A LA RÉVÉRENDE MÈRE PRIEURE, ET AUX RELIGIEUSES DU MONASTÈRE DE
VEAS0
l ision de la Sainte. Son départ pour Tolède.
Que Jésus , Marie et Joseph embrasent les âmes de mes filles chéries du couvent de Vcas.
1576. 6 août. — Je n'ai pas eu un moment de repos depuis que je vous ai quittées. Dieu en soit loué. Je vous dirai, ma chère prieure, pourobéir à vos ordres, et pour la satisfaction de nos chères sœurs, que peu de temps après que je fus arrivée chez madame Marie Fachard, je sentis une si grande douleur partout le corps, qu'il me semblait qu'on m'arrachait
l'âme ; mais une chose me soulagea grandement , ce fut de voir à côté de moi le glorieux S. Joseph , qui me consolait et m'encourageait a poursuivre mon voyage , pour accomplir mon obédience.
Mes chères filles , je pars demain sans faute , en dépit du démon qui enrage de me voir aller où je vais , parce que je dois lui arracher des mains deux âmes dont il s'est emparé, et qui seront utiles à l'Église. Ayez donc recours à la prière, et aidez.— moi dans celte occasion.
Faites en sorte, ma chère prieure, de donner l'habit, jeudi prochain,
à la fille du docteur; sa vertu doit suppléer à ce qui lui manque du côté
de la dot. Je vous recommande vos malades; assistez-les du mieux
que vous pourrez, et croyez que vous perdriez beaucoup à n'en avoir
plus, parce qu'elles servent à exercer votre charité. Dites à nos sœurs
de communier pour moi tout ce mois-ci, car je suis bien mauvaise; et
si elles pensent le contraire , c'est qu'elles se laissent séduire par les
apparences. Je suis bien fâchée que ma compagne ait mal aux yeux. Je
vous envoie ce petit présent de fruit pour vous régaler jeudi avec la
nouvelle sœur. Qu'on l'appelle, je vous prie, la sœur Maric-de-S. -Joseph.
Oieu vous rende de grandes saintes.
Je suis de tout mon cœur ,
Ma révérende mère et mes chères (illcs,
Votre servante ,
Thérèse de Jésus.
De la maison de madame Marie Fachard, ce lundi 6 août.
REMARQUES
Celte lettre est surtout remarquable par le récit qu'y fait la Sainte de la vision qu'elle avait eue de saint Joseph. C'était pour Tolède qu'elle devait partir le lendemain.
La lettre est donc de l'année 1576 ; car on sait que la Sainte arriva à Tolède au mois d'août 1576.