CHAPITRE XXV
La Sainte ne parle presque dans tout ce chapitre que d'une excellente fille qui se rendit religieuse dans ce monastère, nommée Iîéatrix de la Mère de Dieu.
Vous pouvez juger , mes sœurs , quelle fut ce jour-là notre joie , et j'avoue que la mienne fut très-grande, de voir que je laissais ces bonnes tilles dans une maison bien assise , fort commode , connue de toute la ville , où étaient entrées des filles qui pouvaient en payer la plus grande partie du prix, et que pour peu qu'y apportassent celles qui achèveraient de compléter leur nombre , elle se trouverait entièrement liquidée. Surtout je ressentais une grande consolation de ce que mes travaux n'avaient pas été inutiles. Mais lorsque je pouvais jouir de quelque repos , je fus obligée de partir le lundi d'après le dimanche qui précédait la Pciir
lecôle de l'année lo7G, à cause que la chaleur commençait d'être excessive, comme aussi pour tâcher s'il était possible , de ne point marcher le jour de la fête, et delà passera Malagon, où je désirais pouvoir demeurer quelques jours.
Ainsi Dieu ne permit pas que j'eusse la consolation d'entendre au moins une messe dans notre église. Mon départ troubla la joie de ces bonnes religieuses. Elles sentirent vivement cette séparation , à cause que nous avions durant un an souffert ensemble tant de travaux , que ceux que j'ai rapportés ne sont que les moindres. Je n'en ai jamais tant éprouvé dans aucune fondation , si l'on en excepte celle d'Avila , qui les surpassaient encore parce qu'ils étaient intérieurs. Je souhaite de tout mon cœur que Dieu soit bien servi dans cette maison ; c'est la seule chose qui puisse importer. J'ai sujet de l'espérer, lorsque je vois qu'il y altire de si bonnes âmes , et que les cinq que j'y ai menées avec moi , de la vertu desquelles j'ai parlé , mais beaucoup moins que je ne l'aurais pu faire , y sont demeurées.