VINGT-TROISIÈME
La Sainte lui demande deux religieuses pour la fondation de Grenade , la prie de payer une somme qu'elle doit, et lui fait savoir son voyage pour la fondation de Burgos.
28 novembre loSi. — J'ai écrit aujourd'hui à votre révérence une fort grande lettre; celle-ci sera succincte, vu que je suis accablée des occupations que me donnent mon départ H la profession de notre chère sœur Anne-des-Anges qui se fait ce matin; en sorte que je me trouve extraordinairement lasse et fatiguée.
Je vous priais dans celte lettre de me donner deux de vos religieuses pour la fondation de Grenade, et de ne me pas choisir vos moindres sujets ; je vous fais encore, ma chère mère, la même prière; vous savez combien il importe que ce soient des filles très-parfaites, et qui aient de l'esprit et de la capacité. Comme je m'en repose sur v ous , et que je me fie beaucoup à votre discernement, je me flatte aussi que vous me les choisirez telles que je vous les demande , et telles qu'elles doivent être pour donner commencement à notre réforme dans ce pays-là.
Ces places vacantes vous donneront moyen, ma chère fille, de recevoir des postulantes, et de m'envoyer la somme d'argent que vous devez à mon frère ; j'ai bien du chagrin de partir d'Avila avant que le bâtiment de sa chapelle soit commencé; car comme on prétend que je suis obligée en conscience d'y faire travailler, je n'ai pas l'âme tranquille. Je ne vous fais cette déclaration, ma chère mère, qu'afin que vous compreniez que c'est malgré moi que je vous presse si fort pour ce paiement, et que j'y suis contrainte par un devoir de conscience. Songez donc à me faire tenir cet argent le plus tôt qu'il vous sera possible ; en attendant, recommandez-moi, s'il vous plaît, à Notre-Seigneur , et faites bien des amitiés de ma part à toutes mes chères filles.
Je compte partir après les fêtes de Noël pour Burgos. On dit que le froid est grand dans ce pays ; mais s'il fallait pour m'y rendre passer par chez vous , je me réjouirais d'en ressentir la rigueur, dont je serais bien dédommagée par le plaisir de vous voir et de vous embrasser ; j'ose me flatter que Dieu me fera un jour cette grâce.
Ma santé est moins dérangée; ce sont vos prières et celles de mes autres filles qui m'obtiennent la force de résister à tant de travaux, qui, sans le secours du ciel, me feraient succomber. Ma nièce Thérèse vous présente ses respects et à louies nos soeurs , à qui elle fait bien des amitiés. Je prie Dieu, ma chère mère , de vous conserver et de vous rendre une grande et très-grande sainte. C'est votre servante
Thérèse de Jésus.
De notre monastère d'Avila, le 28 novembre 1581.