‹ uvres tres-complètes de Sainte ThérèseChapitre 142 sur 201 · A MONSIEUR LE LICENCIÉ PÉGNA, CHAPELAIN DT LA CHAPELLE ROYALE DE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE LICENCIÉ PÉGNA, CHAPELAIN DT LA CHAPELLE ROYALE DE

TOLÈDE

La Suinte poursuit ta permission d'établir un monastère à Madrid ; témo'gne sa douleur île ce que madame de Quiroga persiste à vouloir être carmélite ; et avoue néanmoins que l'étal de carmélite convient mieux à celle dame que celui de religieuse d'un autre

nuire.

13 sept. 1581. — La grâce du Saint-Esprit soit toujours avec vous, monsieur.

Je prie Dieu do vous récompenser de la consolation que votre lettre m'a donnée; je l'ai reçue à Sorie. A l'heure qu'il est je suis à Àvila, où le père provincial m'a ordonné d'attendre que Dieu ait disposé le cœur de monseigneur le cardinal à nous permettre de faire une fondation à

Madrid. Le ternie cependant me parait bien long d'attendre ici l'arrivée de son éininence à la cour, parce que, comme on doit y tenir une assemblée d'évêques , il y a apparence que tout le carême se passera avant qu'ils se soient joints.

J'ose espérer que monseigneur le cardinal, qui ne m'a pas remise si loin dans la lettre dont il m'a honorée , pensera à moi avant ce tempslà, si vous avez la bonté de l'en faire souvenir, et de lui représenter que l'hiver est fort rude dans ce pays , où j'ai coutume d'être malade.

J'écris à son émincnce touchant madame sa nièce , et je prends la liberté de lui adresser la lettre qu'elle m'a fait l'honneur de m écrire, par laquelle elle me marque que si nous ne la recevons pas parmi nous, eile entrera dans l'ordre de Saint-François. Cela me désole , persuadée qu'elle n'y sera point contente. Autant que je puis connaître le caractère de son esprit, elle n'est point propre à l'ordre de Saint-François ; il s'accommodera infiniment mieux du nôtre ; et je ne pense pas , si elle est jamais religieuse, qu'elle trouve du repos autre part, outre que nous avons une de ses filles , et qu'elle serait proche de tous ses autres enfants.

Faites-moi le plaisir, monsieur, de prier pour cette affaire avec ardeur, et de me procurer une réponse de son éminence. Madame sa nièce est fort affligée; et comme je l'aime et l'honore infiniment, je ne puis ne l'être pas avec elle. Mais quelque touchée que je sois de sa douleur, je ne vois cependant aucun remède à y apporter , et c'est ce qui me chagrine extrêmement. Je vous dis, monsieur, tout ceci en secret. Plaise au Seigneur de vous conserver un grand nombre d'années , et de vous faire croître sans cesse en sainteté. On ne peut être avec plus de vérité

Votre indigne servante, Thérèse de Jésus.

De notre monastère de Saint-Joseph d'Avila , le 13 septembre.

REMARQUE

Sainte Thérèse écrivit celle lettre à Avila, l'an loSl. Quoiqu'elle s'y efforce, par le moyen de M. Pégna, de faire agréer au cardinal doin Gaspard de Quiroga le refus qu'elle fait de recevoir madame sa nièce, il faut cependant que l'entrée de cette dame en religion n'ait pas été plus longtemps différée ; car elle prit l'habit des carmélites un mois ou six semaines après cette lettre écrite.

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