AU RÉVÉREND PÈRE JÉRÔME GRATI2N' DE-LA— MÈRE-DE-DIEU. VINGT-QUATRIÈME
On élit la Sainte pour prieure à Saint-Joseph d'Avila ; joie qu'en ont les sœurs de ce couvent ; embarras au sujet d'une novice : les qualités, et non les richesses à considérer dans les sujets; incertitude de ta Sainte sur ce qu'elle devait penser de dom Péjru de Castro ; elle blâme le caractère d'une sous-prieure, désapprouve une proposition du père iïicolus, fait un règlement à observer dans les visites i/n'on fait aux sœurs malades, n'est point contente de la conduite d'un confesseur de son courent.
26 octobre 1581. — La grâce du Saint-Esprit soit toujours avec votre
révérence, mon père.
s. tu. h. 38
GOO LETTRE CLI.
Permettez-moi , s'il vous plait , de vous dire qu'outre la douleur que j'ai de ne recevoir point de vos nouvelles, il m'est bien dur de ne savoir pas même le lieu de votre résidence. Dans quel embarras cette incertitude ne nous jeterait-elle pas, s'il arrivait que, pour quelques affaires importantes, on eût besoin de s'adresser indispensablement à vous ?
Dieu veuille vous donner de la santé, quelque part où vous soyez. La mienne est assez bonne , Dieu merci ; mais me voici élue prieure de ce monastère, comme si j'avais le loisir d'en faire les fonctions. Ton es nos sœurs en ont tant de joie, que pour la marquer elles ont déjà composé des cantiques de réjouissance.
Il faut vous dire , mon révérend père , qu'ayant déclaré , il y a quelque temps, à la sœur Anne-des-Angcs qu'elle ne s'attendît point de faire profession de la règle réformée , que la grâce qu'on pouvait lui accorder était qu'elle allât au monastère de l'Incarnation faire vœu de la règle mitigée, après quoi elle reviendrait ici vivre parmi nous, comme plusieurs religieuses de l'Incarnation qui n'ont point pris la réforme , pourvu qu'elle donnât une dot au monastère de l'incarnation et une autre dot à cette maison; après , dis-je , avoir fait cette proposition à notre pauvre novice, elle s'est affligée à l'excès, et m'a demandé avec les dernières instances que nous ne la fissions pas sortir; que nous l'éprouvassions autant de temps que nous jugerions à propos; qu'elle se soumettait à ne parler qu'aux confesseurs qu'on lui donnerait, et que si après l'avoir examinée, ils lui conseillaient d'aller au monastère de l'Incarnation , elle leur obéirait. Enfin elle est si changée depuis quinze jours , qu'elle est le sujet de notre admiration; ses scrupules et ses peines intérieures ont cessé; elle fait paraître plus d'ouverture de cœur et de simplicité ; elle est gaie , contente et se porte bien. Sur ce pied-là on ne peut pas en conscience lui refuser la profession, pourvu qu'elle persévère dans ces bonnes dispositions. Je me suis informée d'elle à se. anciens confesseurs : ils m'ont tous assuré que ces inquiétudes d'esprit ne lui sont pas naturelles , et qu'il n'y a pas plus de dixhuit mois qu'elle en est agitée. J'ai été bien aise de l'apprendre de leur bouche; car on m'avait dit qu'elle était d'une humeur inquiète, et je ne savais qu'en penser, parce que je ne la connais pas , et qu'il y a trèspeu de temps que je suis avec elle.
Il m'est quelquefois venu dans l'esprit que ce calme intérieur dont elle jouit pourrait bien n'être qu'une illusion du démon pour nous tromper plus finement , et nous engager par de si belles apparences à lui faire faire profession ; après quoi il la tourmentera plus que jamais, et nous.causera à toutes , aussi bien qu'à sa mère, mille peines et mille chagrins. Sa mère néanmoins est fort tranquille à l'heure qu'il est. La proposition de l'envoyer au monastère de l'Incarnation faire ses vœux était fort de son goût, et plaisait aussi beaucoup à quelques autres de nos sœurs; nous avions pris ce parti, sa mère et moi, sur ce qu'elle
m'assurait plus que personne qu'elle ne nous était pas propre ; recommandez-la , je vous prie , à Notre-Seigneur.
Celte novice eut envie, il y a quelque temps, de rendre nul le contrat que vous savez , pour pouvoir donner davantage à cette maison ; elle me pria donc , mais sans me déclarer son dessein , de lui procurer un entretien avec le chanoine dom Pedro de Castro, de qui je l'ai appris ; elle lui fit voir ce contrat quïl trouva en très-bonne forme, le suppliant avec mille instances de vouloir bien lui donner conseil sur ce qu'elle devait faire; mais il refusa de s'en mêler, et lui dit pour raison de ce refus qu'il était ami dos jésuites et de nous, et que soit qu'elle le donnât ou à eux ou à nous , elle ferait également bien ; quelle pouvait cependant demander conseil à quelque autre. Je répondis à monsieur de Castro, lorsqu'il me fit ce récit, qu'elle ne devait pas se donner tant de mouvement , que les choses étaient en bon état , qu'il n'y fallait rien changer, parce que si elle n'est pas propre à notre état, ses richesses, quelque grandes qu'elles fussent, ne nous la feront pas recevoir, comme nous ne la renverrons pas si elle en a les qualités.
