DIXIÈME
La Sainte lui marque Cextrême joie qu'elle a de souffrir, lui apprend l'ordre qu'elle a donné pour la profession de sa sœur, et se loue de la conduite des carmélites de Sévitle.
14 avril 1579. — Jésus soit toujours avec votre révérence , mon père.
J'avais écrit la lettre qui est sous cette enveloppe , lorsqu'on m'a apporté toutes les vôtres. Comptez sûrement que nous n'avons pas manqué, vos filles et moi, de prier Dieu de répandre sur vous dans ces saintes fétes de Pâques un fleuve de grâces et de bénédictions.
Dieu soit loué de ce que nous pouvons espérer de voir finir bientôt cette longue et dure absence , durant laquelle la pauvre Angélique n'a reçu nulle consolation de la découverte de son intérieur. Comment donc ne désirerait-elle pas de s'entretenir avec Paul, surtout ayant eu à soutenir depuis son départ des travaux et des persécutions qui lui ont donné sans cesse une occupation bien triste et bien affligeante? Comme vous avez eu, mon révérend père, plus de part que personne à ces persécutions, Dieu vous en a aussi récompensé plus promptement par lo grand nombre de conversions qu'il a bien voulu que vous ayez faites.
J'ai néanmoins trouvé fort plaisant que vous vous soyez avisé, au sortir de tant de persécutions , d'en souhaiter de nouvelles. Au nom de Dieu défaites vous de ce désir; et laissez nous goûter, au moins pendant quelques jours , la douceur du repos qu'une si violente tempête nous a ravi tant de temps , puisqu'enfin ce n'est pas vous seul qui devez souffrir . mais que bien d'autres doivent partager vos croix et vos souffrances. J'en connais cependant parfaitement le prix ; je suis même trèspersuadéc que c'est un pain si délicieux, que quiconque en aura mangé une fois de bon cœur, sera convaincu qu'il n'y a point de nourriture plus solide , ni qui donne tant de force à l'âme. Mais comme j'ignore si ces persécutions ne doivent point s'étendre sur d'autres personnes que sur celles qui les souhaitent, je n'oserais tout- à-fait les désirer : je veux dire que je trouve une différence infinie entre souffrir moi seule, et voir souffrir mon prochain. C'est une question, mon père, qu'il faudra, s'il vous plaît, que vous décidiez la première fois que
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j'aur.ii l'honneur de vous entretenir. En attendant je prie Dieu de nous faire la grâce de le servir fidèlement dans toutes les voies par lesquelles il lui plaira de nous conduire, et de vous conserver un grand nombre d'années , vous faisant croître tous les jours en grâce et en sainteté.
Madame votre mère m'a écrit touchant la profession de ma chère 011e Marie de Saint-Joseph , votre sœur , sans dire un seul mot de vous : elle me marque , comme pour prévenir les reproches qu'elle sent bien que je lui en ferai , qu'elle est fort pressée ; elle ne les évitera cependant pas , car je suis résolue de me plaindre d'elle à elle-même , et de lui reprocher de vous avoir oublié.
J'ai mandé à la mère prieure de Valladolid de faire faire profession à notre chère novice , dès que l'année de son novicat serait accomplie : elle m'a fait réponse qu'elle n'avait jamais hésité là-dessus , et qu'elle ne la retarderait pas un moment si je ne lui en donnais un ordre exprès. J'avais pensé de différer un peu cette profession , afin que vous pussiez vous 3r trouver : je crois néanmoins qu'il est plus à propos de ne la pas retarder; car l'espérance que nous avons de la séparation de province, me persuade que tout ira le mieux du monde.
J'ai marqué aussi à la mère prieure qu'il n'était pas nécessaire d'écrire à madame votre mère pour la dot; qu'elle ne la donnerait qu'après la profession ; que j'étais même en doute si elle pourrait la donner; mais que puisqu'on avait bien voulu la recevoir sans nulle dot , on ne devait pas être étonné s'il arrivait qu'on n'en donnât aucune. J'ai ajouté, sans m'en expliquer davantage en lui adressant la lettre que vous écrivez à madame votre mère, que ce désintéressement leur serait un puissant motif de conûance en Dieu dans leurs besoins. Ainsi il n'y faut plus penser.
