‹ uvres tres-complètes de Sainte ThérèseChapitre 76 sur 201 · A IA RÉVÉRENDE MÈRE MARIE-BAPTISTE, PRIEURE DU MONASTÈRE DE VAL · texte numérisé non relu

A IA RÉVÉRENDE MÈRE MARIE-BAPTISTE, PRIEURE DU MONASTÈRE DE VAL

LADOLID.

la Suinte lui annonce V espérance qu'elle a courue, tic voir bientôt la fin de lu lonque persécution qu'elle avait (prourée à Séville, lui apprend Us secours qu'elle a tirés de son frère, dont elle fait réloge, ainsi que celui dés carmélites de celte ville, el traite divers autres sujets détachés.

La grâce du Saint-Esprit soit avec votre révérence, ma chère fille

1576, 29 avril. — Le courrier part demain, et je ne pensais pas à vous écrire, parce que je n'avais rien de bon à vous mander; mais on m'a envoyé dire ce soir, un peu avant que nous fermassions notre porte, que celui qui occupait la maison où nous devons passer consent qu: nous v allions aorès-demain. nui sera le jour de S. Jacques el S. Phi-

lippe; ce qui me fait croire que Noîre-Seigncur veut enfin apaiser la tempête qui nous agite depuis si longtemps.

Envoyez, je vous prie, la présente lettre , le plus tôt que vous pourrez, à la mère prieure de Médine; je crains que celle que je lui ai écrite en dernier lieu, ne l'ait trop inquiétée; quoique cette lettre ne renfermât qu'un léger crayon de nos souffrances. Je puis bien dire que toutes les persécutions que nous avons essuyées depuis la fondation de S. Joseplid'Avila, n'ont rien été en comparaison de celle-ci. Quand vous saurez le détail de ce qui s'est passé ici , vous conviendrez que j'ai raison , et que c'est un grand effet de la miséricorde de Dieu, si nous en sortons à notre satisfaction. C'est cependant ce que nous avons tout lieu d'espérer présentement. Que béni soit le Seigneur qui sait tirer de tout un bien ; vous ne sauriez croire le contentement que j'ai eu d'un changement si subit; mais si mon frère n'eût pas été ici, nous serions encore dans le même embarras. Le pauvre homme a beaucoup souffert ; il a dépensé son argent, et supporté tous les revers avec une générosité et un courage dont nous ne saurions trop louer et remercier le Seigneur; c'est bien avec raison que nos sœurs l'aiment; car nous n'avons eu de secours que de lui seul, et tout le monde était contre nous. Il est présentement réfugié dans un couvent par rapport à nous; et il n'a tenu à rien qu'on ne l'ait traîné dans la prison delà ville, qui est une espèce d'enfer. Il n'y a point de justice à attendre de ces gens-ci ; on nous demande ce que nous ne devons pas , et on s'en prend à lui comme à notre caution. Nous espérons faire cesser cette vexation, en portant l'affaire en cour, car ici nous n'en verrions jamais la fin. Pour mon frère il est enchanté de souffrir quelque chose pour Dieu, il est actuellement chez les carmes avec notre père; et quoique les peines et les chagrins tombent sur lui comme de la grêle, il est encore plus touché de ce que nous souffrons que de ce qu'il souffre lui-même, en quoi il n'a pas tout-à-fait tort; c'est ce qui m'engage à lui déguiser nos maux autant que je puis.

Pour vous en donner quelque idée, ma chère fille, vous avez déjà vu par une de mes lettres les faussetés que publiait de nous cette novice qui est sortie ; eh bien ! ce n'est rien en comparaison de ce qu'elle nous a imputé depuis. Vous en entendrez bientôt parler. Tout ce que je puis vous dire, c'est que Dieu m'a fait la grâce d'écouter toutes ces calomnies, comme si c'eussent été les choses du monde les plus agréables ; et j'avais beau me représenter les grands maux qui en pouvaient résulter sm toutes nos maisons, celte idée affligeante n'empêchait pas que la joie ne prît le dessus dans mon cœur. C'est quelque chose de bien satisfaisant que le témoignage d'une bonne conscience, et l'on est bien aguerri quand on n'a rien à se reprocher.

