‹ uvres tres-complètes de Sainte ThérèseChapitre 86 sur 201 · AU RÉVÉREND PÈRE JEAN DE JÉSUS ROCCA, CARME DÉCHAUSSÉ, A PASTRAN'E · texte numérisé non relu

AU RÉVÉREND PÈRE JEAN DE JÉSUS ROCCA, CARME DÉCHAUSSÉ, A PASTRAN'E

La Sainte lui marque la tranquillité dont elle jouit dans son couvent, oit elle etl retenue comme prisonnière, et le regret quelle a de voir souffrir Us autres a cause d elle, et lut fait part d'une révélation qu'elle avait eue, qui lui annonçait la fin prochaine de la persécution.

25 mars 1579. — Que Jésus, Marie et Joseph soient dans l'âme de mon

père Jean de Jésus.

.l'ai reru la lettre de votre révérence dans cette prison, où je me

trouve extrêmement contente, en considérant que tout ce que je souffre est pour l'amour de Dieu et pour mon ordre. Si quelque chose , mon père, me fait de la peine, c'est de savoir que vos révérences sont dans l'affliction par rapport à moi. Ne vous affligez donc point, mon fils, ni vous , ni les autres religieux; car je puis bien dire comme un autre S. Paul (quoiqu'il n'y ait nulle comparaison à faire de lui à moi pour la sainteté), que les prisons, les souffrances, les persécutions, les tourments, les ignominies et les affronts sont pour moi des régals et des faveurs , quand c'est pour Jésus-Christ et pour mon ordre que je les endure.

Jamais je ne me suis vue si dégagée de soins et d'embarras que je le suis présentement. C'est le propre de Dieu d'accorder son secours et sa protection à ceux qui vivent dans la peine et dans les fers. Je lui rends mille grâces , et il est juste que vous lui en rendiez tous autant, pour les faveurs qu'il me fait dans cette prison. Ah ! mon cher • fils et mon cher père, y a-t-il une plus grande satisfaction, un plus grand régal, un plus grand plaisir, que de souffrir pour un si bon Maitre! Dans quel temps les saints ont-ils été au comble de leur joie, si ce n'est quand ils ont souffert pour leur Sauveur et leur Dieu? C'est là le chemin le plus sûr pour arriver au ciel , puisque la croix doit faire un jour toute notre félicité. Ainsi, mon père, cherchons la croix, soupirons après la croix, embrassons les souffrances; et malheur à nous et à notre réforme, si jamais elles viennent à nous manquer!

\ ous me marquez par votre lettre que monseigneur le nouce a défendu que l'on fondât dorénavant aucun couvent de réformés , et qu'il a même donné ordre, à la réquisition du père général, qu'on détruisît ceux qui ont été fondés jusqu'à présent; que ce prélat est furieusement irrité contre moi; qu'il me traite de femme inquiète et qui ne demande qu'à courir. Vous ajoutez que tout le monde s'arme contre moi et contre mes enfants, et que ceux-ci sont obligés de se cacher dans les cavernes les plus inaccessibles des montagnes, ou dans les maisons les plus écartées, pour n'être point découverts et arrêtés. Voilà ce qui fait couler mes larmes; voilà ce qui me fait saigner le cœur, de voir mes chers enfants en bulle aux persécutions et aux travaux, et cela pour une pécheresse, pour une mauvaise religieuse telle que je suis. Mais si tout le monde les abandonne, Dieu ne les abandonnera pas; c'est de quoi je suis bien certaine : il n'abandonnera pas ceux qui l'aiment tant.

Et afin que vous vous réjouissiez, mon fils, avec les autres religieux, vos frères, je vais vous dire une chose bien consolante; mais que cela demeure , je vous prie , renfermé entre vous et moi et le père Marian ; je serais fâchée que d'autres en fussent instruits. Vous saurez , mon père, qu'une religieuse de cette maison, étant en oraison la veille de saint Joseph , mon protecteur : ce grand saint , la sainte Vierge et son Fils lui apparurent, les deux premiers intercédant pour la réforme ; et Dieu dit à la religieuse que l'enfer et beaucoup de gens sur la terre fai-

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