Obligez-moi de me dire de quel caractère est ce chanoine , et si l'on peut se confier à lui ; je fus charmée de son esprit et de ses manières obligeantes; mais n'est-ce point parce qu'il est de vos amis que j'en ai été si contente ? Il est venu ici diverses fois ; il nous a même prêché un des jours de l'octave de la Toussaint; mais il ne veut, dit-il, confesser personne. Cependant , si mon préjugé ne me trompe, il avait fort envie d'entendre ma confession , et comme il a beaucoup d'éloignement de la direction des âmes, j'ai soupçonné qu'il y avait un peu de curiosité. 11 assure qu'il est l'ennemi déclaré des visions et des révélations , et qu'il ne croit pas même à celles de sainte Brigitte. Ce n'est pas à moi qu'il a fait ce joli compliment , mais à la mère Marie de-Jésus-Christ Si j'avais encore les peines d'esprit que j'ai eues autrefois , je serais ravie de lui parler, et de lui communiquer mes dispositions intérieures ; car j'ai bien de la confiance aux directeurs incrédules en fait de grâces extraordinaires , persuadée qu'ils seraient plus capables que les autres de me détromper si j'étais dans l'erreur; mais, délivrée par la grâce de Dieu de tant d'alarmes , le désir que j'ai de l'entretenir est médiocre. Je pourrai donc , si vous l'agréez, mon révérend père, lui parler un de ces jours, quoique je ne parle plus guère de mon âme, à présent qu'elle jouit de la paix , si ce n'est à mes anciens directeurs.
Voilà , mon père , une lettre de Villeneuve que je vous envoie ; j'ai une extrême compassion de la prieure de ce monastère, qui soutire beaucoup de sa sous-prieure. C'était presque la même chose à Malagon. Les personnes de l'humeur de cette sous-prieure sont dans une agitation perpétuelle , et se donnent tant de mouvements inutiles , qu'elles troublent le repos et la tranquillité de toute une communauté. Ainsi je crains étrangement de recevoir de telles personnes à la profession.
Je souhaiterais , mon révérend père, que vous les allassiez voir, et si on fait un établissement à Grenade , qu'on y envoyât la mère sousprieure de Villeneuve, avec une ou deux sœurs converses ; j'espère que, sous la conduite de la mère Anne-de-Jésus et dans une grande ville, tout ira mieux. Il y a aussi des religieux qui confessent, dont elles pourront tirer de grands avantages. Je ne doute pas cependant que le monastère de Villeneuve ne réussisse parfaitement , car il y a dans celte communauté de très-saintes Glles , et quoiqu'on reçoive les deux parentes de monsieur le curé, comme il le souhaite, cela ne gâtera rien, pounu qu'on leur donne ce qu'il a promis.
Le père Nicolas, à la sollicitation de son frère , souhaiterait que votre révérence prît la peine d'aller à Séville. Comme les raisons qu'il allègue ne me paraissent pas assez solides pour vous engager à entreprendre ce voyage, je lui ai écrit que je n'y voyais aucune nécessité, que tout allait bien dans ce pays-là, et que depuis peu j'avais reçu une lettre de la mère prieure qui m'en assurait; je lui marquai aussi qu'il était impossible que vous quittassiez Salàmanque,
J'ai fait ici, mon révérend père, un règlement tout nouveau. Il porte que lorsqu'il y aura une sœur malade, on n'ira pas la visiter plusieurs à la fois ; mais que quand une sœur entrera, celle qui y était auparavant lui cédera la place , à moins que la maladie ne fût telle qu'elle obligeât de se joindre plusieurs ensemble pour rendre service à la malade. Je trouve mille inconvénients à s'assembler de cette sorte à l'infirmerie, non seulement à cause du silence, mais aussi parce que la communauté, qui est si peu nombreuse, se trouve alors toute dérangée. Outre cela, les plaintes elles murmures se peuvent glisser aisément dans de pareils entretiens. Si vous approuvez ce règlement, faites-le garder, je vous prie, dans votre monastère ; sinon, ayez la bonté de m'en donner avis.
Le confesseur d'ici est mécontent et déconcerté de ma conduite à son égard, non que je lui refuse de parler à la sœur Marie-Anne lorsqu'il le désire , mais parce que je le prie de multiplier et de prolonger moins ces entreliens. Tout y est saint; mais Dieu nous garde de ces confessions qui durent des années. Il n'est pas aisé d'en détruire les inconvénients. Qu'en arriverait-il si ce n'était pas un aussi saint homme, et si cette fille était moins sainte? Certaines choses que j'ai remarquées ici depuis que j'ai fini ma lettre m'ont fort déplu ; c'est ce qui fait que je vous parle de cette affaire, quoique je n'eusse pas d'abord pensé à vous en entretenir. Si l'établissement à Madrid vient à réussir, le plus court sera d'y envoyer cette sœur, et de nous défaire honnêtement du confesseur, dont la façon d'agir et de penser m'est insupportable.