L'autre novice est entrée dans un autre monastère; et l'on me dit hier que la tête lui avait tourné, rien que de nous avoir quittées. Considérez, je vous prie," la profondeur des jugements de Dieu; tôt ou

tard il fait triompher la vérité, et sans doute il fera bientôt connaître l'extravagance des mauvais bruits qui ont couru de nous, comme de dire que nous attachions les religieuses par les pieds et par les mains , et qu'après nous les fouettions. Et plût à Dieu qu'on n'eût rien dit de plus; mais on a publié mille horreurs .contre notre sainte réforme, et les choses ont été portées à un tel excès que je n'ai pas douté un seul moment que le dessein de Dieu ne fût de nous mortifier pendant quelque temps, pour ensuite terminer tout à noire plus grand avantage. Mon attente n'a point été trompée. Ne soyez donc point en peine de nous. J'espère même , moyennant la grâce de Dieu , que quand nous serons passées à la nouvelle maison , nous ne tarderons pas à partir d'ici; car les religieux de S. François ne se présentent plus pour s'opposer à notre entrée ; et quand nous aurons une fois pris possession, s'ils reviennent à la charge, ils n'y seront plus à temps.

Nos sœurs d'ici sont des filles d'une vertu sublime, la prieure surtout; je n'ai jamais vu un courage pareil au sien, j'en suis tout étonnée. Vraiment c'est bien un autre sujet que moi. Ce n'est pas qu'elles ne se soient bien trouvées de m'avoir chez elles, car les plus grands coups sont tombés sur moi. La prieure a de plus le jugement très-sain. Et selon moi elle possède éminemment toutes les qualités requises pour être prieure en Andalousie. Bien nous en prend d'avoir si bien choisi toutes ces sœurs.

Je me porte à merveille présentement ; mais cela est encore bien nouveau. Ce sirop me fait tous les biens du monde. Notre cher père est indisposé, mais il n'a pourtant point de fièvre. 11 ne sait pas que je vous écris. Priez Dieu qu'il lui rende la santé, et qu'il nous fasse à nous autres la grâce de sortir heureusement de tous ces embarras , comme je l'espère. Ah! la mauvaise année que j'ai passée dans ce pays-ci 1

Je viens présentement aux avis que vous me donnez ; quant au premier, qui regarde le titre de dom que prend mon neveu , tel est l'usage des Indes pour ceux qui ont des vassaux; mais quand son père arriva ici, je le priai de ne plus souffrir qu'on appelât ainsi son fils, et lui expliquai mes raisons auxquelles il se rendit, au moyen de quoi tout le monde fut content. A quelque temps de là, monsieur d'Ovaillé et ma sœur vinrent voir mon frère; il n'était point ici, et fut même absent assez longtemps; et quand il revint, je n'étais point avec eux; je ne sais si ce fut pour s'autoriser dans ce qu'ils pratiquent eux-mêmes à l'égard de leur fils, mais ils lui dirent tant de raisons, qu'ils ruinèrent tout ce que j'avais fait; et la vérité est qu'on ne parle présentement d'autre chose à Avila, ce qui est bien honteux. Je vous dirai même que bien des gens m'en ont dit leur sentiment, par l'intérêt qu'ils prennent à ce qui regarde mon frère. A mon égard je ne me souviens pas d'avoir jamais donné le dom à mon neveu, et je suis au contraire très-morlifiée quand j'entends qu'on le lui donne. Quoi qu'il en soit, les discours

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qu'on tient sur cela ne doivent pas vous inquiéter. On dit de moi des choses bien plus graves, dont je ne fais aucun cas. Je ne laisserai pourtant pas d'en parler encore à son père pour l'amour de vous ; mais je crois que je ne gagnerai rien à cause de l'oncle et de la tante, qui sont accoutumés à ce dom.

Quant aux lettres que vous me marquez que Thérèse a écrites à monsieur de Padille, je ne crois pas qu'elle ait encore écrit à personne, si ce n'est à vous et à la prieure de Médine, et seulement pour vous contenter l'une et l'autre , et une autre fois à lui , deux ou trois mots seulement. Il s'imagine que je ne suis occupée d'autre chose que d'elle et de mon frère, et on ne lui ôterait pas celte idée de la tète ; cela serait assez naturel si je n'étais pas ce que je suis; mais croiriez-vous qu'avec toutes les obligations que j'ai à mon frère, je me suis réjouie qu'il ait été obligé de se retirer aux carmes, pour ne le plus voir si souvent, parce qu'effectivement il m'embarrassait quelquefois. Cependant, quand il est avec moi, et que notre père ou quelque autre personne survient, je n'ai qu'à lui dire de me laisser, il obéit comme un ange. Ce n'est pas non plus que je manque d'amitié pour lui , car je lui suis fort attachée; mais c'est que je voudrais être absolument seule. Au surplus qu'on en pense ce qu'on voudra, peu m'importe.

