SUR LA VIE DU PÈRE JEROME GRAT1EN DE-LA -MÈRE-DE-DIEU
Comme nous venons de trouver dans celte dernière lettre, écrite par sainte Thérèse un mois avant sa mort , la même cordialité , la même confiance , le même respect pour le père Jérôme Gralien, dont elle avait tant et tant de l'ois donné des marques dans les lettres précédentes ; et qu'on sait néanmoins qu'il fut traité dans son prepre corps comme un criminel : serait-ce, disais-jc en moi-même, que la Sainte se serait trompée jusqu'à sa mort sur le compte de ce père? Dans celle perplexité, j'ai jugé important d'en voirie procès; soit pour montrer que la sainteté même d'une Tlkiièse ne garantit pas toujours de longue surprise , s'il se trouve coupable ; ou pour justifier la constance des sentiments qu'elle eut pour lui, si nous le trouvons innocent.
Cest une chose publique , dit le père François de-Sainte-Marie , historien de la réforme du Carniel (I), que le père Jérôme de-la-Mère-de-Dieu a quille l'habit de notre réforme, cela ayant éclate en son temps, non seulement dans l'Espagne, mais encore dans l'Italie et dans la Flandre ; el s'etanl depuis divulgué de plus en plus chaque jour par plusieurs auteurs étrangers, dont l'un a été si téméraire que de dire que nous l'avions citasse de notre réforme très-injustement. Etait-ce témérité, ou était-ce vérité que ce discours? C'est ce que j'ai dessein d'examiner;
Déjà l'on a dû remarquer dans plusieurs lettres de ce volume que des semences de mécontentement et de chagrin contre le père Gralien germaient dans quelques-uns des principaux pères de la réforme. Si elles n'éclatèrent pas dès lors, c'est que sa qualité de provincial imposait, et qu'on était retenu par les égards dus à sainte Thérèse, dont la confiance pour ce père élait aussi connue qu'elle était parfaite. Ce dernier obstacle levé par la mort de la Saint.1, on commença à parler plus haut ; en sorte que le père Gralien, ayant célébré l'année d'après , c'esl-à dire en 1585 (2), le second chapitre provincial au couvent d'Almadouar, les plaintes contre lui furent vives. Il fallut pourtant se contenir, ce père ayant encore quatre ans à être provincial. Enfin, le temps de son gouvernement étant expiré au chapitre qui se tint à Yalladolid eu 1587, l'ardeur ou l'amertume du zèle se développant à l'aise, on le relégua dans les Indes avec douze compagnons, afin, disait-on , d'y travailler à la conversion des inli- ' dèles. Mais comme on crut dans le monde connaître l'aiguillon qui piquait ses adversaires , el qu'on y était pénétré d'estime pour lui , non seulement le prince cardinal l'archiduc Albert d'Autriche, le marquis de Sainte-Croix , tous les seigneurs, tant portugais que castillans, et le nonce du pape s'opposèrent à son départ lorsqu'il allait s'embarquer sur la Hotte , mais encore le roi voulut qu'il s'arrêtât en Portugal pour l'intérêt de son service; et ie nonce le chargea de la commission également difficile et honorable de faire la visite dans les couvents de cannes mitigés de ce royaume ; commission dont il s'acquitta avec tant de sagesse, que les fruits en furent admirables, et que ces pères en montrèrent une satisfaction très-grande, comme une très-grande édification.
Mais loin que ces nouveaux services rendusà l'Eglise el à son ordre eussent la force d'éteindre ou de ralentir le zèle dont on huilait conlre lui, la violence au contraire en augmenta tellement, que le 17 février 1592 on prononça une sentence par laquelle il fut dépouillé de l'habit de l'ordre, expulsé de la religion, et déclaré avoir encouru
(1) Histoire générale des carmes déchaussés, lom. 2, liv. 5, chap. 11. (V) La succession du saint prophète Elie, de, chap. 277.
