A MONSEIGNEUR L'ILLUSTRISSIME DOM ALVARO DE MENDOSA , ÉVÊQUE DE
PALENCE.
SECONDE
La Sainte le remercie d'avoir facilité, par une lettre qu'il a écrite à l'archevêque de Burgos, ta fondation d'une maison de carmélites dans cette ville; fait des vœux pour lui, et lui marque sa joie de la convocation d'un synode.
13 avril 1582. — La grâce du Saint-Esprit accompagne incessamment votre grandeur.
Monseigneur l'archevêque a été si .charmé de la lettre que vous lui avez écrite en notre faveur, que non seulement il s'est déterminé dans le moment même, sans que personne l'en ait prié, à conclure notre établissement avant Pâques, mais qu'il veut de plus nous faire l'honneur de bénir la nouvelle église et d'y dire la première messe. Ainsi je crois
rRE CLXI.
qu'on choisira pour cette cérémonie la dernière fête , les autres jours étant destinés à la solennité de Pâques. Son intendant fait toutes les diligences imaginables; il n'en reste que fort peu à faire. Elles sont assez nouvelles pour moi, qui ne suis point versée dans toutes ces formalités. On a cité, dil-on, les principaux habitants de la première paroisse , pour savoir leurs prétentions et s'ils avaient des oppositions à former; ils ont tous répondu de concert que, loin de s'opposer à notre établissement dans la ville, ils nous rendraient volontiers tous les services qui dépendraient d'eux; de sorte que cette affaire, qui paraissait à tout le monde si désespérée, est aujourd'hui tellement avancée, que j'en ai fait remercier de ma part monseigneur l'archevêque. Dieu soit loué de l'avoir terminée si heureusement. Pour moi, qui n'ai jamais douté du succès, je suis sûrement celle qui ai eu le moins à soutenir.
Toutes nos filles , monseigneur, vous baisent mille fois les mains , pénétrées de reconnaissance de la bonté que vous avez eue de mettre fin si obligeamment à toutes leurs peines. Si votre grandeur avait été témoin de leur joie et des actions de grâces qu'elles en ont rendues à Dieu , je suis sûre qu'elle y eût pris bien du plaisir. Que Dieu donc , encore une fois, soit loué éternellement de vous avoir inspiré cet amour généreux qui vous a fait surmonter les raisons que vous aviez de ne pas écrire une seconde fois à monseigneur de Burgos.Le démon, qui prévoyait sans doute les suites avantageuses à la gloire de Dieu que votre lettre devait avoir, y formait tous les jours de nouveaux obstacles, mais en vain, puisque la volonté du Tout-Puissant a été accomplie malgré tous ses efforts.
Combien j'ai pensé à vous, monseigneur, dans ces jours de pénitence, et combien j'ai souhaité ardemment que Dieu vous donnât assez de force et de santé pour en soutenir la fatigue ! Nous l'en avons toutes supplié avec mille instances. Quoique ce soit une grande affaire que d'assembler un synode , et même un surcroit de peines , je suis ravie que vous l'ayez entreprise , parce que ce synode servira beaucoup à affermir ce que vous avez si saintement établi.
Nous envions bien ici le bonheur de nos sœurs de Palcnce, qui ont l'avantage de vous posséder; je me réjouis par avance de l'honneur que vous leur ferez à Pâques, et je prie Dieu de vous conserver un grand nombre d'années pour le bien de notre ordre, et pour la consolation de celle qui est avec une estime infiniment respectueuse, monseigneur, de votre grandeur,
L'indigne servante et fille, Thérèse de Jéscs.
C'est aujourd'hui le vendredi-saint. La première messe se dira, s'il plaît à Dieu, la dernière fête de Pâques, et peut-être plus tôt, si monseigneur l'archevêque en a le loisir.
ri:-,iauqces.
Le vendredi-saint tomba en loS-2 le 13 avril.