Je suis bien ebarmée que madame Marie (1) soit contente de la permission que je lui ai envoyée., dites-lui bien des choses de ma part: j'aurais l'honneur de lui écrire, s'il n'était pas si tard. Je suis fâchée qu'elle soit privée de la présence de madame la duchesse (2), mais apparemment c'est la volonté de Dieu qu'elle n'ait d'autre compagnie et d'autre consolation que lui seul.

Je ne sais rien de plus d'Avila que ce que vous m'en avez marqué , Dieu soit avec vous, ma chère fille; mes compliments à la sœurCasilde et à toutes nos sœurs , et bien des respects au père Dominique (3). J'aurais fort souhaité qu'il eût remis son voyage d'Avila pour le temps où je serai de retour, mais puisqu'il veut que toute ma vie ne soit que croix et mortifications, à la bonne heure, il est le maître. Ayez«soin de m'écrire. Ne renvoyez point cette postulante dont vous me dites tant de bien ; si elle voulait venir ici , cela me ferait un grand plaisir, el je voudrais bien en pouvoir attirer quelques autres de chez vous. Je vous répète qu'autant que j'en puis juger, il n'y a plus d'inquiétude à avoir présentement , et que j'espère que tout ira bien.

N'oubliez point d'envoyer ma lettre à la mère prieure de Médine , qui ensuite l'enverra à la prieure de Salamanque, de manière que la même lettre servira pour vous trois. Dieu vous rende sainte, ma chère Glle. Je vous avoue que les gens de ce pays-ci ne m'accommodent point, et que je souhaite ardemment de me voir dans la terre de

1) C'était madame M;irie de Mendoça, fondatrice du monastère de Valladolid.

2) La duchesse d'Ossone.

5) Le père Dominique Bagnez.

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promission, si Dieu m'en veut faire la grâce. Si je savais cependant lui être plus agréable, en demeurant ici, il n'est pas douteux que j'y resterais de bon cœur. C'est à lui d'en ordonner.

Je suis tout à vous,

Thérèse de Jésus.

Ce dimanche de quasimodo.

Bien des compliments à la sœur Maric-de-la-Croix et à la mère sous prieure; vous lirez ma lettre à la première. Nous nous recommandons aux prières de toute la communauté.

On voit par cotte lettre combien la fondation île Séville fut pénible pour la Sainte, puisqu'elle fut obligée d'y demeurer pendant un an, exposée, elle et ses filles, à toutes sortes de persécutions , dans lesquelles elle n'eut d'autre assistance que celle de sou frère dom Laurent de Cépède, nouvellement arrivé des Indes.

La prieure de Séville, dont la Sainte parle ici avec tant d'éloge, était la mère Marie» de-Salut-Josepli. C'esl elle à qui la lettre suivante est adressée.

Si la mère Marie-Baptiste et la Sainte elle-même trouvèrent étrange que le frère de la Sainte souffrit qu'on appelât son fils dom François, ce n'est pas qu'ils ne fussent d'une famille noble, mais c'est que ce litre de dom n'était pas alors si commun qu'il l'est aujourd'hui, et que beaucoup de gentilshommes faisaient scrupule de le prendre, i omme devanl être réservé pour les familles illustrées.

Le licencié Jean de Padille était un piètre séculier, d'une vertu reconnue, et si zélé pour la réforme des religions, qu'il obtint de Philippe H une. commission à ectetfet, ivant que la Sainte eût commencé sa réforme. C'était peut-être pour celte raison qu'il s'était annoncé pour n isileur à la mère Baptiste, ou, connue dit la Sainte, il était alors en humeur de plaisanter.

On sait que la Sainte demeura plus d'un an à Séville, et qu'elle y arriva trois jours avant la Trinité de l'année 1575; ainsi il est clair que celte lettre, éianl écrite de Séville du dimanche de Quasimodo, ne peut être que de l'année 1576. En celte année Pâques lut le 22 avril, et par conséquent le dimanche de Quasimodo était le 29.

à. LA RÉVÉRENDE MÈRE MARIE-DE-SAINT-JOSEM, PRIEURE DE SÉVILLE.

Elle lui (ait part de son arrivée à Malagon, et lui recommande d; ne point donner à manger au parloir.

La' grâce du Saint-Eprit soit avec votre révérence, ma chère mère.