SUR LA VIE DU R. PÊRÈ JÉRÔME GRAT1EN DE-LA-MÈRE-DE-DIEU, (r,.-)
des censures réservées au Saint-Siège ; avec cette addition singulière, qu'on réservait au tribunal de l'Inquisition l'examen de la mauvaise doctrine qu'il avait semée dans l'ordre. Telle fut la récompense que reçut de ses confrères le père Jérôme Gratien , cet homme dont les commencements avaient été si saints et si brillants; qui, avant que d'être de leur réforme, l'avait tant exaltée et lui avait acquis de grands sujets; qui, depuis qu'il l'eut embrassée, et lorsqu'elle était encore dans le berceau , en avait été comme la lumière, le conducteur, le soutien, le père, le législateur ; qui, pour la défendre, n'avait pas appréhendé les persécutions, les calomnies , la prison; dont les talents et la piété avaient fait l'admiration de toute l'Espagne; que Thérèse enfin, leur sai;ite mère, n'avait cessé de chérir et de respecter. Qui croira qu'un tel homme ait mérité un si terrible et si ignominieux traitement?
Cependant, et c'est là rembarras , il est certain que parmi ceux qui conduisirent cette procédure, ou qui s'y prêtèrent, il y avait des hommes très-vénérables par leurs vertus : serait-il possible qu'ils eussent frappé si cruellement l'innocence, ou même qu'ils eussent sévi avec tant de rigueur et d'éclat contre des fautes qui n'auraient pas été capitales?
Dans celle incertitude j'aurais bien souhailé entendre les deux parties : mais n'ayant pu découvrir ni la Vie du père Gratien , écrite par le père André de Marmora, ni les écrits composés dans le temps et publiés en sa faveur, il a fallu me contenter de ce qu'ont écrit le père François dc-Sainte-Marie dans sou Histoire générale des carmes déchaussés, et le père Louis de-Sainle-Thèrèsc, dans le livre intitulé : la succession du saint prophète l'Aie en l'ordre des carmes, et en la réforme de sainte Thérèse. Si c'est une grande perte pour la cause du père Gratien, puisque par-là nous serons privés des preuves que ses admirateurs et ses amis apportèrent de son innocence, nous aurons du moins cet avantage, que les deux ouvrages ayant été composés , le premier par l'ordre même des adversaires de ce père , l'autre par celui des premiers supérieurs de- la réforme, qui ne pouvaient avoir l'intention de le flatter, nous aurons un droit incontestable de le croire presque irrépréhensible , s'il ne s'y trouve que peu chargé.
Les accusa tionsconlre lui furent au nombre de sept, selon le père François de-Sainte- Marie (1). 1° Le père Gratien était trop porté à l'extérieur pour le service des âmes. 2" Il était trop doux, se faisant une extrême violence pour corriger, quoique trés-courageux dans les entreprises les plus difficiles. 5° Il se donnait à lui-même bien des dispenses, sous prétexte de ses grands travaux. b° Quoique le chapitre général lui eût donné pour compagnon ou assistant le père Nicolas, il imagina de l'envoyer en Italie; et ce projet ayant manqué, il le fit son vicaire provincial dans la Castille. 5" 11 donna sujet aux abus des révélations parmi les carmélites, en donnant trop de croyance à ces sortes de faveurs. 6" Il accorda à ses filles trop de liberté pour les confessions. 7° Destitué de ses emplois, ses supérieurs lui imposèrent une pénitence assez niéuiocre, et il refusa de s'y soumettre.
A ces griefs le père Louis de-Sainte-Thérèse en ajoute un autre qui, suivant les apparences, ne fut pas le moins relevé. C'est qu'on soupçonna qu'ayant été consulté par la mère Anne-de-Jésus avant qu'elle sollicitât à Rome le bref dont nous avons parlé dans la note sur la 05e lettre de ce volume, page -410, bref dont le père Nicolas fut si outré, il avait approuvé l'idée et l'entreprise de cette mère.