Je serais fâchée que madame votre mère communiquât cette affaire au père Ange , qui , à l'heure qu'il est, est si fort de ses amis; je n'y vois nulle nécessité. De plus , c'est que cette amitié ne sera pas apparemment de longue durée, non plus que celles du monde qui sont si variables et si sujettes au changement. Il m'a paru qu'elle voulait m'en insinuer quelque chose dans une de ses lettres : peut-être que je me trompe, et qu'elle n'y pense pas : en tout cas ayez , s'il vous plaît , la bonté de lui en donner avis.
J'ai une vraie joie de voir les affaires de Séville en si bon état. Les lettres que le père Nicolas m'a écrites , m'apprennent que nos sœurs de cette maison ont beaucoup de sagesse et de prudence ; leur bonne conduite sera très-avantageuse à tout l'ordre. Ce père viendra me voir avant son départ pour être mieux informé de leurs affaires, et recevoir certains avis que je le prierai de donner de ma part à la mère Marie de Saint-Joseph , au cas qu'elle soit continuée prieure. Ainsi il est de la dernière importance que je lui parle.
.Monsieur Alvarez ne retournera pas à Séville : M. l'archevêque lui
a mandé, dit— il, de n'y poinl retourner. Dieu veuille remédier à lout, et nie faire la grâce île pouvoir vous parler à loisir de diverses choses qui me paraissent très-importantes. Je suis, au reste, fort aise que vous soyez si bien avec le père Joseph : c'est un bonheur pour nous. Mon frère vous baise très-humblement les mains , et ma nièce vous assure de ses respects : elle est fort contente , et toujours aussi enfant que vous l'avez vue.
Je prie Dieu , mon révérend père , de vous accompagner incessamment, et que le soin que vous avez de prier pour le salut de tant d'âmes dont vous êtes chargé , ne vous fasse pas oublier de lui recommander les besoins de la mienne dont vous devez aussi lui rendre compte. Je suis très-respectueusement
Votre indigne servante et fille, Thérèse de Jésus.
Obligez-moi de faire savoir à madame votre mère le jour de la profession de sa chère fille : je n'ai pas le loisir de le lui mander. Lorsque j'écris, c'est avec une si grande crainte de ce que vous savez, que, quoique j'écrive rarement, je suis résolue de le faire encore moins. J'ai fait réponse à notre chère novice : ce serait une vraie consolation de l'avoir auprès de moi ; mais Dieu ne veut pas que j'en reçoive des créatures : qu'il en soit béni !
C'est aujourd'hui la dernière fête de Pâques.
REMARQUES
Sainie Thérèse écrivit cette lettre à Avila l'an 1579,1a dernière fête de Pâques, qui iiail le 14 avril. Les persécutions qu'elle avait souffertes pour l'établissement de sa réforme, (luirent enfin par la protection du roi Philippe II, qui nomma quatre célèbres docteurs pour assister avec le nonce a toutes les assemblées qu'on tiendrait pour les affaires de L'ordre. Le premier jour d'avril de l'année 1579 , celte illustre compagnie lit choix, par bonheur, du révérend père Ange de Salasar, pour vicairegénéral de la nouvelle réforme. Comme il était intime ami île mine Sainte , la première chose qu'il fit après son élection fut de lui rendre la liberté, et de lui permettre d'aller où elle jugerait sa présence plus nécessaire. Elle se rendit donc au plus tôt à Avila, d'où elle écrivit celte lettre au père Jérôme Gratien.
