AU RÉVÉREND PÉUE NICOLAS DE-JÉSUS-M ARIA, CARME DÉCHAUSSÉ
La Suinte lui donne quelques avis de perfection sur l'emploi auquel on l'avait destiné , cl C exhorte a se rendre sociable et commode.
Avril 1582. — Jésus soit toujours avec votre révérence, mon père.
J'ai un vrai chagrin d'être privée de la consolation de vous avoir pour m'accompagner dans un si pénible voyage; plaise à Dieu de vous conserver et de vous combler de ses grâces.
Ne doutez point, je vous prie, que la nécessité de votre secours dans le monastère où l'on vous a envoyé n'ait été bien grande et bien pressante, puisqu'elle a eu le pouvoir de faire résoudre le père provincial à vous éloigner d'auprès de sa personne. A l'égard de la proposition que \ous me faites, quelque édifiée que <e sois de l'humilité qui l'accompa-
.'m\ je ne suis cependant pas dans le dessein de vous accorder ce que \ous me demandez, afin que vous appreniez à souffrir. Ne savez-vous pas, mon révérend père, que tous les commencements sont pénibles? Comptez donc, s'il vous plait, que ceux-ci ne le seront pas moins que les autres.
Ne vous persuadez pas non plus qu'il soit nécessaire pour bien gouverner de gémir perpétuellement de ses misères : il s'en faut bien que cela soit, puisqu'on est souvent obligé de les oublier pour se souvenir qu'on tient la place de Dieu et qu'on est son ministre. Cette confiance l'engage à suppléer à tout ce qui nous manque, et à nous soutenir lorsque nous le servons par son ordre; personne sans son assistance n'est capable de s'acquitter dignement des fonctions de son ministère.
Vous ne devez pas aussi vous rendre si farouche et si retiré, sous prétexte de recueillement et d'humilité; ni manquer d'écrire au père provincial ce que vous jugerez à propos de lui communiquer. Il y a fort peu de temps que je lui adressai un paquet de lettres par madame sa mère. Je prie Dieu de vous rendre un grand saint, et de vous conserver aussi longtemps que le désire Votre servante , Thérèse de Jésus.
REMARQUES
Le père Nicolas de- Jésus- Maria (1) était pour lors prieur du monasière de Pastrane.
Après que le père Jérôme Gratien eût élé élu provincial des carmes déchaussés. ■d ; - le chapitre tenu à Alcala pour la séparation de province que la Sainte avait obi mue du roi, le père Nicolas fut fait secrétaire (2) du nouveau provincial, et peu de temps après vicaire provincial de la Castille nouvelle, et prieur de Pastrane, d'où il écrivit à la Sainte; car il est visible que celte lettre n'est qu'une réponse qu'elle lui lait en 1582, étant actuellement occupée à la fondation de Burgos.
Il est au reste certain qu'elle l'écrivit avant le mois de mai, puisqu'au rapport de l'historien de l'ordre (5), le père Nicolas quitta Pastrane, et partit pour Rome au mois de mari 582.
(1) Voyez la noie sur la lettre 98.
(2) L'historien de l'ordre, 2* part., 1. S, ch. Il, dit : Compilation cl assistant.
(3) Ibid , cuap. 27!