Je prie Dieu, mon très-révérend père, de vous conserver et de vous donner une sainteté aussi parfaite que vous la souhaite celle qui est très-respectueusement ,
Votre indigne servante et fille, Thérèse de Jésus.
lettre an. G03
C'est aujourd'hui la veille de Saint-Vincent , et demain la veille des Apôtres.
Je rue persuade, selon ce que la mère prieure de Tolède m'a écrit , que le porteur de cette lettre me priera demain matin de vous solliciter de lui donner l'habit ; je vous prie donc par avance de ne le lui pas refuser. Ordonnez, s'il vous plaît, les suffrages de l'ordre pour le repos de l'âme de notre chère soeur Marie-Madeleine , qui est décédée ; vous le verrez par cette lettre circulaire; et faites-en , je vous prie , donner avis à tous les monastères.
Sainte Thérèse écrivit celte lettre à Àvila, le 2G octobre 1581, veille de la fête de Saint-Vincent et de Sainte-Christine, martyrs de la ville.
Qu'on ne s'étonne pas du moyen qu'elle" propose pour ne pas congédier tout à fait la novice dont elle parle; il y avait pour lors, dans plusieurs monastères de sa réforme, des religieuses du couvent de l'Incarnation, qui, ayant accompagné la Sainte lorsqu'elle en sortit, sans nul dessein d'embrasser sa réforme, ne laissaient pas de vivre parmi les carmélites réformées avec beaucoup de paix et d'union ; quelques-unes même embrassèrent ensuite la réforme, lorsque d'autres retournèrent à leur maison de profession.
On rapporte qu'un malin que la Sainte était dans le chœur, recommandant l'affaire de cette novice à Noire-Seigneur, il lui ordonna de lui faire faire profession a ' ''"siant, et que s'étant levée aussiiot de la place où elle était, elle alla trouver la sœur Anne-de-Saint-Barihélemi, et lui commanda de disposer loules choses dans le chœur pour la profession de la sœur Anne-des-Anges , parce que c'élait la volonté de Dieu. Ainsi elle fit sa profession entre les mains de la Sainte, le jour même, 28 novembre 1581, un mois et deux jours après celle lettre écrite. Celle vertueuse fdle fut toute sa vie un modèle de patience et de résignation à la volonté de Dieu , qui l'éprouva par de 1res grandes maladies et de continuelles peines d'esprit.
Le chanoine dom Pedro de Castro, dont il est parlé dans celte lettre, est le même à qui la lettre 154 est adressée. Voyez la note sur celle lettre.
A LA RÉVÉRENDE MERE MARIE DE-SAINT-JOSEPH . VINGT-DEUXIÈME
Tendresse de la Sainte pour cette mère, et sou désir d'en cire aimée par retour ; elle lui apprend qu'on t'a élue prieure à Saint-Joseph d' Avila, cl l'extrême pauvreté de ce couvent; lui conseille un remède, et prescrit de la reconnaissance envers un bienfaiteur ; lui communique quelques affaires, et souhaite savoir des nouvelles de son intérieur; lui envoie une décision louchant le silence de la nuit ; lui parle d'un décret du pape louchant lu clôture , du danger qu'il y a de violer une seule des constitutions , d'un refus attelle fait au père Alvarez, des consolations qu'ellereçoit du père Gralien, d'un mauvais conseil qu'avait donné le père Nicolas, qu'elle estime néanmoins , et lui demande 1 quelques services.
8 novembre 1581. — La grâce du Saint-Esprit soit toujours avec votre révérence, ma chère fille.
Votre dernière lettre m'a donné une joie très-sensible, mais qui ne m'est pas nouvelle, accoutumée que je suis à recevoir de celles que vous m'écrivez une consolation qui me dédommage du chagrin et de l'ennui que me causent quantité d'autres lettres. C'est une justice que vous me rendez , ma chère mère , de m'ai mer un peu , et j'ai pour vous une tendresse qui me fait désirer que vous me donniez quelquefois des marques de la vôtre. Notre inclination naturelle nous porte à souhaiter du retour
COI LETTRE lin
en fait d'amitié : cela ne- doit pas être mauvais , puisque Notre-Seigneu. même l'exige de nous ; car, bien qu'il y ait une distance infinie entre l'amour qui est dû à cette haute Majesté et celui qui convient à de faibles créatures , c'est cependant un avantage pour nous de ressembler à Dieu en quelque chose , ne fût-ce qu'en colle-là.
