‹ uvres tres-complètes de Sainte ThérèseChapitre 156 sur 201 · A LA RÉVÉRENDE MÈRE THOMASSINE BAPTISTE, PRIEURE DD MONASTÈRE · texte numérisé non relu

A LA RÉVÉRENDE MÈRE THOMASSINE BAPTISTE, PRIEURE DD MONASTÈRE

PREMIÈRE

La Sainte lui marque la part quelle pend à la maladie d'une sœur ; lui ordonne de se conserver ; lui recommande les malades; lui défend et lui permet la quête, selon la différence des temps; la charge de quelques compliments ; l'exhorte à prier pour le père provincial ; et lui parle de quelques voyages quelle doit faire.

9 août 1582. — Jésus soit toujours avec votre révérence, ma chère fille.

Je suis sensiblement touchée de la maladie de la sœur dont vous me parlez : outre que c'est une excellente religieuse que je regretterais beaucoup , ce vous est , ma chère mère , un étrange embarras dans la conjoncture présente, d'avoir des malades à assister. Donnez-m'en des nouvelles le plus soin ont que vous pourrez, et ne vous approchez point si près de son lit, de peur que vous ne tombiez aussi malade : votre présence n'est nullement nécessaire à sa guérison ; et l'on peut en votre absence l'assister, la soulager et en avoir un fort grand soin. Vous savez que. je vous ai prescrit d'avoir une charité compatissante pour les malades, et je sais que vous n'en manquez pas : ainsi ce n'est que pour vous renouveler dans ces bonnes dispositions que je vous en parle ici : le désir que j'ai qu'on ne néglige rien pour leur soulagement est si vif, que je ne cesse point d'y exhorter toutes les prieures.

La proposition que vous me faites , ma chère mère , de faire quêter pour vous dans la ville , me désole , et je ne puis comprendre que vous me demandiez ce que je souhaite que vous fassiez à ce sujet. Je vous ai dit tant de fois qu'il est pour vous de la dernière conséquence, qu'on ne sache pas que votre monastère ne possède aucun revenu, ce qu'on ne manquerait pas de savoir si vous vous avisiez de faire quêter. C'est, si je ne me trompe, un point de constitution, de ne riendemander, à moins que la nécessité ne soit bien grande; et vous n'êtes pas, Dieu merci, dans cette extrémité ; car madame de Tolosa m'a promis de vous donner peu à peu la légitime de ses filles.

Quêtez, à la bonne heure , lorsqu'on saura que vous n'avez aucune rente ; mais à Dieu ne plaise que vous le fassiez présentement que tout le monde est persuadé que vous avez du bien , et que vous ne manquez pas du nécessaire. Croyez-moi, ce que vous gagneriez par cet endroitlà, vous le perdriez par mille autres. Il vous sera donc plus avantageux de parler de ma part à vos messieurs , et de leur représenter le besoin où vous êtes de quelque assistance.

Je me souviens de vous avoir déjà priée de leur faire mes respectueux compliments : aujourd'hui je vous donne procuration de leur dire en mon nom tout ce qu'il vous plaira; ainsi vous ne mentirez point. Il fait ici un chaud excessif; la matinée d'aujourd'hui a cependant été un peu plus fraîche qu'à l'ordinaire : j'en ai eu de la joie pour votre malade qui

doit souffrir beaucoup ; car je suis persuadée que le chaud n'est pas moins brûlant à Burgos qu'en ces quartiers-ci.

Dites, s'il vous plaît, à monsieur Aguiard, votre médecin, qui doit entrer tous les jours chez vous, que je nie trouve fort ma! de ne le plus consulter; que j'ai reçu sa lettre avec plaisir, et que la pensée que j'ai eue qu'il ne serait pas bien aise de m écrire souvent , m'a empêchée de répondre plus tôt à sa lettre.

Témoignez la même chose à monsieur Manso; car c'est par le même motif que je n'ai pas l'honneur de lui écrire aussi souvent que je le voudrais. Donnez-moi de ses nouvelles , et faites-lui, je vous prie, bien des compliments de nia part, de même qu'au P. maître Matha. On envie fort ici le bonheur de votre communauté, d'avoir un si excellent hommepour confesseur.

Le père provincial m'a écrit d'Almadouar : il se porte parfaitement bien. Ne laissez pas cependant de prier Dieu de ne permettre point qu'il aille dans l'Andalousie ; il me parait avoir bien de l'attrait à y aller, et à souhaiter que j'aille à Salamanque et à Alve avant que de retourner à Avila. J'ai déjà écrit à Alve que je m'y rendrais bientôt, et que je pourrais y passer tout l'hiver.

Mes amitiés à la mère sous-prieure et à la sœur Béatrix : dites-leur, s'il vous plaît, que leurs lettres m'ont beaucoup consolée, et que je les ] rie de me pardonner si je n'y réponds pas lorsqu'elles ne sont pas de conséquence.

Je prie Dieu, ma révérende mère , d'être toujours avec vous, de vous conserver et de vous sanctifier de plus en plus. Toute à vous,

TUÉRÈSE DE JÉSUS.

C'est aujourd'hui la veille de S. Laurent.

REMARQUES

Dom Pedro Manso, dont la Sainle parle dans celle lettre , fut depuis évèque de ëalahorra, et avait clé son confesseur à Burgos.

Pour Antoine Aguiard, c'était un médecin de Burgos, qui lui avait rendu mille bons offices dans l'établissement de son monastère.

Sainle Thérèse écrivit cette lettre à Palence, à son retour de la fondation de Burgos, l'an 1582.

LETTBE CLX1X.

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