‹ uvres tres-complètes de Sainte ThérèseChapitre 187 sur 201 · C70 GLOSE DE SAINTE THEKÊSK · texte numérisé non relu

C70 GLOSE DE SAINTE THEKÊSK

0 loi amour des morts , trop dangereuse vie !

Un autre amour plus noble et plus puissant que loi ,

Armé de courage et de foi , Pour mieux me faire vivre à mourir me convie. Ta perle est le salut où je dois recourir;

Que ne m'es-tu bientôt ravie?

Je me meurs de regret de ne pouvoir mourir.

La vie habite au ciel; heureux qui l'y peut suivre ! Faisons pour la trouver un généreux effort.

Ici la vie est une mort Dont la mort cependant à la fin nous délivre. Approche, douce mort qu'on ne peut trop chérir.

Dans l'ardeur de mourir pour vivre, Je me meurs de regret de ne pouvoir mourir.

Vie humaine , trésor qu'à tout autre on préfère , Si mon Dieu vit en moi , si je vis en mon Dieu ,

Craindrai je de le dire adieu?

Et la mort à ce prix aie sera-t-elle amèie? C'est un bien qu'elle seule a droit de m'acquérir :

Pourquoi faut-il qu'elle diffère ?

Je me meitrs de regret de ne pouvoir mourir.

VIH.

Absente de mon Dieu, je languis triste et sombre. Qu'est-ce que je puis voir où je ne le vois pas ?

Ma vie est un affreux trépas ; Mon jour est une nuit et ma lumière une ombre. La source de mes maux sans lui ne peut tarir ;

Lasse d'en voir croître le nombre , Je me meurs de regret de ne pouvoir mourir.

Le poisson qui se meurt sorti du sein de l'onde Trouve au moins dans sa mort la fin de son tourment.

Mourir est un contentement A qui traîne une vie en supplices féconde. Trop sûre que le temps ne sert qu'à les aigrir,

Vive ensemble, et morte en ec monde, Je me meurs de regret de ne pouvoir mourir.

En vain, pour soulager les transports de mon àme, Je vous cherche, Seigneur, sur vos sacrés autels.

Invisible aux yeux des mortels , Nous suspendez ma joie, et redoublez ma flamme. Ce n'est qu'après la mort qu'on peut vous découvrir.

Viens donc, ô mort que je réclame !

Je me meurs (te regret de ne pouvoir mourir.

Vous le savez, mon Dieu, lorsque je vous possède, A peine puis-je, hélas! un moment vous garder.

Qu'au plaisir de vous posséder La crainte de vous perdre aussitôt ne succède. Il n'est que le trépas qui m'en puisse guérir.

Mourons , c'est l'unique remède :

Je me meurs de regret de ne pouvoir mourir.

GLOSE DE SAINTE TIlÉllÈSE. ^71

Mêliez fin, mon Sauveur, à nia longue agonie ,

Sans vous je ne puis vivre , et je meurs pour vous voir,

Ne relardez plus mon espoir, Rompez , brisez les fers d'une ame assez punie. 11 esl temps qu'à mes cris le cic-l se laisse ouvrir.

Brûlant de m'y voir réunie.

Je me meurs de regret de ne pouvoir mourir.

Mais non, je dois, Seigneur , pour apaiser votre ire , De ma vivante mort prolonger les douleurs.

Je dois, les yeux baignés de pleurs , Expier mes forfaits par un juste martyre. Ah ! quand si vivement pourrai- je m'attendrir,

Qu'il soit enfin vrai de vous dire :

Je me meurs de regret de ne pouvoir mourir ?

A L'EXEMPLE DE MM. GRÉGOIRE ET COLOMBET , QUI VIENNENT DE DONNER UNE NOUVELLE VIE DE SAINTE THERESE , NOUS REPRODUISONS LE MOR- CEAU SUIVANT , DONT CES HONORABLES ÉCRIVAINS COURONNENT LEUR TRAVAIL SUR LA SAINTE.

11 existe, dans la poésie du Nord, un chant remarquable qui, sous un voile symbolique, porte tout le mysticisme de l'époque à laquelle il remonte, du XV siècle, et qui a pour tilre : La Fille du Sultan. Cet amour du Clirisl, celte douce et pieuse tendresse de la vierge païenne, qui s'attache à tous les pas de l'époux céleste, nous relrace quelque chose de l'amour et de la tendresse de la vierge chrétienne, de Thérèse. Le rapport est, certes, bien loin d'être parfait, mais il nous semble que celle citation, peutêtre tin peu profane pour le sujet, sera bien accueillie du lecteur.

