‹ uvres tres-complètes de Sainte ThérèseChapitre 145 sur 201 · A DOM PEDRO DE CASTRO, CHANOINE DAVILA, DEPOIS ÉVÈQUE DE SÉGO · texte numérisé non relu

A DOM PEDRO DE CASTRO, CHANOINE DAVILA, DEPOIS ÉVÈQUE DE SÉGO

vie, lin de ses directeurs.

seconoi:.

La Sainte lui écrit au sujet du refus qu'il fait de prêcher à la profession d'une de

ses notices.

Novembre 1581. — Jésus soit toujours avec vous, monsieur.

Je n'ai pas assez de lumière pour avoir pu deviner ce que même il meut été i:i possible d'imaginer, je veux dire, que vous refuseriez de prêcher à la profession de notre pauvre novice ; mais ce qu'il est aisé de voir, c'est l'adresse de votre esprit, puisque vous avez su lui faire recevoir et digérer doucement ce refus. Il est cependant vrai qu'elle a été , non seulement ce jour-là , mais plusieurs autres encore , dans une extrême affliction.

Je n'en parlerai pas davantage à sa mère, résolue que je suis de vous donner , monsieur , des marques de ma soumission. Quand je ne serais pas dans cette disposition à votre égard , j'ai tant de répugnance à demander ce que je crois devoir chagriner, que je ne laisserais pas d'en user avec la même retenue.

On m'apprend dans ce moment que la mère Anne de-Saint-Pierre a envoyé dire à son gendre qu'il ne manquât pas de vous aller prier de lui faire cet honneur; ne me refusez pas d'être persuadé que cette commission a été donnée avant l'arrivée de votre billet, et que je n'y aurais jamais consenti depuis que vous m'avez témoigné ne l'avoir pas pour agréable. La cérémonie se fera donc sans sermon, si le père provincial ne vient point. Quand même il viendrait, on ne le priera pas de prêcher, si Ion peut remarquer qu'il y ail de la répugnance. Ce sera un malheur dont la chère novice sera consternée ; et je ne sais comment ses parents prendront la chose , ni ce qu'ils feront en cette occasion.

Je prie Dieu, monsieur, de vous rendre un grand saint : je ne vous entretiendrai pas davantage , afin que ce billet vous puisse être rendu avant l'arrivée du gendre de la mère Anne dc-Saint-Pierre , et que vous ne pensiez pas que je manque le moins du monde de soumission à vos ordres. Je finis donc en vous assurant que j'ai un vrai chagrin d'un tel contre-temps, et que je suis avec le respect le plus sincère, monsieur,

Votre indigne servante et fille, Thérèse de Jésus.

REMARQUES

Une demoiselle flamande, nommée Anne Vastel, nvait épousé à Avila un seigneur espagnol, appelé dom Matthieu de Gusman, qui mourut quelques années après leur mariage; et sa beauté lui ayant attiré de vives sollicitations pour qu'elle consentît à de secondes noces très-avantageuses, elle les refusa constamment pour se consacrer à Jésus-Christ chez les carmélites déchaussées d'Avila, où elle lit profession le 15 août 1571 , et lut nommée Anne de-Sainl-Fierre. C'est celle dont sainte Thérèse parle dans celte lettre ; elle vécut dans celte maison en parfaite religieuse, la gou-

\crna ensuite très-sagement en qualité de prieure , ei y mourut Irès-sainlcment le 8 mai 1588.

Celte excellente carmélite avait laissé deux filles dans le monde : l'aînée, nommée Marie d'Avila, avait épot é dom Alonso Sedegno, dont la Sainte parle dans cette lettre ; la cadette, appelée comme sa mère Anne Vaste], après avoir été près d'un an novice au monastère de Sainte-Anne d'Avila, de l'ordre de Paint Bernard, désira de passer dans le monastère des carmélites, et voici la manière dont elle exécuta ce projet. Le jour venu (pie le-; religieuses de Saint-Bernard la firent sortir pour examiner sa vocation, elle se rendit a leur insu aux carmélites, où elle demanda Phabii avec une ferveur et des instances inexplicables. Cependant ni sa mère ni les antres religieuses ne le lui voulurent promettre qu'à condition qu'elle retournerait au monastère d'où clic était sortie, pour informer la communauté de la résolution qu'elle avait prise. Elle s'y rendit donc au plus tût, niais ce ne fut que pour y reprendre ses habits séculiers smis la porte du coin eut. et étant ensuite retournée aux carmélites, elles lui donnèrent l'habit de la Sainte-Vierge, elle nom d'Anoe-des-Anges.

La profession de cette novice eut les difficultés que la Sainte rapporte dans la lettre 100", parce qu'étant fort mélancolique, elle était inquiétée d'une infinité de peines et de scrupules qui jetaient ses confesseurs dans le dernier embarras, et faisaient beaucoup craindre à la Sainte de l'engager parties vœux solennels. Comme celle afiligée novice avait une parfaite confiance au chanoine à qui cette lettre est adressée , elle lui ouvrait souvent so i cœur , et elle trouvait toujours dans ses sages conseils beaucoup de paix et de consolation ; à quoi la Sainte lait allusion au commencement de cette lettre. Après tant de combats , d'incertitude et d'agitation , la Sainte étant sur le point de la renvoyer, Noire-Seigneur lui apparut , et lui commanda de recevoir ses vœux , l'assurant que cette âme si ('prouvée lui était très-agréable liaison inviolable fidélité a ne le peint offenser. Ainsi elle eut le bonheur de faire sa profi ssion entre les mains de sainte Thérèse, le 28 novembre 1581.

Pour le sermon dont il est parlé, c'était celui de la cérémonie du voile noir, sermon que la mère de la novice avait chargé dom Alonso Sedegno , son cendre, de demander au chanoine dom Pedro de Castro, qui, informé de ce dessein, prévint la Sainte , afin qu'on ne le lui demandât pas. C'est ce refus qu'elle dit ne s'être pu imaginer

Page 1