AD RÉVÉREND PÈRE JÉRÔME GRATIEN DE-LA-MÈRE— DE-DIED
QIATORZIÈME.
La Sainte témoigne sa joie des talents de ses religieux pour la prédication, et parle des arrangements à prendre pour quelques fondations.
lSj'anr. 15S0. — Le Saint-Esprit soit toujours arec votre révérence , mon père.
Il n'y a pas moyen de laisser partir un courrier aussi sûr qu'est ce bon frère , sans vous écrire quelques mots , quoique je vous aie écrit hier une grande lettre par Vasco d'Almadovar.
Le père Antoine de la Mère de Dieu est venu ici ; il nous a fait trois sermons ravissants. Il me paraît avoir bien du talent pour la prédication. Rien ne me donne plus de joie que de trouver un tel talent, et bien du mérite dans les religieux de notre réforme. Ainsi j'ai été fort touchée de la mort du père François : Dieu veuille le faire jouir bientôt de la gloire immortelle.
Je suis , mon révérend père , dans le dernier embarras de n'avoir pas présentement des religieuses telles que je les souhaite pour la fondation de Villeneuve. La sainte que nous avons ici a de très-belles qualités ; mais ayant pris un certain air ouvert et fort aisé dont on est en possession dans ce monastère , je crains qu'elle ne nous soit pas propre pour celui-là, outre qu'elle est bien infirme. Avez . s'il vous plaît, la bonté de me faire savoir vos sentiments sur son sujet.
La mère Béatrix ne me contente pas parfaitement, toute vertueuse qu'elle est, et quoiqu'elle ail même gouverné cède maison avec bien de la sagesse , et qu'elle y ait maintenu la communauté dans une grande paix et beaucoup d'union. Je ne suis pas plus tôt sortie de l'embarras que me causent les affaires de cette maison , que je retombe dans les soins de la nouvelle fondation.
La mère Anne de Saint-Pierre me parait très-propre à être prieure du monastère d'Arenne : outre qu'elle a un vrai mérite et qu'elle est fort douce , elle est aussi fort tranquille depuis que ses filles sont pourvue s.
La mère Agnès de Jésus pourra être prieure à Madrid , si nous nous y établissons. N'oubliez pas , je vous prie, de bien recommander à Dieu
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la conduite de tins monastères ; elle est infiniment importante, surfout dans ces commencements. Faites-moi aussi la grâce de me dire voire pensée sur le choix que je fais de nos prieures , et si le vôtre y est semblable. Plaise à Dieu de vous, faire croître en grâce et en sainteté, et de vous conserver aussi longtemps que le désire
Voire indigne servante et fille, Thérèse de Jésus.
C'est aujourd'hui le 13 janvier.
REMARQUES
Sainte Thérèse écrivit relie lettre à Malagon le 15 janvier 1580. On y voit avec admiration cette vaste étendue d'esprit, et cette vigilance merveilleuse avec laquelle elle gouvernait du tond de sa cellule tous les monastères de sa réforme, et disposait en même temps trois fondations : celle de Yilleneuve-de-Laxare qu'elle fit en personne , celle d Areune et celle de .Madrid que ses filles exécutèrent après sa mort.
Le père François de la Conception, dont la Sainte regrette la perte, fut un des plus saints religieux de notre réforme : il décéda à Baësa, l'an 1579, plein de vertus.
Il était né à Perpignan, en 1504, lit profession parmi les carmes mitigés, prit ensuite la réforme en 1569, et après y avoir été prieur en différents couvents où il édifia Deaucoup par ses exemples ; après avoir dirigé les carmélites déchaussés de Malagon, et rendu de grands services à la religion par ses prédications, sa charité, sa pénitence, son humilité, il mourut entre les mains du bienheureux Henri père Jean de la Croix, exhalant une odeur céleste , et laissant une si grande opinion de sainteté , que tous les corps de la ville de lîaéce ou Baèse s'empressèrent à solenniscr sa pompe funèbre.