Voilà tous les défauts et tous les torts du père Jérôme Gratien, au témoignage même des historiens dont la fonction et le but n'étaient pas assurément de le blanchir. Si mes lecteurs n'en sont pas effrayés, ses juges en curent horreur, tant leur perfection était surangéiique. Question cependant si le zèle qui les anima ne fut pas trempé dans l'humeur; et si, contre les règles de la justice, le châtiment n'excéda pas les fautes. Je vais lâcher d'éclaircir la question avec le plus sincère désir de connaître la pure vérité, et en même lemps sans préjudice de la vénération que méritent plusieurs de ceux que je serai peut-être forcé de blâmer.
D'abord les autres victimes du zèle de ces juges nie reviennent à l'esprit. Un bienheureux Jean de-la-Croix, cet homme si saint, la gloire de leur ordre, qu'ils destituent de toute charge, qu'ils relèguent aussi dans les Indes (2), qu'ils traitent avec inhumanité ! Une mère Anne-de-Jésus , si digne d'être respectée pour ses services, comme pour son éminente sainteté, et nombre d'autres saintes carmélites, à qui ils font éprouver les rigueurs d'une autorité terrible ! Voilà les coupables qu'ils associent au père Gratien dans le châtiment. Quels criminels ! quel zèle ! Après de si étranges bévues contre des personnes si respectables, n'est-il pas bien permis de craindre de l'aveuglement dans ce qui fut fait contre ce père?
\) Histoire générale des carmes déchaussés, chap. 11, 12, 27. 2) 11 mourut avant de partir.
0^,6 DtTAll.S 1£T REFLEXIONS
Mais comment le père François de-Sainte-Marie prouve-l il que l'auteur (1) qui accuse les carmes d'avoir injustement chassé de leur réforme le père Gralien, est iih téméraire, coupable d'évidente calomnie ? Ceci mérite grande attention. 11 assure qu'il peut parier de celte affaire très- perlim mment , non seulement pour i voir très-particulier enn1 m connu ce père, et pour avoir su toutes les m'unis que ses défais- tirs alléguaient en su faveur; mais encore parce qu'il a remarqué , dans Us Unes des Actes des chapitres et des tlefniitoires provinciaux de la réforme, ce qui s'est traité sur ce sujet ; et qu'il a oui les juges qui ont porté sentence contre lui. On ne pouvait être plus a portée de. connaître ions sis crimes. Ile bien '. que nous apprend-il? C'est qu'il n'a pu trouver que le père Gralien ait commis d'offense mortelle; et que sans oser l'excuser de faute griève^ il n'oserait non plus l'en accuser. Qui n'en serait surpris? Est-ce donc ainsi qu'il convainc de témérité cet écrivain ? Mais quelle justice de sentencier , de dépouiller de l'habit de sa profession , d'expulser ignominieusement de son ordre, je ne dis pas un très-grand homme, un père Gralien, niais un simple frère lai, qui serait innocent de faille mortelle , et qu'on n'oserait môme accuser de faille griève ?
L'aveu du père Louis de-Sainie-Théièse n'est pas moins important. Le soupçon qu'on eut, dit- il, que la mère Anne-de-Jésus ne se serait point déterminée, sans avoir pris le conseil du père Gralien, à solliciter le bref qu'elle obtint, joint à linéiques mécontentements que quelques religieux avaient reçus de lui pour les corrections qu'il leur avait fuites en ses visites, avec l'envie qui suit les grandes œuvres, fit qu'on éplucha les plus innocentes de ses actions et de ses parâtes, et qu'on le jugea criminel en l'un et en l'autre. Le dépil et l'envie eurent donc bien de la part à ce jugement. Le moyen qu'il nous soit respectable?
Il doit l'être d'autant moins, que la plupart des griefs contre le père Gralien lui avaii ni éié objectés dès le temps de sainte Thérèse, comme on a eu lieu de l'observer dans plusieurs lettres de ce volume; et que néanmoins , loin qu'elle en ait changé de sentiments à son égard, elle ne cessa au contraire jusqu'à sa mort de le chérir comme son père , et de le respecter connue un saint. Qui préférer , de celle admirable fille , donl l'esprit et le jugement égalaient sa grande sainteté, ou de ces juges, dont on avoue ipie plusieurs étaient piqués de vengeance et de jalousie?
