A MONSIEUR PIERRE DE CASAMONTE
La Sainte lui marque son estime et sa reconnaissance ; lui dit qu'elle souffre plus de ses maux que des siens propres; lui parle de ta séparation de province, et du désir quelle. a de [aire une fondation à Madrid.
h mai 1582. — La grâce du Saint-Esprit soit toujours avec vous , monsieur.
Il y a trois jours qu'une de vos lettres m'a donné une joie sensible , en m'apprenant le bon état de votre santé, que je prie Dieu de conserver. Je vous ai, monsieur, de si grandes obligations, qu'il est inutile de me solliciter de ne pas vous oublier devant le Seigneur : serait- il possible que je manquasse à m 'acquitter d'un devoir qui m'est si agréable?
Quoique j'honore véritablement madame votre épouse, je ne vous dis rien de son peu de santé, persuadée que c'est par les souffrances acceptées avec amour que Dieu vous veut sanctifier l'un et l'autre. J'ai souffert depuis peu d'extrêmes douleurs ; cependant, quelque aiguës qu'elles aient été , elles m'ont paru moins que rien en comparaison des vôtres , que je ressens bien vivement; mon mal était des plus fâcheux avec un grand dégoût , et je ne suis pas encore parfaitement guérie.
Je ne doute point, monsieur, que comme un véritable ami vous ne preniez une très-grande part à la séparation de province qui a été faite. Quelle joie n'auriez-vous point si vous aviez été témoin des peines qu'elle nous a coûtées ! Dieu soit loué de les avoir terminées si heureusement. Je le conjure, monsieur, de vous récompenser magnifiquement des bontés que vous nous témoignez en toute occasion. Mille compliments à madame votre épouse. Comme je souhaite ardemment la fondation de Madrid, je fais de ma part tout ce qui dépend de moi pour y aller bientôt. Dieu la fera réussir quand il lui plaira; mais s'il n'y met
la main, tous projets et tous efforts seront inutiles. Je le prie de vous combler de ses saintes grâces autant que le désire
Votre serrante, Thérèse de Jésus.
A Burgos, do notre monastère de Saint-Joseph, le h mai.
Voici, monsieur, des lettres de Grenade qu'on m'a priée de vous faire rendre.
REMARQUES
Sainte Thérèse était naturellement si sensible aux moindres plaisirs qu'on lui faisait, qu'on prétend que la reconnaissance était son caractère spécial , ej en quelque sorte sa passion il •min inlc. M. de Casamonle, pour qui elle montre ici une reconnaissance si vive, lui avait rendu de grands services, n'ayant épargné ni sa personne, ni ses peines, ni ses soins, ni ses biens pour l'établissement de ses monastères. 11 eut le bonheur <le l'accompSgner dans plusieurs de ses voyages, et d'assister, par ordre du roi Philippe II. au chapitre général de la séparation de province; apparemment pour prendre soin de la dép use de cette assemblée, que sa majesté voulut défrayer entièrement, par un effet de sa < i de ses bontés pour noire ordre.
Il est rapporté dans la Vie de sainte Thérèse, écrite par M. l'évêqoe de Terrassonne, que cet honnête homme étant à Saragosse dangereusement malade, la Sainte lui apparut, et lui dit de ne pas compter sur l'espérance que lui donnaient les médecins du ni ;a santé, parce qu'il mourrait immanquablement ce jour-là
même. Il reçut ce! arrêt du ciel avec bien de la résignation, et il mourut quelques heures après, selon que la Sainte le lui avait prédit, pénétré de reconnaissance de la laveur qu'elle lui avait laite.