1576, 15 juin. — Ah ! que je voudrais bien pouvoir vous écrire plus au long, mais j'ai tant de lettres à faire, qu'il n'y a pas moyen. A mefn défaut, j'ai prié le père Grégoire de vous faire le détail de notre voyage, et il n'aura pas grand'peine ; car le fait est que nous nous sommes fort bien portées sur la route, que nous n'avons pas eu beaucoup à souffrir de la chaleur, et que nous sommes arrivées à la seconde des fêtes en bonne santé, grâce à Dieu. J'ai aussi trouvé la prieure en meilleur état, quoiqu'elle ne jouisse pourtant pas encore d'une santé parfaite ; ayez grand soin que l'on prie le Seigneur, pour elle. J'ai passé un temps bien agréable avec elle. De grâce, écrivez-moi par toutes les commodités que vous pourrez rencontrer, afin que je sache toujours en quel étal vous êtes. Bien des compliments, je vous prie , à monsieur Garcie

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Alvarez; donnez-moi des nouvelles du procès et de tout ce qui vous regarde, et surtout de notre cher père, en cas qu'il soit arrivé.

Je vous recommande fort de ne pas permettre que personne mange au parloir. N'ouvrez point cette porte au relâchement. Je n'excepte de cette défense que notre père seul, à cause de ses incommodités; encore faudra-t-il faire en sorte qu'on n'en sache rien; au surplus, quand on le saurait, il y a grande différence à faire d'un supérieur à un simple religieux: et sa santé nous est si nécessaire, que nous ne saurions y apporter trop d'attention. La mère prieure vous enverra quelque argent par le père Grégoire, tant pour cela que pour tout ce dont notre père pourrait avoir besoin, et elle le fait de bon cœur, parce qu'elle lui est véritablement attachée. Il est bon même qu'il en soit instruit. Vous ne devez pas vous attendre dans votre ville à des aumônes bien abondantes ; en sorte que si vous vouliez en faire part au premier venu, vous courriez grand risque de mourir de faim chez vous. Je souhaite pourtant beaucoup que vous n'ayez nulle inquiétude, et que vous vous occupiez uniquement du service de Dieu. Je conjure sa divine Majesté de vous faire cette grâce.

Je recommande à la sœur Saint-François de garder des mémoires exacts de tout ce qui se passera.

Au sortir de votre maison, celle-ci m'a paru encore plus pauvre. Les sœurs y ont bien de la peine à vivre. Thérèse a été toute triste durant le voyage, surtout le premier jour : c'était, disait-elle, le regret de vous avoir quittée. Mais aussitôt qu'elle a eu mis le pied dans ce couvent, elle s'y est trouvée tout aussi à son aise que si elle y eût été toute sa vie , et le soir même de notre arrivée elle ne put presque pas souper, tant elle était contente. J'en ai été enchantée, parce que cela me fait connaître qu'il lui est comme naturel d'aimer nos sœurs. Je vous écrirai encore par la voie du père Grégoire. Ainsi je finis en priant Dieu qu'il vous conserve et qu'il vous rende sainte, pour que vous puissiez rendre vos Clles de même; et en vous assurant que je suis bien tendrement, Ma révérende mère ,

Voire servante,

Thérèse de Jéscs.

Ce vendredi d'après la Pentecôte 1570.

Remettez, je vous prie, cette lettre en main propre à notre père, et, s'il n'était point à Séville . ne la lui envoyez pas, à moins que ce ne soit par une personne bien sûre ; cela est de conséquence.

Thérèse ne vous écrit pas , parce qu'elle a de grandes affaires ; elle dit qu'elle est prieure, et vous présente ses respects

REMARQUES

La Sainte écrivit cette lettre de Malagon , étant en chemin pour se rendre de Séville à Tolède, en conséquence du décret du chapitre général de l'observance, qui lui faisait défense de faire a l'avenir des fondations, et lui enjoignait de se retirer d;in< tel couvent qu'elle voudrait choisir. Elle choisit celui de Tolède pour être plus à portée de tous les antres.

i>80 LETTRE XVIII.

Le père Grégoire dont il esl ici parlé avait pour surnom de Naàance; c'était un carme déchaussé qui accompagna la Sainte dans ce voyage. M. Garcie Alvarez était nu ecclésiastique de Séville, qui avait rendu de grands services lors de cette fondation , et qui était fort attaché à la Sainte et à son ordre.

Thérèse était la nièce de sainte Thérèse, fille de son frère dom Laurent de Cepèdc et de doua Juana de Fuenles et Gusman. La Sainte l'avait prise avec elle lorsque son père arriva des Indes, parce que sa mère était morte. Elle lit depuis profession dans le couvent des carmélites déchaussées d'Avila.

