AVIS X
Pour le père provincial.
Quelques jours avant la fétc de S. André, comme j'étais en oraison et recommandais à Dieu les affaires de notre ordre, notre sainte mère m'a apparu et m'a parlé en ces termes : Dites au père provincial qu'il prenne garde que dans les maisons de l'ordre on ne cherche point à se procurer quelque avantage que ce soit, temporel ou spirituel, par les mêmes moyens que les gens du siècle emploient, parce que l'on n'avancera jamais rien, ni dans l'un ni dans l'autre genre, autrement que par la confiance en Dieu et par le recollement. On s'imagine quelquefois rendre service aux gens du siècle, et même à l'ordre, en communiquant beaucoup avec eux ; et il on arrive au contraire que l'on perd son crédit j qu'on tombe dans la tiédeur, qu'au lieu d'édifier le monde on se
AVIS DE SAINTE THÉRÈSE. (i.'jO
conforme à ses manières; et le démon ne manque pas d'en tirer parti, car la sollicitude du temporel introduit la dissipation dans le couvent et porte les ténèbres dans l'esprit.
Qu'il ne perde jamais la mémoire de ceci, tant pour lui que pour les autres, et que, sur quelque matière qu'il ait à se déterminer, il commence toujours par le recueillement de l'oraison ; que c'est le moyen de se procurer à lui toutes les lumières qu'il peut désirer, et de rendre utiles pour les autres ses instructions et ses préceptes ; enfin, qu'il fasse en sorte d'avancer autant dans la vie spirituelle, qu'il sait y faire avancer les autres.
REMARQUES
Il faut bien que les supérieurs s'occupent des moyens de faire vivre leurs religieux ; miiis l'intention de la Sainte est qu'ils mettent louic leur conliance en Dieu, et surtout qu'ils s'abstiennent de tout moyen non seulement illicite, mais capable d'altérer en eux l'esprit de leur état.