‹ uvres tres-complètes de Sainte ThérèseChapitre 42 sur 201 · DE L'OBÉISSANCE · texte numérisé non relu

DE L'OBÉISSANCE

J'ai aussi un autre avis très-important à vous donner. C'est qu'encore que ce ne soit que pour éprouver l'obéissance , vous n'ordonniez rien qui puisse être un péché , non pas même véniel , car j'en sais qui auraient été mortels , si on les eût accomplis , non pas peut-être à l'égard de celles qui n'auraient fait qu'obéir, parce que leur simplicité les aurait excusées ; mais à l'égard de la supérieure , qui sait qu'elle ne leur commande rien qu'elles n'exécutent; ce qu'elles ont lu ou entendu rapporter des actions extraordinaires des saints pères du désert, leur persuadant que tout ce qu'on leur commande est juste, et que bien qu'il ne le fut pas, elles ne sauraient faillir en l'accomplissant.

Quant aux religieuses soumises à l'obéissance, si on leur commandait une chose qui , de soi-même , fût un péché mortel , elles ne doivent pas la faire , si ce n'est de ne point entendre la messe , ou d'observer quelques jeûnes de l'Eglise, ou choses semblables, dont la supérieure aurait des raisons légitimes de les dispenser, telle que serait celle d'une maladie. Mais quant à des commandements extravagants , comme de se jeter dans une mare ou dans un puits , ou autres dont je rapporterai aussi des exemples , elles ne le pourraient faire sans offenser Dieu , parce qu'on ne doit pas se persuader qu'il fera des miracles pour nous préserver, comme il en faisait pour ces grands saints , et je lui rends grâce de ce qu'il y a assez d'autres choses où, l'on peut, sans s'engager en tels périls , pratiquer la parfaite obéissance.

Une religieuse à Malagon ayant demandé la permission de se donner la discipline, la supérieure, à qui d'autres l'avaient, je crois, aussi demandée , lui dit : Laissez-moi ; et cette sœur l'en pressant encore, elle ajouta : Allez vous promener. Elle obéit avec grande simplicité , et se promena durant quelques heures. Une sœur lui demanda d'où venait qu'elle se promenait tant. C'est, dit-elle, que la mère me l'a commandé. Cependant on dit matines ; et la supérieure s'étant informée pourquoi celte sœur n'y avait point assisté , on lui dit ce qui en avait été la cause. Cet exemple fait voir avec combien de circonspection les supérieures doivent agir envers celles qu'elles connaissent être si obéissantes.

Lue aulre sœur ayant montré un grand ver à la prieure , et lui ayant demandé s'il n'était pas bien joli, elle lui répondit en riant: Oui, mangez-le. Cette sœur alla aussitôt à la cuisine, et le fit frire. La cuisinière lui ayant demandé ce qu'elle en voulait faire : C'est, lui répondit-elle, pour le manger, comme la mère prieure me l'a commandé : et elle l'aurait fait si on ne l'en eût empêchée , quoique cela lui eût pu causer beaucoup de mal , et que cette supérieure n'eût pas pensé lui ordonner rien de semblable.

Je ne saurais voir, sans m'en réjouir, que ces bonnes Glles excèdent ainsi dans l'obéissance, parce que j'ai une dévotion si particulière pour cette vertu, qu'il n'y a rien que je n'aie toujours fait pour tâcher de les y porter. Mais mes soins auraient été fort inutiles , si Dieu , par sa grande miséricorde, ne leur avait fait la grâce de la leur inspirer, et je le prie de tout mon cœur de les y affermir de plus en plus.

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