Le nouveau gouvernement changea entièrement L'état des affaires ; les persécutions des carmélites de Séville cessèrent tout d'un coup; et la mère Marie de Saint- Joseph, leur prieure, ôtée de charge sur de fausses accusations , et privée de voix et de séance au chapitre , fut rétablie honorablement dans sa première dignité par le vicaire-général, après qu'il eut examiné celte affaire avec le nonce et ses quatre assistants. Cette assemblée trouva tant d'iniquité dans les ennemis de celte mère, que la sentence rendue contre elle fut cassée, et qu'il fut ordonné qu'elle rentrerait dans l'exercice de sa charge de prieure dont elle s'élail toujours très-bien acquittée. Le père Pierre de l'Annonciation, auteur des remarques espagnoles, assurait qu'il avait entre les mains cet acte du père Ange de Salasar envoyé à Madrid le 28 juin 1579. Puisque nous avons dit ci-ilessus combien le nonce Sega persécuia sainte iThérèse et sa réforme, il est juste de faire connaître maintenant combien il les favorisa. Frappé d'un discours que lui tint le père Jean de Jésus Rocca, des représentations que lui lit le roi lui-même, du peu d'impression que ses lettres contre la réforme taisaient à Home, et du blâme général qu'il s'attirait en Espagne, il pria sa majesté île lui donner quelques adjoints de mérite, avec qui il put conférer à ce sujet; ce qu'elle accorda sur-le-champ en nommant un de ses aumôniers, un père Augustin, et deux pères de l'ordre de Saint-Dominique. L'innocence et la vertu de Thérèse et de ses enfants pleinement reconnues devant ces commissaires, le nonce nomme pour gouverner la réforme le père Ange de Salasar de l'Observance mitigée, mais grand homme ■le bien ; lui donne une instruction très-sago, et arrête avec ce père et avec ses quatre
assislants, que la réforme sera conservée , que les carmes déchaussés seront séparés d'avec les mitigés , et qu'il conviendrait de leur donner un provincial particulier pris de leur corps. Ce fui là le salut de la réforme.
A LA RÉVÉRENDE MÈRE ANNE DE L'iNC ARNATION, SA COUSINE GERMAINE , ET PRIEURE DE SALAYIAN'QUE.
Celte lettre roule sur des voyages et des affaires.
i8 juin 1579. — La grâce du Saint-Esprit soit toujours avec votre révérence, ma chère mère.
Aujourd'hui , jour de la Fête-Dieu , le père vicaire m'a adressé une lettre qu'il vous écrit , avec un commandement exprès qu'il me fait de vous aller voir sous peine de désobéissance. Plaise à Dieu , ma chère 011e, que ce ne soit pas là un de vos tours d'adresse : j'ai d'autant plus de sujet de m'en défier, que c'est à la prière de dom Louis que cet ordre m'est signifié.
De quelque part qu'il puisse venir, je l'exécuterai de bon cœur si je puis vous être bonne à quelque chose et si mon séjour auprès de vous peut contribuer à votre repos et à votre avancement spirituel. Je désire avec tant d'ardeur de vous voir marcher à grands pas dans les sentiers de la vertu, que, si, encore une fois, je croyais pouvoir vous y servir, je partirais dans le moment même; mais l'obédience du père vicaire ne me le permet pas ; elle porte en termes formels que j'irai auparavant à A alladolid.
Rien ne me paraît plus surprenant que cet ordre donné sans nulle nécessité apparente ; je vous assure que tant s'en faut que j'y aie contribué, que j'ai fait en conscience tout ce que j'ai pu pour me dispenser d'y obéir. Cela ne se dit qu'à vous, ma chère mère, ne doutant point que le père vicaire n'ait été contraint à cela par des raisons supérieures qui nous sont inconnues : ceux qui tiennent sur la terre la place de Dieu sont toujours mieux instruits que les autres de ses volontés et de ce qui convient le plus à sa gloire. Le commandement porte que je serai fort peu à Valladolid. Pour peu que j'y sois , tout le mois prochain s'y passera; je souhaite même qu'il suffise. Ma consolation est que ce retardement n'est d'aucune importance pour votre affaire. Je vous prie néanmoins de tenir mon voyage secret, de peur que Pierre de la Bande ne nous accable de nouvelles propositions ; et le meilleur pour nous est de n'en plus écouter.