Je vous ai écrit de Sorie une grande lettre; je crains que le P. Nicolas ne vous l'ait pas envoyée. Je vous y marquais que nous avons tant prié pour vous dans tous nos monastères, que, loin d'être surprise que vous jouissiez d'une si grande tranquillité, et que vous soyiez si bonnes et si vertueuses , je m'étonne que vous ne soyez pas devenues des saintes â canoniser; car nous n'avons point cessé, tant que celte horrible tempête a duré, d'implorer le secours du Tout-Puiss'.nt et de le solliciter de vous rendre le calme.
Vous devez donc, ma chère mère, à présent que vous goûtez les douceurs de la pais , prier pour ceux qui sont dans la guerre, principalement pour ce couvent de Saint-Joseph d'Avila, qui en a un vrai besoin, et qui vient de m'élire prieure, seulement pour remédier à la nécessité où il se trouve. Quel fardeau pour une personne de mon âge, accablée d'infirmités et de mille occupations , d'être chargée de la conduite d'une maison dans l'état où est celle-ci !
Je ne sais si vous avez appris qu'un gentilhomme a laissé à ce monastère , qui n'a pas la troisième partie de ce qui est nécessaire pour subsister, un certain revenu dont nous ne devons pas jouir sitôt; et qu'en conséquence de ce legs la ville a discontinué de nous faire les aumônes qu'elle nous faisait d'ordinaire. Cela nous embarrasse d'autant plus que, ne jouissant pas encore du legs, nous sommes chargées de bien des dettes ; ainsi je ne sais ce que deviendra ce monastère. Priez Dieu pour moi , ma chère fille ; la nature est faible, et se lasse quelquefois de souffrir, surtout d'être prieure dans un temps où il y a tant d'affaires à débrouiller. Si Dieu en est glorifié, je m'estimerai très-heureuse, et je compterai toutes mes peines pour moins que rien.
Il faut que je vous dise que j'ai du chagrin que vous me ressembliez en quoi que ce soit, parce qu'il n'y a rien de non en moi : je ne suis qu'un composé de misères, selon l'esprit et selon le corps, mais misères qui ne peuvent s'exprimer. Néanmoins je n'ai pas été fâchée que vous ayez mes maux de cœur ; ils guérissent quelquefois plusieurs autres infirmités; et d'ailleurs, quoique insupportables dans leur grandeviolence, ils ne sont pas dangereux, principalement pour vous, qui êtes hydropique.
Quoiqu'il ne soit pas bon de faire tant de remèdes à la fois, on ne peut se dispenser d'en faire quelqu'un, afin d'adoucir les maux qui pressent vivement. Je vous envoie un mémoire pour faire certaines pilules fort estimées. J'en ai pris par l'ordre d'un habile médecin , et je m'en suis trouvée mieux ; je ne doute point qu'elles ne vous soulagent , quand même vous n'en prendriez qu'une tous les quinze jours. Pour moi, elles
m'ont soulagée, quoique je ne sois pas encore tout à fait rétablie , et que j'aie, outre mes grands vomissements, plusieurs autres incommodités. Ne manquez donc pas, ma chère mère, d'essayer de ce remède.
J'ai appris la maladie et la convalescence de ma chère Gabiielle par le père provincial (1), qui était ici lorsqu'on lui apporta votre lettre; j'en fus touchée sensiblement, ainsi que ma nièce Thérèse, qui vous aime ardemment, et qui vous fait mille et mille complimcnls.Yous seriez charmée, ma chère mère, de la voir à présent : avec beaucoup de vivacité d'esprit , elle devient fort savante et fort éclairée dans ce qui concerne sa perfection. Demandez à Dieu, je vous prie, qu'il lui continue ses grâces ; l'air du monde est si contagieux , qu'on ne saurait trop appréhender pour les personnes qui le respirent; ainsi je loue Dieu do l'avoir mise auprès de moi et de nf avoir chargée de son éducation.
Dites, s'il vous plaît, à la sœur Saint-François de ne pas oublier dans svs prières monsieur Accacio, qui est mort. Assurez-la en même temps q::e sa lettre m'a donné une vraie joie, et que je serais ravie de lui faire r-.ponse si j'en avais le loisir; mais il n'y a pas moyen.
Que vous m'avez fait de plaisir, ma chère mère, de m'apprendre que le P. Garcia est arrivé à Séville, et que je vous en suis obligée ! On m'avait assuré qu'il y serait bientôt; mais comme je le désirais passionnément, je n'y ajoutais point de foi, et j'en douterais encore si vous ne me i'nviez pas mandé. N'oubliez pas de lui témoigner une grande reconnaissance; vous devez le considérer comme un fondateur de notre réforme, à laquelle il a infiniment contribué par les bons offices qu'il nous a rendus. Il ne faut donc point baisser son voile devant lui, quelque exactitude qu'on doive avoir à le baisser devant tout le monde , mais principalement devant les carmes, qui ne nous doivent jamais voir.
