‹ uvres tres-complètes de Sainte ThérèseChapitre 147 sur 201 · A MAUA'IE CATHERINE DE TOI.OSA, FONDATRICE DES CARMES DÉCHAUSSÉES · texte numérisé non relu

A MAUA'IE CATHERINE DE TOI.OSA, FONDATRICE DES CARMES DÉCHAUSSÉES

DE Bl'RGOS.

La Sainte lu remercie de ses bienfaits, et lui parle de rétablissement qu'elle va faire à Durgos ; de ce qu'elle a à souffrir de ses maux, du froid et des mauvais chemins dans ee voyage; de ce qu'elle féru à son arrivée en celle ville, cl d'une fille de cette dame iju'elle amène peur In fondation.

i& janvier 15S2. — La grâce du Saint-Esprit soit toujours avec vous, madame.

A peine étais-je entrée dans notre monastère de Valladolid , que je priai la mère prieure de vous donner avis au plus tôt de mon arrivée. J'ai été contrainte d'y rester quatre jours , parce que je me trouvai fort mal ; outre le grand rhume que j'avais, je fus attaquée subitement d'une espèce de paralysie, qui m'obligea d'y faire ce petit séjour. Quoique je ne fusse pas entièrement guérie , je partis pour Palence où je suis , dès que mon mal fut un peu diminué : je craignais, madame , d'abuser de votre bonté et de i elles vos filles, si je différais davan-

tage de me rendre auprès de vous. Permettez-moi de les faire souvenir de mes respects , et de vous supplier très-respectueusement et elles aussi de me pardonner ce petit retardement; le temps est si mauvais , et les chemins sont si rompus, que, si vous les voyez , vous me blâmeriez plutôt d'être venue par une telle saison , que d'avoir retardé mon départ, surtout ma santé étant si dérangée. Je compte cependant, malgré tant d'obstacles, partir d'ici dès que la saison s'adoucira tant soit peu , et rendra les chemins moins périlleux. On dit que celui de Palence àEurgos l'est extrêmement. Ce péril et cette rigueur du froid me font appréhender que le père provincial ne veuille pas partir que je ne sois un peu plus remise de mon indisposition, quoiqu'il ne d< pas moins ardemment que moi d'avoir l'honneur de vous connaître et de vous rendre ses respects; les obligations dont nous vous sommes redevables sont telles , que, toutes pénétrées de reconnaissance, nous ne cesserons jamais de prier Dieu de vous en récompenser avec magnificence.

S'il est nécessaire, madame, de nous donner quelques avis, ayez, s'il vous plaît , la bonté d'envoyer un exprès ; nous le payerons ici volontiers ; dans les affaires de cette importance qui demandent qu'on ne néglige rien , celte petite dépense n'est pas à" regretter. Nous pourrons partir vendredi si le temps est aussi beau qu'il l'est aujourd'hui; cela nous empêchera de recevoir la lettre de monseigneur l'archevêque , à moins que vous n'ayez dépéché un exprès ; si vous ne l'avez pas fait partir, Obligez-moi de garder la lettre.

Le père provincial veut qu'avant que d'entrer dans la ville nous allions adorer le crucifix de Burgos. Nous vous en donnerons donc avis en même temps , ou même un peu auparavant. Ensuite, p'uisque vous

LETTRE CLVUI. C17

nous l'ordonnez, madame, nous nous retirerons chez vous le plus secrètement qu'il nous sera possible. 11 faudra attendre la nuit pour n'être vues de personne, et que le père provincial s'en aille aussitôt rendre ses respectueux devoirs à monseigneur l'archevêque, lui demander ?a bénédiction et la permission de dire la sainte messe dès le lendemain. Jusqu'à ce que la messe soit dite , il n'est pas à propos qu'on ait connaissance de notre arrivée et du sujet qui nous a amenées. J'ai coutume d'user de cette précaution dans tous nos établissements, et elle m'a trèsbien réussi.

Je ne saurais penser sans étonnement aux moyens dont Dieu s'est servi pour faire ces fondations , qu'on doit attribuer aux prières qu'on a faites, et à la confiance qu'on a eue en sa bonté. Qu'il en soit loué à jamais , et qu'il lui plaise vous conserver, en attendant celte grande récompense qu'il vous réserve dans le ciel pour le service que vous lui rendez sur la terre par cet établissement.

Vous ne sauriez croire , madame , la peine que j'ai eue à vous amener votre chère fille, la sœur Cathecine-de-1'Assomption (1). On s'y est opposé fortement dans son monastère où elle est fort aimée. Elle me paraît néanmoins contente de venir ; elle a laissé en bonne santé sa chère sœur , à qui j'ai promis , pour la consoler de son absence , que je la ramènerais bientôt.

La mère prieure de cette maison vous assure, madame, de ses respects, de même que mes compagnes, qui sont au nombre de sept. Xi' vous inquiétez pas, s'il vous plaît, pour des lits , nous nous en passerons toutes très-aisément. Ne soyez pas non plus en peine de mon indisposition ; ce n'est rien : souvent je suis fort mal , mais cela ne dure pas. Nos sœurs d'ici (2) sont des anges; avec cela fort gaies et en bonne santé. Dieu les conserve, et vous conserve aussi, madame, longues années ,

Votre indigne servante, Thérèse de Jésus.

C'est aujourd'hui la veille de S. -Antoine.

(1) Religieuse à Valladolid (Hist. gén., liv. 5, ch. 23).

(2) De Palence.

