t'* AVIS ET .MAXIMES
vienne on do ce qu'on les aime peu, ou de ce qu'on les méprise.
1.1. Comme Notre-Seigneur pril part à l'affliction de Madeleine, jusqu'à on pleurer, oi jusqu'à en ressusciter le frère, montrez que vous ressentez beaucoup les peines do
vos religieuses, et ressentez-les eu eil'ei; laites connaître que ce qui los afflige vous afflige ; et regardant louis parents comme los vôtres, faites-leur honneur, et consolez-les dans leurs peines. L'utilité de celte conduite est dos plus grandes ; car s'il est certain que rien n'est plus important pour la perfection des carmélites que d'être détachées do leurs parents, il ne l'est pas moins que le plus sur moyen de faire qu'elles les oublient, c'est que la supérieure paraisse s'en souvenir comme si exilaient les siens propres ; cl par-là elles s'affectionneront de plus en plus à leur saint état, y trouvant de si aimables ressources.
LU. Avez grand soin aussi de pourvoir à leurs besoins, devinant même leurs peines et leurs infirmités pour les en soulager. Oui, devinez-les; vous devez vous y étudier. Si vous le faites, je vous réponds que vous les venez s'oublier elles-mêmes, et penser d'autant moins à ce qu'elles souffrent qu'elles vous en verront plus occupée ; comme aussi elles y penseront jour et nuit, si vous n'y pensez pas.
LUI. Mais loin de nos maisons ces prieures qui vont devinant les fautes de leurs religieuses. Ne fuyez rien tant que de penser à leur désavantage sans bonne preuve : si elles apercevaient en vous oo défaut, ce serait leur porte.
LIV. Quand vous aurez à corriger une sœur, parlez-lui vous-même. En vain Elisée envoya- l-il son bâton par Ciési son serviteur; le mort ne ressuscita point • il fallut, pour lui rendre la vie, que le prophète allât en personne se mesurer avec lui. Ce n'est au>si qu'à la voix du pasteur qu'obéissent les brebis; elles n'entendent que lui. Parlez donc aux sœurs faibles ou coupables ; qu'elles entendent votre voix ; et vous remédierez à tout.
LV. Si l'union, la ferveur, les autres vertus chrétiennes et religieuses régnent dans votre monastère, c'est à Dieu que vous devez en rapporter la gloire, puisque ces biens ne viennent pas de votre fond : mais comptez cependant sur la récompense, parce que vous aurez fait ce qui dépendait de vous; comme vous devez trembler si la règle s'y perd, et si la discorde s'y introduit.
LYI. 11 n'est pas possible que dans les plus saintes communautés il n'arrive jamais quelque petit trouble, quelque légère contention ; la société même dos apôtres n'eu fut pas exempte. Que doit faire alors la supérieure? Quille;- sa cl arge? Personne ne la garderait, si c'était là une raison suffisante pour l'abdiquer. S'affliger, perdre courage? C'est souvent à quoi tend le démon. Laissez passer ce tourbillon, car il passera de lui-même ; et bientôt on verra la tranquillité renaître. Mais si ce sont des inimitiés, des jalousies, des colères, des querelles, et que la prieure ne puisse venir à bout de les éteindre, je lui conseillerais de faire auprès des supérieurs t\o grandes instances pour être déchargée ; la persévérance du mal, malgré la persévérance de ses soins, étant une forte marque qu'elle n'est pas propre à gouverner.
LVII. Reste à parler des confesseurs , de qui dépend extrêmement le salut ou la perte des communautés. Ceux dont le langage est séculier, ou contraire à celui de notre saint état . ayez grand soin de les fuir et de les écarter. Ceux que vous verrez être saints et remplis de prudence, ayez grande attention à vous les conserver. Ceux qui, sans être fort spirituels et fort prudents sont néanmoins paisibles, se défient d'eux-mêmes, prennent avis dans les occasions, désirent le bien, et ne se mêlent que de ce qui les regarde ; ils sont passables, conlenlez-vous en.
LYI1I. Il en est d'une autre sorte que je désire plus que je n'espère bien dépeindre, tant ils se travestissent à tous moments. Ce sont des hommes mélancoliques pour l'ordinaire ; et, s'ils le sont entièrement, et qu'avec cela il s'y mêle de PIrvpocrisie, on ne saurait croire combien ils sort pernicieux. Ambition secrète, duplicité , singularités, entêtement dans leurs idéi s, c'est la leur propre caractère : non que chacun d'eux ait tous ces défauts, ou qu'ils les aient avec connaissance et par malice; mais c'est qu'ils en ont la plupart, et cela si naturellement, qu'ils en sont entraînés sans même qu'ils s'en aperçoivent.
LIX. Los voies par où ils conduisent sont si obliques, qu'il est impossible de los démêler. Amis do la singularité, ils n'estiment point les choses communes. C'est à pénétrer los caractères et a séparer les coins pour se les attirer qu'ils s'attachent d'abord : et s'ils voient les religieuses désirer avec ardeur d'avancer dans la vertu, ils se disent bien au fait des obstacles qui s'y opposent, et des meilleurs moyens d'y parvenir ; ils promettent do donner tous leurs soins à leur avancement spirituel ; et voilà les bonnes filles enchantées d'avoir dos pores si charitables et si éclairés.
