‹ uvres tres-complètes de Sainte ThérèseChapitre 154 sur 201 · DE LA MÊHE MARIE SE-SAINT-JOSEPH · texte numérisé non relu

DE LA MÊHE MARIE SE-SAINT-JOSEPH

vous obéir pour vous plaire, ou pour n'être pas grondée. Cependant ce n'est que pour faire garder la règle que vous avez l'autorité.

XXXIX. Je sais bien qu'il est des temps et des occasions où l'on ne saurait se dispenser de ces sortes d'arrangements : mais alors autorisez-vous de la règle même qui vous y autorise dans la nécessité; et faites sentir aux sœurs que si c'est s'écarter en un sens de la règle, c'est au fond la pratiquer. En un mot, n'enseignons, ne commandons, ne répondons que par cette maxime : // est écrit.

XL. Si une supérieure reçoit jamais une injure personnelle, qu'elle l'oublie, qu'elle n'en montre jamais du ressentiment : en user autrement, ce serait agir contre le précepte et contre l'exemple de Jésus-Cbrist.

XLI. Après qu'une sœur aura été corrigée d'une faute, ne lui en montrez jamais de mécontentement.

XL1I. Si l'on venait à s'en entretenir pour la blâmer , imposez silence , et prenez même son parti : par là vous lui prouverez qu'elle est vraiment pardonnée. On ne saurait croire ni combien ce moyen est puissant pour soumettre les cœurs, et spécialement ceux des filles ; ni quel est leur ennui lorsqu'elles croient que leur supérieure a toujours leur faute dans l'esprit ; ennui à crahuîre surtout cbez les carmélites, à cause de leur grande retraite. lié ! si elles n'ont pas une mère qui les soulage dans les occasions, quelle consolation auront-elles ?

XL11I. Le bon gouvernement dépend non seulement de la docilité des religieuses à suivre les volontés et les désirs de leur prieure, mais bien plus encore de son attention à se conformer à leur humeur, se faisant toute à tous, comme saint Paul, triste avec les tristes, gaie avec les gaies.

XLIV. 11 est bon et nécessaire de travailler : c'est la fonction de Marthe ; il est excellent et nécessaire de prier : c'est celle de Marie ; sans l'union de ces deux exercices, on ne saurait vivre en religion. Mais si une prieure aime tant le travail qu'elle paraisse n'estimer que celles qui travaillent ; ou si elle fait tant de cas de l'oraison qu'elle n'applaudisse qu'à celles qui emploient tout leur temps à prier : quel désordre ! je vous prie.

XLV. Encore pire si vous paraissiez aimer le parloir, si vous y étiez souvent et longtemps, fût-ce avec votre confesseur, et ce confesseur fut-il un saint : comptez que vos lilles en seraient mécontentes.

XLV1. Rien n'est plus à désirer que la communication franche, aisée, toute bonne de la prieure avec ses filles : car comme elle se conduira avec elles, elles se conduiront ensemble. Or rien est-il plus désirable pour une communauté que cette aimable union des sœurs? Rien est-il plus propre à les tenir contentes, malgré les austérités de la religion ? Aussi notre sainte mère Thérèse traitait-elle de la manière la plus franche et la plus familière avec la plus petite des sœurs.

XLVI1. Celte Sainte disait que comme une maison , pour bonne et somptueuse qu'elle soit, serait inhabitable, s'il n'y avait un égout pour les immondices, il y a aussi tant de misères dans les âmes, même saintes, qu'il leur faut nécessairement un égout pour s'en dégager; et que cet égout pour les religieuses était l'épanchement de confiance avec leur mère prieure, et sa bonté à leur égard.

XLV11I. Un autre égout nécessaire , ce sont les récréations : c'est pourquoi non seulement notre sainte mère en a prescrit aussi bien que des pénitences, mais elle eu cherchait même pour éloigner de ses filles toute mauvaise humeur. Ayez donc soin qu'on ne s'éloigne pas de celles que la règle marque. C'est une nécessité à notre nature de se délasser quelquefois; elle succomberait sans ce secours, et il pourrait sur- ! venir des tentations à craindre. Si on n'en a pas dans le couvent, on en recherchera du dehors ; et si une fois il y en vient du monde, usàt-on de mille excommunications pour retenir l'esprit de notre état, je le tiens perdu sans ressource. On dira, si l'on veut, qu'en des personnes qui font profession de pénitence les récréations ne sont que de l'ordure et du fumier; j'en conviendrai : mais le fumier qui engraisse les terres maigres les rend fertiles; et nos âmes sont des terres bien maigres.

XL1X. Pour que la mère prieure se concilie de plus en plus le cœur de ses filles, il convient que lorsque le bon ordre ne sera pas intéressé dans ce qu'elles désirent, elle les favorise auprès du supérieur, qu'elle excuse leurs défauts, que dans les occasions elle les instruise de ce qu'elles ont à faire pour bien réussir, qu'elle supplée à leur ignorance , qu'elle les aide , et qu'elle leur fasse honneur de son propre travail.

L. Ce n'est pas qu'il faille craindre de les attrister, quand le bien commun ou leur propre avantage l'exigera ; au contraire, plus on les aime, moins on doit leur tolérer ce qui pourrait déplaire à Dieu et leur être préjudiciable : mais c'est qu'il faut faire en sorte qu'elles ne puissent point s'imaginer (pie la conduite qu'on tient à leur égard,

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