< Ecoulez, vous tous qui êtes pleins d'amour, mon esprit va chanter un chant d'amour et de concorde, un cha;:; de grandes et belles choses. Une lille de sultan, élevée dans une lerre païenne, s'en alla, un jour au lever de l'aurore, le long du parc et du jardin.

i Elle cueillit les fleurs de toutes sortes qui brillaient sous ses yeux , et elle se disait : Qui donc a pu faire ces fleurs, et découper avec tant de grâce leurs jolies petites feuilles? Oh! je voudrais bien le voir.

€ Je l'aime déjà du fond du cœur. Si je savais où le trouver, je quitterais le royaume de mon père pour le suivre. El, à minuit, voici Jésus qui arrive, et qui s'écrie : Jeune lille, ouvrez! Elle se lève de son lit el accourt en toute bâte.

c Elle ouvre la fenêtre, et aperçoit le bon Jésus resplendissant de beauté. Elle lo regarde avec tendresse; puis, s'iuclinant devant lui : D'où venez-vous donc, dil-elle, o noble et majestueux jeune homme?

f Quel est le coeur qui pour vous ne s'enflammerait pas, car vous êtes si beau ! Jamais, dans le royaume de mon père, je n'ai trouvé votre pareil. — Et moi doue, jeune lille , je te connais, je connais lun amour ; apprends qui je suis. C'est moi qui ai créé les fleurs.

< — Est-ce bien vous, mon puissaut Seigneur, mon amour, mon bien-aimé? Combien de temps je vous ai cherché, et maintenant que vous voilà, il n'y a plus ni bien, ni pairie qui m'arrête. Avec vous je m'en irai. Que votre belle main me conduise là où il vous plaira.

< — Jeune fille, si vous voulez me suivre, il faut tout abandonner, votre père , vos richesses et votre beau palais. — Votre beauté m'est plus précieuse que tout cela. CesJ vous que j'ai choisie, c'est vous que j'aime. Il n'y a rien sur la terre d'aussi beau (pie vous.

• Laissez-moi donc vous suivre où vous voudrez. Mon cœur m'ordonne de vous obéir, et je veux être à vous. — 11 prit la jeune lille par la main. Elle quitta cette contrée païenne, et ils s'en allèrent ensemble à travers les champs el les prairies.

< Le long du chemin, ils s'entretenaient avec gailé l'un l'autre, el la jeune fille lui demanda son nom. — Mon nom, dit-il, esl merveilleux ; par sa puissance, il guérit le cœur malade ; sur le Irônc élevé de mon père lu pourras le lire.

< Donnez moi tout voire amour, consacrez-moi vos sens et votre esprit. Mon nom

ti"2 ÉPILOGUE.

e>t Jésus; ceux qui m'aiment, lu connaissent bien. — Elle le regarde avec tendresse, et, se courbant à ses genoux, lui jura fidélité.

< Comment, dit elle, comment est votre père, 6 mon beau fiancé ? Pardonnez-moi relie question. —.Mon père est très-riche. La terre et le ciel lui obéissent; l'homme, le soleil, les étoiles lui rendent hommage.

« Un million de beaux anges s'inclinent devant son trône, les yeux baissés. — Si votre père esl si puis anl et si élevé au-dessus de nous tous, mon bien-aimé, comment donc est voire mère?

< — Jamais il n'y eut dans le monde une femme aussi pure. E'ie devint mère d'une façon miraculeuse, sans cesser d'être vierge. — Ah! si votre mère est si belle et si pure, de quelle contrée venez-vous donc?

< — » Je viens du royaume de mon père, où tout est joie, beauté, vertu. Là des milliers d'années se passent comme un jgur; d'autres milliers d'années leur succèdent, pleins de repos et de félicité.

i — Seigneur, que de prodiges vous m'apprenez! llàtons-nous donc, ô mon roi , d'arriver à la demeure de valre père. — Restez pure et sincère, je vous donnerai mon royaume, et vous vivrez éternellement.

Ils continuèrent leur roule à travers les champs et les près, et ils arrivèrent auprès d'un couvent , où Jésus voulut entrer. — Hélas ! dil-elle , voulez-vous donc me quitter? Si je n'entends plus votre douée voix, je languirai sans cesse.

t — Attendez moi Ici, dit-il avec giàce et boulé ; il faul que j'entre dans cette maison. — Il entre, et elle resle à la porte pour l'attendre; mais, quand elle ne le voit plus, des larmes d'amour tombent sur ses joues.

« Le jour se passe, le soir arrive, elle attend encore, mais son fiancé ne vient pas. Alors elle s'avance vers le couvent, et frappe, et crie : Ouvrez-moi la porte; mon bienaimé est ici.

< Le poriier ouvre, el regarde cette jeune fdle si belle et si imposante. — Que vou lez-vous? dit-il. Pourquoi venez-vous ici touie seule? Pourquoi ces larmes? Ditesmoi, quel chagrin avez vous?

i — Hélas! celui que j'aime si tendrement m'a quittée. Il est entré dans celte maison, et je l'ai attendu longtemps. Pressez-le de sortir. Dites-lui de venir me trouver avant (pie mon cour se brise, car il est mon fiancé.