La Sainte, en parlant ici du jour qu'elle arriva à Malagon, dit que ce fut la seconde fêle de Laques; et de plus elle signe sa lettre du vendredi d'après Pâques; mais sur ce pied-la il faudrait dater sa lettre du 27 avril, Pâques étant tombé, en 157G, le 22 avril ; et dans ce cas il y aurait de la contradiction entre celte lettre et la précédente, qui prouve que la Sainte était encore à Séville le 29 avril. Pour sauver celle contradiction, il suflit d'observer que c'est l'usage d'Espagne de donner le nom de Pâques aux trois grandes fêtes de l'année, Pâques, Pentecôte et Noël; et, comme l'Histoire générale de l'ordre nous apprend que la Sainte ne partit de Séville que le 28 mai, et qu'elle arriva à Malagon la seconde lêle de la Pentecôte, il est évident que la date de cette lettre est du vendredi d'après la Pentecôte, qui fui celle année le 15 juin.

L'auteur de l'Histoire s'est trompé en faisant tomber la seconde fète de la Pentecôte, jour de l'arrivée de la Sainte, au 4 juin ; c'était le li juin, et la Pentecôte était le 10.

La Sainte avail nue tendresse particulière pour la mère Marie-de-Saint-Joseph.

A LA RÉVÉRENDE MÈRE MARIE-DE-SAINT-JOSEPU

SECONDE

La Sainle reçoit ses excuses avec bonté, rassure de son amitié, et lui recommande te soin

de sa santé.

Jésus soit avec votre révérence , ma chère mère.

157C. 2 juillet. — Si vous regrettez ma compagnie , je vous rends bien le change, je vous assure. Comme j'achevais d'écrire la lettre qui accompagne celle-ci, j'ai reçu les vôtres. Elles m'ont fait plaisir jusqu'à m 'attendrir. Vous êtes bien bonne de me demander tant de pardons. Pourvu que vous m'aimiez autant que je vous aime, je vous pardonne du meilleur de mon cœur tout ce que vous pouvez m'avoir jamais fait, et tout ce que vous pourriez me faire à l'avenir. Le plus grand sujet de plainte que vous m'ayez donné , c'est d'avoir paru peu satisfaite de vous trouver avec moi ; mais je suis persuadée que ce n'est point votre faute, et je l'ai même dit à la prieure de Malagon. Sans doute cela n'est arrivé que par la permission de Dieu , qui , au milieu des peines et des afflictions qu'il m'a envoyées durant mon séjour à Séville, a voulu me sevrer de la consolation que j'aurais reçue des témoignages de votre amitié. Je tiendrais ces peines pour bien récompensées, et je voudrais en avoir souffert encore davantage, si je pouvais me flatter à ce prix de vous avoir procuré quelque soulagement à vous et à nos sœurs. Croyez que je vous suis extrêmement attachée , ef que, pourvu seulement que vous m'aimiez, je regarde le reste comme une bagatelle qui ne mérite aucune attention. Je vous avoue que, lorsque j'étais à Séville, et qu'à l'occasion de vos affaires, je traitais avec vous comme avec ma fille bien-aimée, il m'était bien dur de m'apercevoir que vous n'en usiez pas avec moi avec

la même franchise et la même amitié ; mais soyez sûre que votre lettre a effacé tout cela de ma mémoire, et qu'il ne m'est resté que ma tendresse pour vous, qui est même si vive que j'aurais besoin du souvenir des choses passées pour en modérer l'excès.

Je ne puis vous exprimer, ma chère fille, combien je suis contente du bon succès de vos affaires. Croyez-moi, ne perdez point de temps à passer la transaction, quoiqu'il n'y ait pas une sûreté entière pour l'avenir; car c'est une triste chose pour des religieuses que de plaider, surtout dans les commencements d'un établissement. Mettez-vous bien cela dans l'esprit, et que nous nous trouverons toujours mieux d'un accommodement que d'un procès, quelque bon droit que nous puissions avoir.

Nous tâcherons de satisfaire au plus tôt mon frère; j'entends parler de ce qu'il a avancé pour les droits de votre maison. Il a déjà reçu quelque chose de vous ; je ne négligerai rien pour parvenir à achever son paiement. Il ne finit point quand il se met sur le chapitre de vos louanges Vos lettres lui ont fait un plaisir inQni. Je les ai aussi trouvées fort bien, sinon qu'il me semble que plus vous tâchez de bien peindre, et plus de peine on a à lire votre écriture. Je ne vous parle pas de lui davantage, ni ne vous dis rien de Thérèse, parce qu'ils vous écrivent l'un et l'autre.

