‹ uvres tres-complètes de Sainte ThérèseChapitre 146 sur 201 · A MONSIEUR LE LICENCIÉ PÉGNA, CHAPELAIN DE LA CHAPELLE ROYALE DE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE LICENCIÉ PÉGNA, CHAPELAIN DE LA CHAPELLE ROYALE DE

TOLEDE.

TROISIEME

La Sn'wte lui parle d'un établissement qu'elle allait (aire à Burgos, ainsi que du contentement de madame de Quiroga dans son noviciat, et le charge d'une commission auprès du cardinal Quiroga.

8 janvier 1582. — La grâce du Saint-Esprit soit toujours avec vous, monsieur.

I II n'y a pas moyen de partir de Médine-du-Champ , où j'arrivai deux jours avant la fête des Rois, sans avoir l'honneur de vous écrire, et de vous marquer où je vais au. sortir d'ici , afin que si vous aviez quelque ordre à me donner, vous puissiez me le faire tenir.

Oserai-je, monsieur, vous prier de faire souvenir monseigneur le cardinal de mes très-humbles respects , et de lui dire que j'ai trouvé sa nièce la sceur Hélène-de-Jésus en parfaite santé? La joie qu'elle a d'avoir pris notre saint habit est inexplicable ; elle s'acquitte de tous les exercices de la religion d'un air si aisé, qu'on la prendrait pour une ancienne religieuse plutôt que pour une novice; elle est même fort engraissée, et se porte beaucoup mieux qu'elle ne se portait lorsqu'elle est entrée. Pour la communauté , elle est ravie de la posséder et de la voir

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si fervente. Ainsi l'on ne peut plus douter que sa vocation ne soit un don de Dieu. Qu'il en soit béni à jamais.

Je pensais , monsieur , ne sortir d'Avila que pour la fondation de Madrid ; mais Dieu a inspiré à quelques personnes de Burgos un désir si vif d'y établir une maison de carmélites, qu'elles ont déjà obtenu la permission de M. l'archevêque, et le consentement de la ville ; ce qui m'oblige de partir par l'ordre de mes supérieurs, pour m'y rendre incessamment avec plusieurs de nos sœurs. Dieu a voulu que j'y eusse plus de peine que je n'en aurais eu si j'y étais allée au sortir de Palence , puisqu'il a permis que cette fondation ne se soit offerte qu'à présent que je suis à Avila. Comme le voyage sera cl bien plus long et bien plus pénible , nous aurons aussi bien plus de fatigues à essuyer.

Demandez, monsieur, au Tout-Puissant qu'il fasse réussir cette entreprise à sa plus grande gloire. S'il daigne nous accorder cette grâce , nous ne saurions trop souffrir , et nous serons d'autant plus beureuses que nos souffrances seront plus grandes. N'oubliez pas aussi , s'il vous plaît, de me donner de temps en temps des nouvelles de la santé de monseigneur le cardinal ; j'ai eu une vraie joie d'apprendre ce qu'on m'en a dit dans ce pays. Plaise au Seigneur de le faire croître de jour en jour en grâce et en sainteté. Toutes nos sœurs , aussi bien que moi, ont un soin tout singulier de prier pour la conservation de son illustre personne. Vous pouvez, monsieur, lui dire que plus on établira de nos monastères, plus il aura de filles qui ne cesseront point de faire des vœux pour obtenir du ciel toutes les grâces qui lui sont nécessaires. Je loue Dieu de la vocation de sa nièce, et je le prie de les soutenir sans cesse de sa main, elle et les autres parentes de son éminence que nous avons parmi nous , qui sont des âmes très-parfaites.

Plaise à Dieu de vous donner, monsieur, autant de part dans son divin amour que nos sœurs et moi lui en demandons pour vous. Ne m'oubliez pas au saint autel , je vous prie ; et lorsque vous verrez madame Louise de la Cerda, ayez , s'il vous plaît , la bonté de la faire souvenir de mes profonds respects , et de lui dire que je me porte bien. Je n'ai pas le loisir de vous en dire davantage , car nous partons demain pour Burgos. Je suis avec un respect inviolable ,

Votre indigne servante, Thérèse de Jésus.

C'est aujourd'hui le 8 janvier.

remarques.

Sainte Thérèse, partie d'Avila pour la fondation de Burgos le second jour de l'an 1582, passa par Médine-du-Chainp, où elle trouva madame de Qairoga, pour lors sœur Hélène-de-Jésus, de qui elle parle dans cette lettre. Des deux autres religieuses dont elle fait mention , l'une était fille de cette illustre novice, et l'autre sa cousine germaine. Celle-ci fut si humble, que, quoique madame de Quiroga lui eut donné, avant sa prise d'habit , une dot très considérable, elle voulut néanmoins être sœur converse, persuadée que cet état rabaissé lui convenait mieux que celui de choriste. Mais ses supérieurs l'en retirèrent quelques années après sa profession, et l'obligèrent à recevoir le voile noir qu'elle a porté jusqu'à la mort.

Les vertus admirables de madame de Quiroga, devenue sœur Hélène-de-Jésus, sont décrites avec beaucoup d'étendue dans l'Histoire générale de notre ordre.

s. TH. II. 39

Oit» LETTHE i i VIII.

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