Dom Chrisloval Vêla, qui d'évêque de Canarie fut fait archevêque de Burgos , pas-
sanl par VallaJolid pour se rendre à son siège, la Sainle le fit prier par l'évèque de Palence qui s'y trouva de lui permettre de foire un établissement de carmélites déchaussées dans Burgos. L'archevêque répondit obligeamment qu'il donnerait d'autant plus volontiers celte permission dans le temps convenable , qu'il connaissait la Sainte, étant né comme elle à Avila ; et qne t'estime qu'il faisait d'une réforme si utile à l'Eglise lui avait fait désirer, étant à Canarie , d'y en établir un monastère. Dès qu'il fut arrivé à Burgos, l'évèque de Palence lui écrivit pour le faire souvenir de sa promesse; et l'archevêque lui fil par écrit la même réponse qu'il lui avait faite de vive voix. Ainsi la Sainle, à qui Dieu avait fait connaître bien des fois qu'il serait servi fidèlement dans ce monastère , partit d'Avila, et arriva à Burgos le 26 janvier (1), après avoir couru de grands dangers , et souffert beaucoup en chemin de la rigueur d'une telle saison. Cependant à son arrivée, loin de recevoir l'accueil auquel elle avait lieu de s'attendre, elle trouva l'archevêque si blessé de ce qu'elle était venue sans son ordre exprès, que, non content de lui refuser la permission qu'il avait promise , il lui fit souffrir et à ses compagnes tint de diverses pe'mes, qu'elles auraient été capables d'ébranler une constance moins affermie que la sienne, et moins soutenue de la grâce, comm>> elle-même le déclare au livre de ses Fondations.
Réduite donc à celte extrémité, elle eul recours à l'évèque de Palence, son asile ordinaire, le priant instamment de vouloir bien écrire une seconde fois en sa faveur à l'archevêque de Burgos; ce qu'il fil, quoique extrêmement mécontent du procédé de l'archevêque, et il le Ut avec lantde zèle qu'il réussit. C'est de quoi la Sainte lui fait ses remcrcimenls dans celle lettre.
(I) Ce ne fut que le 4 février. Voyez la lettre 24 à la mère Marie de-Sainl- Joseph. LETTRE CLXII.
A MONSEIGNEUR l'eXCELLENTISSIME DOM FADRJQUE ALVAREZ OE TOLÈDE, DIX d'hUESCA, ET DEPUIS DUC d'aLVE.
La Sainte le félicite sur la grossesse de la duchesse sa femme, lui en fait espérer l'heureuse délivrance, et se justifie sur le silence qu'elle a yardé avec lui depuit quelque temps.
Burgos, 18 avril 1582.— La grâce du Saint-Esprit accompagne incessamment votre excellence.
J'ai pris tant de part à votre joie, que je ne puis m'empêcher de vous témoigner combien j'y suis sensible, et avec quelle vivacité je désire que madame la duchesse arrive heureusement à son terme. Permettezmoi, monseigneur, de la conjurer ici, en lui baisant très - humblement les mains, de bannir de son cœur toute crainte, et de concevoir au contraire une ferme confiance que Dieu consommera la faveur qu'il a commencé de lui faire. Nous ne cesserons point, nos sœurs et moi, de l'en supplier très -instamment, et de lui demander avec la même ardeur la conservation de votre excellence, avec la parfaite guérison de votre dernière maladie, dont j'ai été touchée sensiblement.
Le peu de santé que j'ai eu, monseigneur, depuis que je n'ai eu l'honneur de vous écrire, et les nouvelles que j'ai apprises de votre excellence, dont j'étais informée par d'autres voies, m'ont empêchée de vous importuner par mes lettres. C'est là sans doute pourquoi vous m'accusez de paresse et de négligence. Je puis cependant vous assurer avec vérité que je ne vous ai jamais oublié dans mes pauvres prières, et que j'ai un extrême soin de recommander vôtre excellence au Seigneur, soin (lue je continuerai avec plaisir et avec zèle le reste de mes jours, quelque pénétrée que je sois de mon indignité.
Je prie Dieu de conserver votre illustre personne aussi longtemps que
le désire celle qui est avec une vénération très-profonde, monseigneur, de votre excellence, L'indigne servante, Thérèse de Jésus.
REMARQUES
Le litre de duo d'Huesca est héréditaire dans l'illustre maison d'Alve. Dom Fadrique Alvarez de Tolède n'hérita et ne prit possession de ce litre que huit mois après que la Sainte lui eut écrit cette lettre.
Ce prince avait épousé en troisièmes noces sa cousine-germaine, madame Marie de Tolède , tille du marquis de Villefranche ; mariage dont le roi Philippe 11 l'ut si fâché, parce qu'il avait été conclu sans sa permission , qu'il fit arrêter prisonnier le père du prince.
Les prières que sainte Thérèse fit à Dieu pour en obtenir qu'il donnât un fds à ces illustres époux curent leur effet; car la duchesse mit au monde le duc dom Fernando d'Huesca ; mais comme c'était un fruit dp l'oraison et de la sainteté, il eut pour partage, non la terre, mais le ciel, étant mort quelques années après sa naissance.
Quoique la lettre n'exprime point l'année où elle a été écrite, il est visible que c'est en 1582, puisqu'elle est datée de Burgos au mois d'avril, et que la Sainte ne passa de mois d'avril dans cette ville qu'en 1582.