid; mais on a, dit-on, bien des moyens de s'en garantir.

Que je serais heureuse, mon révérend père, d'être à portée de partager vos soins et vos inquiétudes! N'est-il pas bien doux de se plaindre lorsqu'on est sûr que la personne à qui on ouvre son cœur ressent virement toutes nos peines ? J'ai une vraie joie de vous savoir si souvent avec nos sœurs de Séville : j'espère de la bonté de Dieu que vous les aiderez à s'avancer de plus en plus dans la vertu, et qu'il ne les abandonnera pas dans leur extrême pauvreté. La sœur de S. -François m'a écrit une lettre charmante ; je prie Dieu de les sanctifier de plus en plus. Ma santé est assez bonne ; plaise au Seigneur de conserver la vôtre, et de vous rendre, mon révérend père, un aussi grand saint que le désire celle qui est avec vérité

Votre indigne servante et fille, Thérèse de Jésus.

C'est aujourd'hui la veille de la Conception de la sainte Vierge.

REMARQUES

La Sainte commue tlnn> coite lellre à parler des persécutions que soutenaient les carmélites de Séville, ci d'une information faite contre elles el contre le père Jérôme Gratien, dans laquelle elle-même se trouvait envelopj ée, quoiqu'elle ne nous le dise pas. Cette calomnie qu'on publia à la cour, et qu'on lit même tomber entre les mains du roi, se dissipa avec autant de facilité que le vent dissipe la paille : les témoins se dédirent de ce qu'ils avaient faussement avancé, et par leur confusion rehaussèrent la glo[re de la Sainie, la réputation de ses Mlles , el l'honneur du père Jérôme Gratien qu'on s'efforçait d'obscurcir.

LETTRE XCIIL

A LA RÉVÉRENDE MÈRE MARIE DE-SAINT-JOSEPII

On ne doit point manger aux parloirs. Estime de ta Sainte pour le père provincial. Elle se plaint du peu de zèle d'un prieur de son ordre, loue beaucoup la mère prieure de C.aravaque, et continue de donner « la mère Marie de-Saint Josepk des marques d'une tendre amitié.

7 de'c. 1576. — Jésus soit toujours avec votre révérence, ma chère mère.

V7Q irTTni xcm.

Aujourd'hui, Teille de la Conception «le la sainte Vierge, le rouller m'a envoyé toutes vos lettres, et me prie d'y répondre au plus tôt. Par donnez— moi donc , ma chère fille , m je ne vous entretiens pas aussi longtemps que vous le souhaiteriez et que je le désirerais : vous jugez bien que, vous aimant autant que je vous aime, ce n'est pas manque d'affection ni de bonne volonté. Bailleurs, je vous aide si sensibles obligations du soin que le père provincial m'écrit que vous avez de lui, que je sens ma tendresse pour tous s'augmenter de jour en jour, avec le i!e<ir de vous en donner des marques sensibles.

J'approuve ce que vous faites pour ce père, à condition que cela n'éclate point: le Seigneur, qui l'a choisi pour donner naissance à notre reforme, lui a aussi donné un mérite si supérieur et si distingué, que je ne pense pas qu'il se trouve à l'avenir aucun supérieur qui lui soit comparable, et avec qui l'on doive en user comme on en use avec lui. Soyez cependant persuadée qiie je n'accorde cette permission que parce que notre institut est naissant, ce qu'il ne sera pas toujours ; sans cela nous donnerions un exemple très-préjudiciable aux provinciaux qui viendront dans la suite, et qui n'auraient pas la vertu et la sainteté du provincial d'aujourd'hui. De plus, il faut considérer que le besoin qu'il a de manger chez vous est très-grand, et qu'on doit faire en cette rencontre, comme en temps de guerre, le moins mal qu'on peut.

Je prie Dieu , ma chère fille , de vous récompenser du soin que vous prenez de mes .lettres ; j'en ai une vraie satisfaction. On m'a apporté cette semaine les trois que vous dites m'avoir écrites : quoiqu'on me les ait rendues toutes ensemble, elles n'en ont pas été moins bien accueillies. Celle de la sœur Saint-François m'a fort édifiée ; elle est si belle et si spirituelle, qu'elle mériterait d'être imprimée. Ce qu'elle rapporte du père provincial est presque incroyable. Rendons grâces à Dieu, ma chère fille, des merveilleux talents qu'il lui a donnés, et de ce que nous l'avons pour supérieur. Que j'ai de joie de ce que vous rendez justice à son mérite ! Pour moi. je le connus et l'estimai dès la première fois que je lui parlai, ce qui fut à Véas.