La mort de mon frère est cause qu'on ne nous a rien envoyé des Indes. Si donc on veut en tirer quelque secours, il faut un billet de mon neveu dom François à son frère doin Laurent marié depuis peu, et qui a dans ce pays un emploi considérable qui lui vaut , dit-on, six mille ducats de rente. Ne vous étonnez pas de ce qu'il ne vous a point encore écrit ; il ne vient que d'apprendre la mort de son père , et il ne sait rien ni de l'embarras où sont les affaires de sou frère, ni de la peine que me donnent tous mes parents, avec lesquels je crains plus que jamais d'avoir quelque chose à démêler.
Le P. Nicolas prétend que mon neveu dom François , qui est chargé d'une aumône de 1500 ducats, est obligé d'en donner 1000 à votre monastère. Si cela est vrai, vous aurez le moyen, ma chère mère, de payer une partie de vos dettes. J'ai écrit à mon neveu de ne pas oublier cette ' maison de Saint-Joseph où je suis ; elle est dans la dernière nécessité. Procurez-nous aussi , si vous le pouvez , quelques assistances , comme fait monsieur votre frère, et accommodez-vous de telle sorte que nous
(1) Le père Jérôme Gralien.
606 LETTRE CÎ.II.
puissions touclior les 200 ducats en question, car je suis lasse u n. parler au P. Nicolas.
Nous comptons faire travailler incessamment au bâtiment de la chapelle de mon frère ; si elle n'est pas achevée dans le temps que je serai ici, elle sera au moins bien avancée. Je ne sais combien de temps je reslerai à Avila ; mais je me flatte de n'en sortir que pour aller fonder un monastère à Madrid. Si vous saviez en quel état est le bien de mon neveu, vous en seriez touchée de compassion. C'est un jeune homme dont l'attrait dominant est la retraite et la prière, et qui néglige tout le reste ; ainsi, quelque désir que j'aie de ne point entrer en connaissance de ses affaires, je suis contrainte de m'en mêler, car on m'assure que j'y suis obligée en conscience. Cela me fait sentir que le malheur que j'ai eu de perdre un frère pour qui j'avais tant de tendresse n'était pas le plus grand qui dût m'arriver; celui d'être obligée de démêler mille affaires avec tous mes parents, et de ne savoir à quoi se termineront tant d'embarras, m'est encore plus sensible.
Mandez-moi , ma chère mère , vos dispositions intérieures ; je serai ravie de les apprendre : après tant de persécutions souffertes si constamment, il ne faut pas douter que votre àme n'ait fait de merveilleux progrès dans la perfection. Je serais bien aise de voir les cantiques que vos filles ont composés. Vous faites bien de les entretenir dans une sainte joie et dans l'allégresse spirituelle ; elle leur est très-nécessaire pour se soutenir au milieu de tant d'afflictions. Faites-moi savoir aussi si la santé de la mère sous-prieure est entièrement rétablie ; Dieu vous a fait une très-grande grâce de vous la conserver.
J'ai consulté, ma révérende mère , plusieurs docteurs sur l'heure de compiles et sur l'heure de la récréation ; je leur ai représenté que, quoique la règle n'ordonne de garder le silence que depuis complies jusqu'après le Pretiosa de prime du jour suivant, nous ne laissons pas de le garder tout le reste du jour, excepté les heures destinées à la récréation ; sur quoi ils ont approuvé que nous disions complies à l'heure ordinaire, et que nous prenions la récréation auparavant, comme on a coutume de la prendre. Ainsi il n'y faut rien changer. Le père provincial , à qui j'ai aussi proposé celte difficulté, trouve bon que nous gardions le silence, non seulement depuis complies jusqu'après le Pretiosa du lendemain, mais tout le reste de la journée.
Il faut faire boucher la porte de la sacristie qui donne dan3 votre église , afin que vos religieuses ne puissent jamais y entrer. Le décret du pape, donné motu proprio, excommunie les religieuses qui sans une nécessité indispensable entreront dans l'église, ou qui sortiront de la clôture, même pour aller fermer les portes de la rue. 11 faut donc nécessairement que la femme qui en est chargée couche en-dedans. Comme nous n'avons personne ici qui puisse avoir soin de fermer la porte de la rue, nous avons fait faire une serrure qui s'ouvre et qui se ferme en-dedans et en-dehors ; le garçon qui nous sert la ferme le soir en
s'en allant chez lui, et l'ouvre le lendemain matin. Nous gardons cependant une clé de notre côté, pour servir en cas d'accident.
Vous devez donc, ma chère mère, avoir un bon sacristain, et un tour dans la sacristie; l'excommunication du pape ne regarde que la sacristie et la porte du monastère. Quand même le pape ne l'aurait pas ordonné, nous ne pourrions nous autres en user autrement; car c'est un point de nos constitutions , et vous savez assez à quel péril on s'expose lorsqu'on ne les garde pas, et que si c'est par coutume qu'on manque d'en observer une seule, on pèche mortellement.