J'ai déjà écrit à mon cher prieur des Grottes, et il faut que j'écrive encore aujourd'hui à Malagon pour affaires , aussi bien qu'à notre père. Ainsi je ne sais si je pourrai écrire à nos sœurs pour cette fois-ci, d'autant plus qu'il me vient des visites à tout moment.

Je crois sans peine tous les bons offices que vous me dites que vous recevez du bon monsieur Garcie Alvarez , car je connais l'étendue de sa charité. Dites-lui , je vous prie, bien des choses de ma part. La lettre du père prieur m'a fait grand plaisir. J'ai bien de l'obligation à tous mes amis d'en user comme ils font avec vous. Tâchez de les conserver, et faites aussi dans l'occasion ce que vous pourrez pour les pères Marian et Antoine , mais cependant avec modération. Je ne voudrais pas que vous vous brouillassiez avec eux. Dieu leur pardonne; mais ils auraient pu, ce me semble, éviter tout ce fracas , et s'y prendre d'une autre façon avec nos pères mitigés. Notre père en est fort fâché. Il se porte à merveille, et le nonce l'a fort approuvé de ce qu'il n'est pas retourné en Andalousie.

Vous ne direz pas, je l'espère, que je suis paresseuse à vous écrire. Ecrivez-moi aussi souvent; vous savez le plaisir que me font vos lettres. Je ne savais rien de ce qui se passait dans vos quartiers ; votre père ne m'en avait rien marqué. Il est toujours extrêmement laconique; apparemment il ne peut pas faire autrement. Dieu soit avec vous , et vous rende sainte. J'ai interrompu ma lettre pour lire celle de la sœur Ga— briclle; elle me mande qu'elle ne se porte pas bien, et qu'elle a mal à l'estomac. Je prie Dieu que cela n'ait point de suite. Je ne me souviens plus à laquelle de nos sœurs j'ai recommandé de prendre soin de vous ;

j'en charge la mère sous-prieure. Prenez garde de lui obéir ponctuellement, et ménagez votre santé pour l'amour de moi ; rien ne saurait me faire plus de peine que si elle venait à vous manquer. Dieu veuille vous en donner une aussi parfaite que je le désire. Bien des compliments à la mère lîéatrix et à Delgade. La prieure vous fait les siens. Toutes nos sœurs sont charmées d'apprendre le bon état de vos affaires. Je souhaite que cela continue, et je suis bien tendrement,

Ma révérende mère,

Notre servante ,

Thérèse de Jésus,

C'est aujourd'hui la fête de la Visitation 1576.

L'ecclésiastique qui m'a apporté vos lettres est arrivé comme j'étais ;\ la messe, et est reparti aussitôt après avoir dit la sienne. Je n'ai pas laissé de lui parler un moment; s'il eût resté ici, j'aurais fait de mon mieux pour le bien recevoir, mais il m'a dit qu'il était en compagnie, et qu'il ne pouvait s'arrêter.

La sœur Gabrielle me marque aussi que vous avez bien approprié la maison depuis mon départ. Je voudrais bien la voir telle qu'elle est présentement. Je n'ai pas encore pu regarder de qui sont toutes les lettres que j'ai reçues de chez vous; mais j'ai eu beaucoup de joie d'en trouver une de notre bon père Garcie Alvarez. Je vais lui répondre de bon cœur. Mes filles me pardonneront si je donne la préférence à un homme qui leur fait tant de bien.

REMARQUES

Il parait que la Sainte n'avait pas eu tout lieu de se louer de l'accueil que la prieure lui avait fait durant son séjour à Sévillc; ce n'est pas que celle prieure ne fût une fille d'une grande vertu, et même extrêmement atiaeliée à la Sainte; mais c'est que telle est la misère de l'homme que, lorsqu'il a quelque petite autorité, la présence de celui qui en a une supérieure à la sienne, le met toujours dans un état de contrainte et de gêne, quelque amitié qu'il y ait entre l'un et l'autre ; aussi voyons-nous que la prieure de Sévillc regrettait, dans l'absence, celle dont la présence avait paru la gêner. C'est pour la même raison que presque toujours les meilleurs supérieurs sont ceux qui ont fini leur charge, ou ceux qui sont sur le point d'y entrer. Ceux qui y soni actuellement ennuient et déplaisent pour l'ordinaire.

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