Ouelle part ne prends-je point, ma chère mère, à vos croix et à vos souffrances qui sont des plus ameres! et quel désir n'ai-je point de lis voir bientôt cesser! Je souhaite, pour votre consolation, que la maladie de la mère sous-prieure ne soit pas longue. Vous avez bien fait de vous faire saigner. Suivez le conseil que je vous donne de ne point changer de médecin, puisque celui qui vous traite connaît parfaitement votre tempérament et sait ce qui y convient le mieux.

On m'a apporté aujourd'hui la lettre que je vous envoie de la prieure de Malagon. Sou mal, Dieu merci, n'est point augmenté. 11 n'y arien que je ne fasse pour procurer sa guérison et pour lui donner toutes les marques possibles d'une tendre amitié : outre que je lui ai de sensibles obligations, sa santé nous est très-n; '•< essaire. Mais quelque besoin que nous .nous de celle santé, la >ôtrc, nia (hère mère, nous est encore plus né

LETTRE XCIU. kï 1

cessaire et plus précieuse , et je la souhaite avec bien plus d'ardeur : soyez-en, je vous prie, très-persuadée ; et jugez, par ce que je fais pour la conservation de cette prieure, de ce que je ferais pour la vôtre si vous étiez dans l'état où elle est. C'est, encore une fois, sur ce pied-là que je désire que vous jugiez de ma tendresse et de mon attachement pour votre personne.

Vous verrez par le papier que je vous adresse , que le père Mariait de-Saint-Benoît a reçu toutes vos lettres. Pour celle de mon frère que, vous me demandez, je vous ai déjà dit qu'il faut que je l'aie déchirée sans y penser, car je ne la trouve plus quoique je l'aie cherchée avec soin : j'en suis fâchée, car elle était composée de diverses choses, toutes très-édiûantes. Comme il vous écrit, je ne vous dirai rien de lui, sinon qu'il s'avance beaucoup dans la piété et dans l'oraison , et qu'il fait de très-grandes aumônes. Ne l'oubliez pas non plus que moi dans vos fer- Yentes prières.

Que j'ai de chagrin et de douleur de ce que le père prieur dont vous me parlez , s'acquitte si mal de sa charge! J'en suis encore plus touchée que de son excessive timidité. Il sera bon que le père provincial l'en reprenne fortement, et qu'il lui fasse sentir qu'on est mal satisfait de sa conduite , et qu'on ne lui passera plus ses manquements.

Mes compliments , s'il vous plaît, à tous nos amis, au père Grégoire, et au père Nicolas s'il est arrivé. Mes amitiés aussi à toutes mes chères filles. On m'a donné aujourd'hui des lettres de Véas et de Caravaque ; je vous envoie celle de Caravaque , afin que vous la lisiez et la fassiez lire au père provincial; vous me la renverrez ensuite; j'en ai besoiû parce qu'elle traite de quelques affaires qui ne sont pas encore terminées. La mère prieure de Caravaque se plaint de vous , ma chère 011e , dans la lettre qu'elle écrit à notre mère prieure.

Je fais présent à la prieure de Caravaque de deux belles statues, l'une de la sainte Vierge, et l'autre de saint Joseph. Nous en avons ici d'admirables. Celle de saint Joseph n'est pas encore achevée. Je suis parfaitement contente de cette prieure, qui s'acquitte très-bien de sa charge. Comptez , ma révérende mère , qu'on ne peut être avec plus de tendresse que je suis toute à vous

Thérèse de Jésus.

C'est aujourd'hui, je l'ai déjà dit, la veille de la Conception l'an

Faites souvenir de mes respects le révérend père provincial; et remerciez-le , s'il vous plaît de ma part d'avoir répondu exactement à toutes mes lettres, et de m'avoir donné toutes les permissions que je lui demandais.

REMARQUE

Celle lettre a été écrite à Tolède.

S. TH. II cl)

47 ■?. ' i i l'tE xciv.

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