REMARQUES

La mémoire de madame Catherine de Tolosa est en singulière vénération dans noire ordre, non seulement comme fondatrice des carmélites de Bnrgos , mais beaucoup plus pour avoir été elle-même une excellente carmélite , qui a hissé d'admirables exemples de vertu dans le monastère de Palence . où elle prit l'habit sous la conduite d'une de ses filles qui en était prieure. Avant que d'y entrer i lie sacrifia à Dieu sept enfants qu'il lui avait donnés ; deux li!s furent carmes déchaussés , et cinn, tilles carmélites. Ainsi toute cette sainte famille embrassa notre réforme, et s'y perfectionna par les exercices de la pénitence.

Sainte Thérèse écrivit cette lettre à Palence, le 1G janvier IS82, pendant son voyage à Burgos, où elle trouva une infinité d'obstacles à ses pieux desseins. Ils sont rapportés assez au long dans le livre de ses Fondations.

018 LETTRE eux.

A LA RÉVÉRENDE MÈRE MARIE DE-SAINT- JOSEPH. VINGT-QUATRIÈME

Son arrivée à Eurgos ; oppositions à son établissement dans cette ville ; des demoiselles ;/ demandent l'habit des carmélites ; ce qu'elle a souffert en voyage, et autres affaires.

2 février 13S2. — Jésus soit toujours avec votre révérence, ma chère fille, et vous conserve en santé.

Je vous écris de Burgos , où je suis arrivée depuis douze jours ; la fondation n'est pas encore commencée; il faut soutenir auparavant une infinité de contradictions, tontes semblables à celles que nous essuyâmes lorsque nous fîmes un établissement à Séville.

Ces oppositions, loin de refroidir mes désirs, en augmentent l'ardeur, redoublent ma confiance, et me persuadent que Dieu sera seni et glorifié dans cet établissement, puisque le démon fait tant d'efforts pour l'empêcher. Je veux même espérer que les persécutions qu'on nous fait nous seront avantageuses, et qu'elles ne serviront pas peu à faire connaître les carmélites déchaussées. Cette ville est très-grande, et la capitale d'un royaume. Si donc nous y étions entrées sans obstacle, on n'aurait pas seulement pensé à nous ; mais le grand bruit de notre arrivée nous a retirées de l'oubli où nous fussions demeurées , et a inspiré à plusieurs demoiselles le désir de nous connaître et d'être carmélites; je les recommande à vos ferventes prières et à celles de votre sainte communauté.

Le porteur de cette lettre est un de nos amis, frère d'une dame à qui nous avons d'extrêmes obligations ; elle est cause que nous sommes venues à Burgos, nous loge dans sa maison où elle nous témoigne mille bontés, et a trois filles religieuses dans nos maisons, sans parler de deux autres de ses filles qui désirent aussi d'être carmélites. Je vous détaille tout cela, ma chère mère, afin que, si ce cavalier va vous voir, vous le receviez avec toutes les honnêtetés possibles : il se nomme dom Pedro ieTolosa. Vous pourrez par son moyen me faire réponse et m'envoyer l'argent dont il s'agit; il me le fera tenir bien sûrement. Que la somme, s'il vous plaît, soit entière; je me suis obligée par écrit à donner cet argent avant la fin de l'année. Surtout ne me l'envoyez pas par la voie que vous avez prise pour me faire tenir la première somme, si vous ne voulez que je me fâche contre vous. Encore une fois, ma chère mère, rendez tous les services qui dépendront de vous à monsieur Tolosa, en considération de madame sa sœur, à qui nous sommes infiniment redevables.

Le père provincial , qui se porte assez bien , est ici; il nous rend de grands services ; sans lui je ne sais ce que nous ferions : Dieu veuille nous le conserver. J'ai amené ma nièce Thérèse , sur ce qu'on m'a dit que ses parents voulaient la faire sortir pour éprouver sa vocation ; car je n'ai pas voulu l'abandonner à leur conduite : elle s'avance merveil-

LETTRE CLX. fil9

leuscmcnt dans la perfection, et vous supplie d'agréer ses respects, et de faire ses amitiés à toutes vos filles. Dites-leur, s'il vous plaît, darnes nouvelles, et que je les conjure toutes en général, et chacune en particulier, de ne me pas oublier devant le Seigneur. Mes compagnes vous demandent la même grâce ; ce sont de très-vertueuses Allés , qui soutiennent avec bien de la constance les persécutions qui s'élèvent contre nous.

Nous avons pensé périr en chemin à cause de la rigueur de la saison, et que les rivières étaient tellement débordées, qu'on ne pouvait les passer sans risquer beaucoup. L'excès du froid m'a étrangement incommodée depuis Valladolid jusqu'ici; j'ai toujours eu un grand mal de gorge dont je ne suis pas encore guérie, quelques remèdes qu'on m'ait faits ; de sorte que je ne prends nulle nourriture solide, parce que je ne puis presque rien avaler. Ne vous inquiétez pourtant pas, ma chère fille, de mon indisposition; ce ne sera rien si vous avez soin de bien prier Dieu pour moi ; sans ce dérangement de ma sauté, je vous aurais écrit de ma propre main.

La secrétaire vous conjure, ma révérende mère, de ne pas l'oublier dans vos ferventes prières. Plaise à Dieu de vous conserver et de vous rendre une grande sainte. De vos nouvelles au plus tôt; il me paraît qu'il y a bien du temps que vous ne m'en avez donné. Mes amitiés à la mère sous-prieure et à toutes mes chères Glles. On ne peut être avec plus d'attachement toute à vous ,

Thérèse de Jésus.

C'est aujourd'hui le 6 février 1582.

REMARQUE

On trouvera dans le livre des Fondations faites pur la Sainte, et encore plus dans l'Histoire générale de l'ordre, 2e part., liv. 5, chap. 25 et 26, le détail des dangers qu'elle courut dans le voyage d'Avila à Burgos, et les difficultés qu'elle eut à surmonter quand elle y fut arrivée. Les remarques sur la lettre 161" loucheront une partie de ces difficultés.

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