Si vous avez, ma chère mère, quelque chose à me communiquer, adressez, s'il vous plaît, vos lettres à Valladolid; nous n'avons pas reçu celle dont il s'agit , parce que le père de l'écolier cherche son fils partout. Ne vous chagrinez point, je vous prie, de mon voyage à ^ alladolid ; j'y aurai la consolation d'être proche du père Ralthazar Alvarez . que j'estime infiniment. J'ai une vraie joie du bon état de la santé de
monseigneur l'évèque. J*ai écrit à la mère prieure de Ségovie de dire à M. de Ximéné que s'il veut nie voir, il \ienne ici présentement; je ne sais à quoi il se résoudra. Le père vicaire ma écrit qu'il a donné permission de traiter de cette affaire : Dieu veuille que cela ne l'empêche pas de venir. J'espère, avec l'aide de Dieu, ne me pas brouiller avec lui, désirant fort lui rendre service et le contenter.
Assurez , je vous prie , la sœur Isabelle de Jésus du chagrin que j'ai de sa maladie , et témoignez-lui que je serais fort affligée de la trouver dans l'extrême faiblesse où elle est, souhaitant sa santé avec d'autant plus d'ardeur, que je suis très-contente de l'état de son âme et de ses dispositions intérieures. N'oubliez pas, s'il vous plaît, de lui dire tout cela de ma part.
Le courrier qui attend cette lettre ne me per.net pas de vous entretenir plus longtemps. Mes amitiés, s'il vous plaît, à toutes nos sœurs. Je prie le Seigneur, ma révérende mère , de vous conserver et de vous rendre une grande sainte Tout à vous,
Thérèse de Jésus.
C'est aujourd'hui la Fête-Dieu.
REMARQUES
La révérende mère Anne de l'Incarnaiion était cousine germaine de sainte Thérèse, tille «l'un frère de monsieur son père, et outre cela nièce de madame sa mère. Celte excellente religieuse a été la première prieure des carmélites déchaussées de Salaîii inque, qu'elle gouverna treize ans avec une grande sagesse : et c'est de ce célèbre monastère qu'est sortie la mère Anne de Jésus, l'illustre fondatrice des carmélites déchausses de France et de Flandre.
La Fête-Dieu, en 1579, tombale 18 juin.
A LA RÉVÉRENDE MÈRE MARIE BAPTISTE, SA NIÈCE, PRIEURE DU MONAS- TÈRE DE VALLADOLID.
PREMIÈRE
Elle lui marque qu'elle craint de recevoir des filles riches ; quelle a reçu ordre d'aller à Yalladolicl; que l'honneur qu'on lui (ait partout lui est insupportable; et lui donne ensuite quelques avis de perfection.
21 juin 1579. — Jésus soit toujours avec votre révérence, ma chère mère.
Quelque envie que j'aie de dépêcher promptement le courrier, parce qui! e>t temps d'entendre la messe, il ne laissera pas d'être assez tard quand il partira , car je me suis un peu arrêtée avec le père Nicolas qui \ ii'iit d'arriver, el dont la venue me cause bien de la joie. J'ai envoyé votre lettre au révérend père vicaire, à qui j'ai aussi écrit pour lui faire sav "ir les raisons qu'on a eues de ne recevoir pas la sœur N. Je lui représente en même temps celles qui peuvent l'obliger à donner permission de faire prendre l'habit à votre illustre postulante. Je vous dirai cependant, ma chère Aile, que quelque avantageux que soit le portrait qu'on m'en fait, et quelque sujet qu'on ait de croire que Dieu l'appelle à mitre saint ordre, je ne puis m'empêcher de craindre beaucoup à cause
de ses grands biens. Le eroiriez-vous? J'ai toujours appréhendé de donner l'habit à des filles riches et opulentes. Plaise à Dieu que celle-ci le serve fidèlement! Faites-lui, je vous prie, mes amitiés; et dites-lui, s'il vous plaît, que je me réjouis de ce que je la verrai bientôt.
La maladie de madame de Mendosa me touche sensiblement ; je prie Dieu de lui rendre la santé ; son absence me fait sentir le tendre attachement que j'ai pour sa personne, et combien je l'honore.