Peul êire néanmoins que l'examen particulier des accusations nous désabusera de nos préventions en faveur de ce père. On dit (2) que pleinement convaincu qu'une des obligations des carmes déchaussés était de travailler à la conversion des pécheurs cl des hérétiques, il se répandit trop au-dehors, prêchant partout, composant des livres pour la collection des munis et pour la défense de la Religion, faisant des leçons publiques de l'Ecriture sainte à Séville et à Alcala ; système qu'il introduisit parmi ses religieux, employant le père Anguslin-des Mois à enseigner la théologie à Grenade, eMonnant trop de liberté aux confesseurs et prédicateurs, jusqu'à tolérer qu'ils mangeassent chez des séculiers dans l'intention de les convertir. f)e-là bien des inconvénients : sorties fréquentes ; dispenses trop faciles des jeûnes de règle, de l'abstinence cl du chœur ; enfin affaiblissement sensible dans l'esprit de pénitence, de retraite et d'oraison. Tel fut le premier sujet de plainte contre lui ; et si nous ne savions que l'envie y ajusta ses couleurs, je conviendrais qu'il y avait de quoi alarmer ceux des pères de la réforme dont le zèle était pur.
Hais aussi avaient-ils tant raison de lui soutenir que l'état des carmes est purement contemplatif, et qu'il n'est actif qu'accidentellement ? Il ne me convient point de prononcer ; d'autant plus qu'à juger des moyens de part et d'autre par l'extrait qu'en fait l'historien, la question me parait assez problématique : des deux cotés raisons fort apparentes. Je dirai seulement que sainte Thérèse, loin de désapprouver que les carmes de sa réforme s'adonnassent à la prédication, était charmée quand ils y réussissaient. Quelle joie au récit des talents et des sucres apostoliques du père Gralien ! Quantité de ses lettres en font foi. Quelle consolation après qu'elle eut entendu le père Antoine de-la-Mère-de-Dieu ! /( nous a fait, écrivail-elle (5), trois sermons ravissants..,. Bien ne me donne plus de joie, que de trouver un tel talent dans les religieux de notre réforme.
Donnons néanmoins que l'opinion du père Gralien ne fût pas la meilleure. Mais puisqu'il n'avait point maltraité les pères qui ne pensaient pas connue lui, ne pouvaient-ils pas, quoiqu'il ne pensât point comme eux, le laisser vivre ? A la bonne heure que devenus les maîtres ils tinssent wne. conduite différente de la sienne; ils auraient suivi leurs lumières , et je n'aurais qu'à les en louer. Mais qu'ils aient déshonoré, qu'ils
(1) Histoire générale des carmes déchaussés, loin. 2, chap. Il, 12, 27.
(2) Histoire générale des carmes déchaussés, liv. ;>, chap. 1 1. (ôj Lettre lïô de ce volume.
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aient accablé un aussi grand homme par haine pour un système de gouvernement, le moins bon peul-èlre, et point bon si l'on veut, mais qui au fond, n'ayant rien de contraire à l'Evangile, el se trouvant appuyé de raisons au inoins très-probables, pouvait facilement être justifié par l'intention; n'était-ce pas suivre un zèle bien plus impétueux que sage et éclairé?
Encore moins d'égards pour le second motif de ce zèle. Le père Gralien était trop doux, disaient-ils, trop indulgent, trop compatissant; il lui en coûtait trop pour reprendre ; il ne reprenait pas assez. Ne serait-ce pas qu'ils étaient eux-mêmes trop rigides; qu'ils reprenaient trop souvent, trop rudement'/ Car comme la simple fermeté parait à la lâche condescendance être une dureté, la simple bonté est do même une criminelle faiblesse aux yeux de la sévérité. N'hésitons pas à le dire : il est certain que plusieurs de ces pères donnaient dans l'excès de rigueur, et tout-àfait incertain que le père Gralien donnât dans celui d'indulgence. Que sainte Thérèse nous juge.