Je crois qu'il y a plus de quinze jours que j'ai commencé cette lettre ; présentement je reçois votre dernière avec celle du P. Rodrigue Alvarez, à qui j'ai d'extrêmes obligations. Je voudrais lui faire réponse, et je ne puis m'y résoudre à cause de certains éclaircissements qu'il me demande, et que je ne juge pas à propos de confier au papier. Je les lui donnerais volontiers si j'avais l'honneur de lui parler, parce que je n'ai nul secret que je ne confiasse avec plaisir à une personne pour qui j'ai tant d'estime et de vénération, et à qui j'ai développé tous les plis et les replis de mon cœur; j'aurais même d'autant plus de joie de lui communiquer mes dispositions intérieures, que je n'ai personne ici qui entende mon langage, et avec qui je puisse me consoler de mes peines, à moins que Dieu ne m'envoie le P. Jérôme Gratien , qui me console toujours.
Il faut que je vous dise, ma chère fille, que je ne puis vous pardonner que vous ne me disiez point de ses nouvelles. Selon ce qu'on m'a mandé, il doit être arrivé à Madrid ; c'est pourquoi je ne lui écrirai pas si tôt, quelque envie que j'aie de lui parler et de lui écrire; j'attendrai que j'aie reçu de ses lettres ; il serait sans doute bien surpris s'il savait ce que je lui dois.
Ce père m'a marqué qu'il vous avait laissé, ma chère fille, un livre écrit de ma main , dans lequel je suis sûre que vous lisez peu. Je vous prie, lorsque le P. Rodrigue Alvarez vous ira voir, de lui lire la VIF demeure sous le sceau de la confession, et de lui dire que la personne qu'il connaît est arrivée à cet état , qu'elle jouit de la paix et de la tranquillité parfaite dont il est parlé dans cet endroit, et qu'elle a consulté sur cela des docteurs très-éclairés, qui l'ont assurée qu'elle était dans un bon chemin. Si vous ne pouvez la lui lire entièrement dans une seule visite, lisez-la en plusieurs, mais ne lui mettez pas le livre entre les mains; quelques instances qu'il m'ait faites pour l'avoir, je le lui ai toujours refusé. Je ne ferai donc point réponse à sa lettre, qu'il ne m'ait dit son sentiment sur cet article. En attendant, n'oubliez pas de lui faire bien des compliments de ma part.
Il faut l'avouer, ma chère mère : gagnée , ainsi que vos filles , par les beaux discours de votre ami, je désirais si bien que vous vous logeassiez daus le quartier de Saint-Rernard , qu'il me tardait de vous y savoir transférées, et la nouvelle m'en aurait enchantée, tant j'ai de tendresse
pour vous toutes. Mais non seulement je suis revenue de celte idée, je suis mémo toute surprise qu'il ait pu se tromper à ce point : sans doute qu'il n'avait pas examiné la maison, et qu'il ignore ce qu'il faut pour des monastères. Si vous aviez moins de dettes, et que vous trouvassiez une habitation qui valût mieux que celle où vous êtes , j'approuverais que vous en fissiez l'acquisition; mais de la cherté dont les maisons sont à Séville, et dans l'état où sont y os affaires, il ne convient point d'y penser : outre que telle maison , qui paraîtrait meilleure que la votre , serait peut-être plus défectueuse et plus incommode. N'en parlons plus , le P. Nicolas n'en parlera pas non plus , car je lui en ai écrit. Il me représentait l'affaire comme admirable , vous la désiriez ardemment ; et pour ces deux raisons je la désirais de même, et j'en bénissais Dieu. Plaise à sa bonté de nous éclairer dans nos désirs et dans nos entreprises.
Ce père a fort peu de santé : priez Dieu pour sa conservation ; nous ferions une vraie perte en sa personne , mais principalement votre monastère. Mes amitiés, s'il vous plaît, à toutes mes chères filles ; je désire ardemment qu'elles deviennent toutes de grandes saintes. Nos sœurs de cette maison vous assurent de leurs respects, et se recommandent trèsinstamment à vos ferventes prières.
J'ai été , ma chère fille, si libérale de votre térébenthine, qu'il ne m'en reste presque plus; j'ai cependant besoin d'en avoir, car elle m'est fort utile, ainsi qu'à plusieurs autres personnes. Vous me ferez donc plaisir de m'en envoyer par la première occasion. En attendant, demandez à Dieu qu'il me donne les moyens de faire subsister la communauté dont il m'a chargée. Je suis, ma révérende mère , avec une véritable estime, tout à vous , Thérèse de Jésus.
C'est aujourd'hui le 8 novembre.
REMARQUES
Ce lui :'i Avila, l'an 1581, que sainte Thérèse écrivit celle lettre. Si elle y exige de l.i mère Marie de-Saint-Joseph un retour d'amitié, c'est moins par la satisfaction naturelle d'être aimée, satisfaction bien voisine de l'amour-propre, que parce que celle union de leurs «cens était utile à l'une et à l'autre, ainsi qu'à l'ordre entier. On doit ajouter que la Sainte regardait celte mère comme une sainte d'un mérite supérieur ; et que, comme elle aimait tous les saints, elle ambitionnait d'en être aimée, afin qu'ils S'intéressassent pour elle. Aussi en conjure-t elle souvent et avec instance celle excellente tille.