LX. Mais comme leur but est de connaître les inclinations afin d'assujétir, dos qu'elles viennent à avoir quelques scrupules, ils les exagèrent, et les leur représentent
DE LA MÈRE ' DE— S1IXT-J0SEPU.
comme une marque certaine qu'une coi • ssaire. Trouble
alors dans ces pauvres lille>. grande confusion. Comme celle confession n*esl au fond nullement nécessaire, qu'aucun mouvement île Dieu n'y excite ei n'y soutient, elle leur c<>ùie horriblemeni-; et cependant elles la font, parce qu'il est juste d'obéir. De là, nul avantage, et mille inconvénients.
l.XI. Inconvénients plus grands encore, si les religieuses qui se conduisent par ni; tel confesseur sont, comme lui. mélancoliques : car aimant à leur tour le singulier et le particulier, selon le génie des personnes de cette humeur, tous les jours il faut qu'elles lui parlent , et ce sont des entretiens qui ne finissent pas. Qu'en arrive-t-il? On les voit bientôt se dégoûter de la direction ordinaire, faire peu de cas de ce qu'elles pratiquaient ci-devant , paraître mécontentes de tout ce que la supérieure ordonne; et s'il leur arrive quelques petites mortifications, il faut promplement qu'elles aillent exposer leur innocence et leur affliction au père, qui de sa part les écoute longuement, les plaint, entre dans leur ressentiment.
LXII. La supérieure voyant cet excès \eut le modérer : voici la guerre : le confiseur et les pénitentes se plaignent qu'elle se mêle des confessions , et qu'elle tient les consciences dans la gène ; il leur dit qu'en tels cas elles ont droit de parler au confesseur, sans que la supérieure puisse le leur ôler ; que la constitution le leur donne, et qu'il est des occasions où elles ne sont pas obligées d'obéir; les rendant p.ir-là maîtresses de leur temps et d'elles-mêmes. Ainsi les constitutions qui introdu sent Dieudaps les âmes, servent au démon pour y entrer, en y semant l'esprit de désobéissais .
LX1II. Hélas! quand même ces pauvres abusées n'emploieraient qu'à se pin il tout le temps qu'elles passent avec le confesseur, ne serait-ce pas encore un alius pitoyable? Que dirait-on d'une épouse qui mcltrail tant de temps .1 s • parer, qu'il ne lui en resterait point pour demeurer et pour s'entretenir avec son époux ? C'est là au vrai ce que font ces Mlles à longues et perpétuelles directions. Croyez-moi : après que par une confession pure et courte voit- avez satisfait à votre conscience, vous recevrez mille lois plus de psofil a vous entretenir avec Dieu qu'à converser avec le confesseur.
LX1V. Une autre méthode de ces confesseurs sournois et mélancoliques, est d'avoir quelquefois une faeiliié extrême, et d'autres fois de permettre à peine de respirer. Mais le temps où leur génie s'étale le mieux, c'est celui où il commence à s'élever des mécontentements contre la supérieure : car comme ils sont naturellement soupçonneux, et que d'ailleurs il est de leur caractère de n'aimer guère les supérieures qui ont l'œil sur tout, avec une parole de l'une et un scrupule de l'autre, ils ourdissent une confusion dont la pauvre supérieure est désolée sans pouvoir y remédier. Pour prévenir le mal, ayez donc grand soin , si jamais vous venez à découvrir dans les confesseurs qu'on proposera quelque ebose de ce caractère mélancolique et cacbé, de les écarter au plus tôt ; le mal une fois fait, je n'y vois plus de remède.
LXV. Heureuse la supérieure, heureux le confesseur qui ont maintenu dans la paix une communauté ! leur satisfaction doit être grande, puisque le Dieu de paix y régne par leur moyen. C'est à la ci nseiver. et à perfectionner l'union que la supérieure doit veiller sur toutes choses. Façonnez en effet, cl polissez tant qu'il vous plaira les pierres île l'édifice de la Religion , si la charilé ne les unit, ce seront de belles pierres sans liaison, et ce sera un édifice à crouler au moindre orage.
LX VI. Si pour faire d'une communauté une société de bénédiction, la supérieure a tant ei de si difficiles devoirs à remplir, les inférieures ne sont pas moins obligi î d'y contribuer par une prompte el entière obéissance. En ci la consiste tout leur devoir: et si elles le remplissent , elles ont satisfait à li obligations : comme aussi, si elies y manqui ni, la supérieure aura beau éire parfaite, les propi perdront et les particulières et la communauté.
LXVII. Supérieures, employez tous vos soins à faire observer à vos filles ce qui est commandé par la règle et par les constitutions louchant l'oraison , sans laquelle j'ose dire que les aures devoirs seront onéreux, impraticables; sans laquelle les religieuses n seront que dos corps sans àme. En vain se diraient-elles carmélites el filles de 1 1 aère Thérèse de Jésus : il n'y aurait plus pour elles de mère Thérèse ; elles ne souvent point ses filles; car c'est l'oraison qui les fait discerner, et c'est de l'oraison que naissent les vertus qu'elle nous a laissées par suecess
I. XVIII. Ces verlus sont d'être véritables dans nos paroles ; franches dans notre
nversation ; éloignées de toute hypocrisie el de toute singularité ; di parents et de toutes les choses du monde ; affables el courageuses : enfin pariaitemi al 1 liéissantes. Que cette sainte mère, qui a obtenu de Dieu pour elle-même tant de grâces, nous obtienne à nous celle-ci , pour que nous puissions lui être semblables. Ainsi soit-il.
63R lettre clxviîi.