Comment parle-t-elle du père Antoine-de-Jésus , l'un des censeurs du père Gralien ? Avec grande estime de sa vertu ; c'était un saint homme : mais elle en condamne fortement la sévérité. Comment s'explique-t-elle au sujet du père Jean-de-Jésus, autre adversaire de ce père ? Très-honorablement par rapport à sa grande piété, mais avec une sorte d'indignation de la dureté de ses règlements. Que disait-elle louchant le père Nicolas , joge principal du père Gralien ? Mille biens à certains égards, surtout pour sa sainteté ; mais nul bien de son caractère, le blâmant et le jugeant à craindre, ainsi qu'on l'a vu dans plusieurs lettres; et le traitant de farouche en lui écrivant à lui-même. Ainsi pensait celte fille, aussi prudente et éclairée qu'elle était sainte et remplie de zèle au sujet des pères â qui la douceur du père Gralien était si odieuse.
Quelle différence quand elle parle de lui ! Ouvrons le livre de ses Fondations, pour oublier ici cent traits épars dans ses lettres, traits qui montrent si clairement l'esiime qu'elle faisait de sa douceur et de sa manière de gouverner. Par une faveur particulière de Dieu, dit-elle (1), sa conversation est si agréable qu'on ne saurait le voir sans l'aimer, ainsi qu'il l'est de toutes les personnes qu'il gouverne, parce que encore que sa passion pour l'avancement des âmes ne lui permette pas de dissimuler aucune faute , il reprend d'une manière si douce, qu'on ne saurait s'en plaindre. Voit-on comme elle applaudit à celte douceur? Mais un supérieur qui, quoique très-doux, est pourtant si attentif el si aident pour l'avancement des âmes, qu'il ne leur passe aucune faute , est-il donc d'une indulgence à mériter des foudres?
Les filles pensaient des uns et des autres comme la mère. Tremblantes dans l'appréhension d'avoir pour supérieur quelqu'un de ces pères durs et austères, sainte Thérèse nous apprend qu'elles furent au contraire transportées de joie à la nouvelle que le père Gralien avait été élu provincial. Aurait-il lant plu à des filles d'une ferveur la plus admirable, s'il eût porté la douceur jusqu'à la faiblesse?
Que pensa en particulier l'illustre mère Marie de-Saint-Joseph, lorsqu'après la mort de sa sainte mère, elle devint le témoin des malheurs du père Gralien, car elle en fut le lémoin lorsqu'elle élail à Lisbonne? On peut voir dans le livre de la Succession du saint prophète Elie , etc., chap. 277, les lettres qu'elle écrivit à M. de Breligny , le 12 avril 1587 et le 11 février I5S9, sur les premières disgrâces de ce religieux respectable : à quoi si l'on veut ajouter plusieurs de ses maximes que j'ai recueillies , maximes qui , en faisant l'apologie de la douceur dans les supérieurs , sont une censure des supérieurs toujours prêts à punir ; on verra qu'au jugement de celte sainte et sage prieure, le père Gralien n'avait que la mesure de bonté qu'il faut avoir, el que plusieurs de ses adversaires étaient rigides jusqu'à un excès fort répréhensible.
Misère de l'homme ! Ce père ne savait pas corriger, nous dit-on ; il lui en coulait trop pour reprendre ; et c'est pour celle raison que de saints religieux l'entreprennent, le senlencient, le chassent de l'ordre : mais on nous dit aussi qu'il se joignit à eux des religieux mécontents de lui pour les corrections qu'il leur avait faites en ses visites : c'est le père Louis de-Sainle-Thérèse qui nous l'apprend. Le père Gratien savait donc reprendre; et s'il eût été tolérant, il aurait eu moins d'adversaires, il aurait triomphé. Mais qui ne serait affligé de voir ainsi ce pauvre père victime tout à la fois de la vengeance et de la sainteté ; frappé par les uns parce qu'il avait puni, frappé par les autres sous prétexte qu'il n'avait pas corrigé !
11 est vrai qu'on lui reprocha encore de s'accorder irop de dispenses à lui-même , et il nous serait bien difficile de démêler s'il tomba effectivement dans ce défaut. Mais outre que l'expérience apprend que tels qui se scandalisent el murmurent de voir un
(1) Livre des Fondations, ch.22.
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