Le décret dont elle parle, donné motu proprio pour défendre à toutes religieuses d'entrer même il ans l'église pour parer l'autel, est de Grégoire XIII.
Lorsqu'elle dit que, violer par coutume une seule des constitutions, c'est un péché mortel, elle entend le violentent de loute nue communauté , qui , en abolissant ainsi uni; loi saintement établie, ternit l'éclat de la profession religieuse , el introduit le relâchement; ou si e'esl aussi des tantes habituelles des particuliers qu'elle a entendu parler, c'est en supposant ces transgressions accompagnées de mépris de la loi.
Question. Si l'infraction habituelle peul être séparéedu mépris. — Les théologiens, raisonnant sur ce sujet en philosophes, sont partagés, et nous ne prendrons parti ni pour les uns ni pour les autres. Tout ce que nous dirons, c'est qu'enfreindre habituellement quelqu'une des lois de l'étal qu'on a embrassé, c'est au moins courir risque de son ^ahit.
J'ai déjà remarqué , dans la noie sur la 21* lettre au père Jérôme Gratien , que le coincnl de Saint-Joseph d'Avila était tombé, dans le relâchement; et nous trouvons
dans l'Histoire générale de l'ordre (liv. ■">, th. 21) nue les religieuses en furent punies par les misères d'une pauvreté extrême dont Dieu les affligea. C'est de celte décadence do spirituel et du temporel que la Sainte parle ici en gémissant ; mais c'est à cpioi elle ne tarda pas a remédier avec succès.
Quant à la cruelle et humiliante persécution que les carmélites de Séville avaient soufferte, et qu'elle rappelle dans cette lettre, il y avait déjà du temps que Dieu les en avait dédommagées par un surcroit de gloire et de paix ; on peut voir ce qu'en raconte l'historien de l'ordre, '2' part., liv. 5, chap. 4 et 14.
a monsieur le licencié martin alonzo de salinas, chanoine de l'église de palence.
La Sainte, après l'avoir assuré de sa reconnaissance et de son estime, te prie de la servir pour la fonda'ion de Uurgos.
13 novembre 1581. —La grâce du Saint-Esprit soit toujours avec vous, monsieur.
Vous feriez une bonne œuvre, si, pour vous délasser un peu des occupations ennuyeuses auxquelles vous êtes souvent appliqué, vous m'honoriez quelquefois de vos lettres; car elles me donnent tant de consolation, que j'en soutiens plus aisément toutes mes peines ; mais consolation qui n'est pas sans amertume , parce qu'elle me fait sentir plus vivement le déplaisir d'être éloignée d'une personne pour qui j'ai tant de vénération. Dieu soit loué de tout ! je lui rends grâces de la santé qu'il vous donne , et de ce que messieurs vos frères sont arrivés si heureusement à Burgos.
Ne pourriez-vous point, monsieur, à présent que vous êtes tous ici, employer de concert le grand crédit que vous avez pour la réussite de notre fondation ? Vous y serez secondés avantageusement par madame Catherine de Tolosa, à qui Dieu a inspiré une ardeur incroyable pour la poursuivre vivement, ce qui n'est pas assurément sans quelque mystère.
Cette dame m'a écrit, et je lui fais réponse; j'écris aussi aux personnes à qui elle me marque de m'adresser. Vous m'obligerez sensiblement , monsieur, de vouloir bien vous donner la peine d'écrire la lettre que la mère prieure a pris la liberté de vous demander, et toutes celles que vous jugerez nous être avantageuses. Notre crainte n'est peut-être qu'une terreur panique, car madame de Tolosa m'écrit que depuis même qu'on a commencé de traiter de notre établissement , la ville a permis de fonder plusieurs autres monastères. Je ne comprends pas quelles raisons elle pourrait avoir de s'opposer à celui-ci, qui ne sera que de treize religieuses; à moins que le démon , excité par la haine qu'il nous porte, n'y asse naître des obstacles.
Celui que vous me marquez, monsieur, est très-réel, et j'appréhende fort qu'il ne soit suivi de plusieurs autres. Cependant si Dieu veut que nous nous établissions à Burgos, tous les efforts de l'enfer ne pourront l'empêcher. Je prie Dieu d'en tirer sa gloire, et de vous conserver avec
l'augmentation de sainteté que je lui demande tous les jours pour vous, toute misérable pécheresse que je suis.
J'ai tant de lettres à écrire aujourd'hui, que je ne puis vous entretenir aussi longtemps que je le souhaiterais. Le dérangement de ma santé est moins grand qu'à l'ordinaire, et je ne suis pas fort incommodée du froid de ce pays ; il est cependant bien couvert de neiges. Je suis, pleine de respect,
Votre indigne servante, Thérèse de Jésus.
Oserai-je , monsieur, vous supplier de faire mes respectueux compliments à monsieur Suéro de Vegas, et à madame Elvire, son épouse? Je pense souvent à eux devant le Seigneur, et je prie beaucoup pour leurs petits anges (1).
De notre monastère de S.-Josephd'Avila, le 13 novembre.