Je ne sais si vous avez appris que, le jour de la Fête-Dieu, le père vicaire m'envoya un ordre exprès de me rendre incessamment chez vous sous peine de désobéissance. Je partirai donc, avec l'aide de Dieu, un jour ou deux après la fête de S. -Jean. Cet ordre aura donné bien de la joie à monseigneur l'évéque, qui le sollicitait avec une ardeur incroyable.
Faites^moi le plaisir, ma chère fille, d'envoyer à Médine la lettre que le père vicaire vous doit adresser ; il est nécessaire que je la trouve en arrivant. Avertissez aussi, s'il vous plaît, lanière prieure de ne me recevoir pas avec tant d'appareil et de magnificence : c'est , au lieu de me faire plaisir, m'affliger sensiblement, et me donner une peine extrême, dont j'ai le cœur si saisi, que tout ce que je puis faire , c'est de me confondre et de m'anéantir intérieurement de ce qu'on nie rend un honneur que je mérite si peu. Plus cet honneur est grand, plus jeu suis touchée vivement. Si donc on veut me mortifier au dernier point, on n'a qu'à me recevoir avec toutes ces cérémonies, qui me sont mille fois plus insupportables que je ne puis l'exprimer. Ainsi je vous demande en grâce, ma chère fille, de me recevoir chez vous bonnement et sans façon.
Je ne réponds pas à tous les articles de votre lettre , parce que je compte vous voir bientôt. Je ne [demeurerai que trois ou quatre jours à Médine, étant dans l'obligation d'y repasser en allant à Salamanque : le père vicaire m'ordonne d'y aller, et de ne rester que peu de temps à Valladolid. Faites-moi le plaisir de donner de mes nouvelles à monseigneur l'évéque et à madame sa sceur : je ne doute pas qu'ils n'aient de la joie d'apprendre la nouvelle de la charge qu'on a donnée au père Jérôme Gratien , qui est si dévoué à leur service; la peine qu'on a eue a la lui faire accepter a été très-grande; mais le désir de leur faire plaisir a triomphé de tous les obstacles, qui n'étaient pas peu considérables.
L'ardeur que vous avez , ma chère fille , pour tout ce que vous voulez ne vous permet pas d'en apercevoir aucun dans vos entreprises, et vous donne assez d'adresse pour vaincre tout ce qui s'oppose à vos desseins et pour venir à bout de tout. C'est un défaut dont vous devez vous corriger , et que je prie Dieu de vouloir bien vous pardonner. Demandez-lui, ma chère fille, que mon séjour auprès de vous vous soit utile, et qu'il serve à vous rendre moins attachée à ce que vous voulez : je n'oserais presque m'en flatter, quoique je ne doute nullement du
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pouvoir infini de celui à qui rien ne résiste, Plaise a sa bonté de vous rendre une aussi grande sainte que je désire que vous le soyez.
Ne faites rien , je vous prie, à l'égard de l'affaire de la sœur Calside, que je ne sois auprès de vous; quand nous saurons le parti que madame sa mère aura pris, nous pourrons le faire savoir au père vicaire; si la maladie n'est simplement qu'une fièvre tierce, n'en soyez point en peine, ce ne sera rien. Faites-lui, s'il vous plaît, mes amitiés et à toutes mes chères filles qui sont sous votre conduite. Je n'ai pas encore fait vos compliments à notre communauté; ce courrier est arrivé à cinq heures du matin, et je le dépèche un peu avant midi. Je suis, ma révérende mère, tout à vous,
Thérèse de Jésus.
C'est aujourd'hui le dimanche dans l'octave du Saint-Sacrement.
remarques.
Sainte Thérèse écrivit celte admirable lettre à Avila l'an 1579, lorsqu'à la prière de l'évèque de Palance, dom Alvaro de Mendosa, le père Ange de Salasar , vicairegénéral de sa réforme, lui eut envoyé ordre de se rendre à Valladolid, et de là à Silamanque, pour satisfaire au désir qu'en avait dom Louis Manriqué, aumônier du roi, et aussi pour procurer une maison à ses filles qui souffraient d'élranges incommodités dans telle où elles étaient.
La Fêle-Dieu étant arrivée en 1579 le 18 juin, cette lettre, datée du dimanche dans l'ociave de celte fêle, lui écrite le 21.