« — Jeune fille, celui qui vous a quittée n'est pas venu ici ; j'ignore qui est votre bien-aimé. Je ne l'ai pas vu. — Mon père, pourquoi voulez-vous me le cacher? mon bien-aimé est ici. Lu me quittant, il m'a d'il : J'entre dans cette maison.

< — Mais dites-moi comment il s'appelle; je saurai si je le connais. — Hélas! je ne puis le dire ; j'ai oublié son nom; mais c'est le lils d'un roi. Son empire est large el profond, son vêlement est bleu de ciel el parsemé d'étoiles d'or.

i Son visage est blanc et rose. Ses cheveux sont blonds comme l'or, et toute sa nature est si merveilleuse et si douce, que rien au monde ne lui ressemble, il venait du royaume de son père. Il voulait m'emmencr avec lui, mais hélas! il est parti.

« Son père tient le sceplre de la terre et du ciel. Sa mère est une vierge très-belle et très-chaste. — Ah! s'écria le portier , c'est Jésus, notre Seigneur. — -Oui , mon père , c'est lui que j'aime el que je cherche. .

< — Bien, jeune fille! si c'est là voire fiancé, je veux vous le montrer. Venez, venez, vous êtes au bout de voire voyage. Entrez 'sous notre toit, ô jeune fiancée , et dites-moi, d'où venez-vous? Sans doute d'une terre étrangère?

« — Je suis la fille d'un roi. J'ai été élevée dans les grandeurs , et j'ai tout quille pour celui que j'aime. — Vous retrouverez plus que vous n'avez quille, prés de celui d'où les biens proviennent , près de Jésus , votre amour.

t Entrez donc, cl suivez mon conseil. Je vous mènerai à Jésus , mais renoncez a toutes les grandeurs païennes. Renoncez à la tendresse de votre père , oubliez voire pays de paganisme, car désormais vous devez èire chrétienne.

t — Oui, mon père, je me rends à vos avis. Mon amour est ce que j'ai de plus cher, el nul sacrifice ne peut m 'effrayer. — Et alors, le religieux lui enseigne la vraie foi et la loi de Dieu. Il lui dit la vie de Jésus, depuis sa naissance jusqu'à sa mort.

« La jeune fille dévoua son àme à Dieu ; elle avait un grand désir de voir Jésus son bien-aimé, et elle l'attendit longtemps. Mais quand elle fut près de mourir, Jésus lui apparut.

c II la prit doucement par la main, et l'emmena dans son beau royaume. Là, elle est devenue reine ; elle goûte tontes les jouissances que son cœur peut désirer, et des milliers d'années passent pour elle comme un jour. »

SONNET A JÉSUS CRUCIFIE. f>T3

(Sonnet à 3e'-'1'-' crucifie.

Ce rjnï ni'extile à l'aimer , ô mon Dieu ! Ce n'est pas l'heureux ciel que mon espoir devance ;

Ce qui m'excite à l'épargner l'offense, Cn n'est pas l'enfer sombre et l'horreur de son feu '.

C'est loi , mon Dieu, loi par ton libre vœu Cloué sur celle croix où l'atteint l'insolence ;

C'est ton saint corps sous l'épine et la lance , Où tous les aiguillons de la morl sont en jeu.

Voilà ce qui m'éprend, et d'amour si suprême, O mon Dieu! que, sans ciel même, je l'aimerais ; Que, même sans enfer, encor je te craindrais!

Tu n'as rien à donner , mon Dieu . pour que je t'aime ; Car,M pmlond que soit mon espoir, en l'étant, Mon amour irait seul el l'aimerait autant !

Sainte-Beuve.

îlutvc tvaïnu'tiott.

pour l'aimer , ô mon Dieu ! me faut-il l'espérance

Du ciel que m'a promis ton immense bonté?

Me faut-il de l'enfer l'avenir redouté.

Pour défendre à mon eœuç.de le faire une offense? .

Je ne vois rien que toi. C'est ta longue souffrance , Ton corps percé de clous, suspendu, tourmenté , Ta croix , ce sang divin sortant de ton côté , C'esl là ce qui me louche , ô Dieu plein de clémence !

Le bonheur de l'aimer a pour moi tant d'appas,

0"e je l'aurais aimé si le ciel n'était pas;

S'il n'était pas d'enfer, je t'aurais craint de même.

Ce cœur qui le chérit ne veut rien en retour ;

Dans la grâce, sans doute, est mon espoir suprême,

Mais , sans aucun espoir , j'aurais autant d'amour.

Fir.MiN Didot, Poésies.

C7i DISCOURS

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