‹ uvres tres-complètes de Sainte ThérèseChapitre 153 sur 201 · C)32 AVIS ET MAXIMES · texte numérisé non relu

C)32 AVIS ET MAXIMES

qui n'osant sugj:' rer à de lionnes âmes de faire de mauvaises actions, ou de quitter ies bonnes, leur en inspire de surérogalion, et les y attache tellement, qu'elles feraient grand scrupule de les omettre, et qu'y consommant leurs forces il ne leur en reste

pas assez pour remplir les vraies obligations, on pour les remplir co ' il faut. La

loi de Dieu, la règle, les constitutions, voilà l'unique devoir. Si l'on peut aller au-delà, et qu'on en ail la permission, à la bonne heure ; mais toujours sans le. regarder comme un devoir, et sans préjudice îles obligations de l'état.

XXVII. Les supérieures de leur coté ne doivent rien ordonner au delà; car elles ne son! pas établies 'pour faire des lois, mais pour veiller à l'observation de celles qui sonl-failes.

XX \ III. Il y en a qui, voulant faire les grandes zélatrices de la règle, se montrent rig eusesà chaque mouche qui vole, et voudraient qu'en un jour toutes les religieuses fussent comme mortes sans respirer. Mauvaise et très-mauvaise maxime. La mortification extérieure est à la vérité nécessaire pour conserver l'esprit de notre état ; c'est Pécorce qui conserve le tronc de l'arbre; ce sont les feuilles qui défendent le fruit : mais comme lccorce et les feuilles périront bientôt si la sève de l'arbre ne les anime, soyez persuadée que si la mortification n'est que de contrainte, si elle n'est vivifiée par le cœur, elle ne lardera pas à périr.

XXIX. J'ai vu des supérieures qui ennuyaient étrangement leurs religieuses à force d'ordres et de réprimandes ridicules, et qui avec cela n'avaient pas la force de faire exécuter les lois; commandant avec empire ce dont il eût tout au plus fallu prier, et priant timidement lorsqu'il aurait fallu commander : semblables à ces rodo- ■ ii ont s qui mettent î'épée à la main pour des riens, et qui dans- les combats nécessaires sont des poltrons à faire pi

XXX. Ordonne/, avec autorité ce qui est de précepte, et ayez une grande résolution à le faire observer : mais ce qui n'est que de conseil, contentez-vous de le conseiller, et d'y exhorter avec, amitié.

XXXI. Crier toujours, ne vouloir pas écouter les sœurs avec bonté, lorsqu'elles vont s'excuser, c'est une barbarie. Assurément Adam avait tort, et Dieu le savait bien : cependant Dieu l'écouta. Avons-nous de meilleur modèle?

XXXII. C'est une vérité d'expérience que pour consoler une sœur, ou pour la disposer à recevoir avec docilité tout ce qu'on jugera devoir lui dire ou lui ordonner, il suffit souvent qu'on l'ait écoulée patiemment : elle aurait cru ses raisons trèsbonnes, quoique mauvaises, si elle n'avait pu les expliquer; et celte persuasion lui aurait fait trouver de la dureté dans la correction : mais les a-t-elle exposées, elle entend raison cl se condamne.

XXXIII. On brouille, on rompt, on fait mille nœuds, lorsqu'on veut dévider trop vite un écheveau de fil. C'est ce que font les supérieures, quand elles veulent à la hàle comme dévider la perfection dans leurs religieuses.

XXXIV. Noire-Seigneur ne donna pas tout d'un coup la perfection à ses apôtres, mais peu à peu. Faut-il donc s'étonner que nous religieuses, quoique venues en religion pour mener une vie évangélique, et quoique à l'école des vertus, ne les apprenions pas toutes en un instant?

XXXV. Les âmes des sœurs sont des arbres dont la supérieure est la jardinière. Comme donc un jardinier, content de voir les arbres nouvellement plantés prendre racine, n'en attend pas d'abord du fruit, et ne perd pas espérance, quoiqu'ils soient du temps à en produire; la supérieure nedoii ni s'attendre que les âmes fructilient d'abord et toutes en même temps, ni se décourager quoique le fruit larde à y paraître. L'une commence seulement à prendre racine dans la vertu; une autre montre déjà des feuilles et une verdure qui réjouit ; et celle-ci fait voir des fruits naissants, lorsque celle-là en a de très-mûrs, cl assez abondamment pour nourrir la famille.

XXX\ I. t. 'est par on grand fond de sagesse que Dieu a voulu que les commencements de la perfection fussent humbles et pleins de travail, afin que, faisant l'expérience de noire faiblesse, nous rendissions à sa bonté la gloire de nos progrès.

XXXYU. N'exigez donc pas îles fruits d'une âme qui ne fait que prendre racine dans le bien ; el soyez contente quand vous en verrez une autre pousser des feuilles; les fruits viendront dans leur temps : mais1 pour celles qui auront été longtemps cultivées cl arrosées, ne vous contentez pas de leur voir des feuilles de quelque petite ferveur, et demandez-leur des fruits d'une vertu avancée ; en observant néanmoins que, selon la diversité des caractères, il faut aux unes beaucoup, et à d'autres peu de temps pour avancer beaucoup.

XXXVIII. Evitez autant qu'il se pourra de charger trop une sœur d'ordres ou d'obédiences : car si elle ne peu) allier ce que la règle lui prescrit avec ce que vous lui prescrirez, clic laissera là le devoir de la règle qui ne lui dira mot, el s'attachera à

Page 1