(I) C'étaient leurs enf.mis.
REMARQUE
A DOM JEA\ D'OVALLÉ, SON BEAU-FRÈRE.
Elle lui apprend qu'on lui off:-c un établissement des carmélites à Burgos , et lui propose que si mademoiselle sa fille veut être religieuse, il la lui donne, pour que de liiirgos elle ta mine à la fondation d'un couvent à Madrid.
15 novembre 1581. — Le Saint-Esprit soit toujours avec vous, mon cher frère.
Il y a fort peu que je me donnai l'honneur de vous écrire, pour vous marquer le désir que j'ai de savoir en quel état sont à présent vos affaires. Les miennes me contraignent à me donner bien du mouvement, car on m'a apporté aujourd'hui une lettre qui m'apprend que la ville de Burgos me permet d'y établir une maison de carmélites : j'avais déjà celte permission de l'archevêque; ainsi je m'y rendrai avant que d'aller à Madrid. Comme ce voyage sera long, j'ai bien du regret de partir sans avoir la consolation de voir ma chère sœur. ,
Il m'est venu dans l'esprit que si ma nièce Béatrix désire être reli- \ pieuse , elle devrait venir avec moi ; au sortir de Burgos, je la mènerais à Madrid, où elle serait fondatrice du nouveau monastère, avant même que de faire profession. Par ce moyen elle se trouverait heureusement et presque insensiblement engagée dans un état qui la comblerait de bonheur et de joie. Cela n'empêcherait pas qu'elle ne revînt après dans ces quartiers pour votre consolation, si vous le souhaitiez; Dieu sait combien je désire son repos, le vôtre, monsieur, et celui de ma chère sœur, qui serait ravie de voir sa fille si saintement pourvue. Je vous
ZETTRE CLIV. 01 I
prie de penser sérieusement à cette affaire , et de la recommander à Notrc-Seigneur; pour moi, je la lui recommande très-souvent, en le conjurant avec ardeur de faire ce qui sera le plus à sa gloire, et de vous conserver tous en santé.
Ma sœur m'obligera de recevoir cette lettre comme adressée à ellemême. Je n'oublie point mes neveux. Thérèse vous présente et à niadame votre épouse ses très-humbles respects.
Celui qui vous remettra celte lettre est un exprès qui va à Salamanque pour obtenir du père provincial la permission de faire une certaine renonciation; je le fais passer par chez vous en allant et en revenant, afin que vous puissiez me faire réponse; n'y manquez donc pas, je vous prie ; et ayez aussi la bonté de faire rendre celte lettre à la mère prieure. Surtout ne parlez présentement à personne de la fondation de Burgos. Je suis très-respectueusement ,
Votre indigne servante, Thérèse de Jésus.
lo novembre.
Si vous agréez , monsieur , la proposition que je vous fais , il ne sera pas nécessaire que vous preniez la peine de venir ici ; je ferais volontiers un plus grand voyage pour avoir le plaisir de voir ma chère sœur. J'irai donc vous trouver. Comme nous avons pour prétexte que je vais quérir ma nièce, personne ne le trouvera mauvais. Si vous le souhaitez , je vous donnerai avis de mon départ.
Je n'ai jamais de nouvelles de la santé de madame Major : je serais bien aise d'en apprendre; faites-lui, je vous prie, mes compliments. Je ne sais comment lui faire tenir son paquet de coiffures ; il est si lourd , que personne ne s'en est voulu charger. Ma santé est moins dérangée.
REMARQUES
S:iinlc Thérèse écrivit colle lettre à A\ila, le lo novembre 1581 , sur le point de partir pour la fondation de Burgos.
11 parait par la lettre VII ci-dessus que, quoique madame sa sœur lui eût amené à Avila mademoiselle sa Dlle, celle jeune demoiselle ne l'accompagna pas dans son voyage, à cause de l'extrême aversion qu'elle témoigna avoir pour la vie religieuse. 11 est néanmoins très-certain que sainte Thérèse eut révélation qu'elle serait un jour carmélite , et je ne sais si ce n'est point dans cette occasion qu'elle lui dit ces mots : Béatrix, fuites lotit ce qu'il vous plaira, vous serez un jour carmélite déchaussée.
L'événement vérifia celle prophétie : car, après la mort de sainte Thérèse , mademoiselle d'Àhùmadc prit l'habit dans le monastère d'Alve , et fui nommée Béalrii-de- Jésus ; elle v vécut d'une manière ires-édilianle, et elle mourut à Madrid en odeur de sainteté, l'an 1G39.
On assure qu'étant sur le point d'expirer, elle eut un grand ravissement , dans lequel saint Joseph et sainte Thérèse lui apparurent, et lui promirent leur protection dans ce redoutable passage du temps à l'éternité. On prétend aussi que son corps s'est conservé jusqu'à ce jour sans nulle corruption.
Cl 2 I.ETTIIE Cl.V.
A LA RÉVÉRENDE MERE MARIE DE-SAINT-JOSEPH