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LETTRE XLIII. OJl
saient de grandes réjouissances de ce que la réforme était sur le point de périr ; mais qu'au moment même que le nonce avait prononcé la sentence de destruction de ce saint établissement, Dieu l'avait au contraire confirmé; que nous n'avions qu'à nous adresser au roi, et qu il nous servirait de père en toutes choses. La sainte Vierge et saint Joseph tinrent le même discours à la religieuse, et lui dirent même bien d'autres choses que je n'ose confier au papier; entre autres, que s'il plaisait à Dieu je sortirais de prison dans vingt jours. Ainsi, réjouissons-nous tous tant que nous sommes, puisqu'à compter de ce jour la réforme du carmel fera tous les jours de nouveaux progrès.
Ce que je vous recommande, mon révérend père, c'est de vous tenir chez madame Marie de Mendoça, jusqu'à ce que vous ayez de mes nouvelles. Le père Marian ira porter cette lettre au roi, et l'autre à la duchesse de Pastrane. Surtout ne sortez point de la maison, de peur qu'on ne vous arrête, et soyez sûr que dans peu nous nous verrons en liberté.
Je me porte à merveille, Dieu merci , mais ma compagne n'a point d'appétit. Recommandez-nous, je vous prie, à Notre-Seigneur, et dites une messe d'action de grâces à mon père saint Joseph. Ne m'écrivez point sans nouvel avis. Je prie Dieu qu'il vous donne la perfection de votre état, et qu'il fasse de vous un grand saint; et je demeure avec beaucoup de respect, mon révérend père , votre très-humble servante ,
Thérèse de Jésus.
Je mande au père Marian qu il faut que vous négociiez secrètement notre affaire, vous et le père Gratien, avec le duc de l'Infantade.
remarques.
On remarque dans celte lettre le goût merveilleux que la Sainte avait pour les souffrances, qui lui faisait dire continuellement : Ou mourir, ou souffrir.
11 n'est pas douteux que celte religieuse, qui eut la révélation dont il est ici parle, fût la Sainte elle-même; et tout ce qui lui avait été révélé s'accomplit exactement; la persécution cessa, et elle sortit de prison. ,
L'emprisonnement de la Sainte avait été ordonné par un décret du chapitre généra! tenu à Plaisance en Italie, la Sainte étant pour lors à Séville; niais il ne fut exécuté qu'à Tolède, d'où celte lettre fut écrite.
Le duc de l'Infantade fut le plus zélé protecteur de la réforme dans celemps de calamité. Il était de la maison de Mendoça.
Le saint religieux à qui celte lettre est adressée fut un des premiers fondateurs de la réforme.
A LA RÉVÉRENDE MÈRE MARIE-DE-SAINT-JOSEPH. SEPTIÈME
La Sainle ta console de la persécution qu'elle avait essuyée, et lui marque te cas particulier qu'elle {ait d'elle.
1579. —La grâce du Saint-Esprit soit avec votre révérence, ma chère fille.
J'étais déjà fort attachée à nos sœurs de votre couvent , mais je le suis infiniment davantage à présentât je vous aime encore plus que les
autres, parce que c'est vous qui avez le plus souffert. Mais je puis vous assurer que, quand j'appris qu'on vous avait déposée, et qu'on vous avait même privée de toute voix et séance au chapitre, j'en eus une consolation toute particulière; car quoique je ne doute pas que nia fille ne soit une assez méchante personne, je suis pourtant fort persuadée qu'elle craint Dieu, et qu'elle est incapable de l'offenser jusqu'à mériter un pareil châtiment.
J'espère que Dieu découvrira avec le temps la vérité. On l'a bien peu respectée dans votre maison ; et c'est ce qui me chagrina le plus, lorsqu'on m'apporta à lire l'information faite contre vous, où je remarquai bien des choses dont je connaissais la fausseté, pour m'être trouvée sur les lieux dans le temps même. Depuis que j'ai reconnu la manœuvre de cette affaire, j'ai rendu à Dieu de très-humbles grâces de ce qu'il n'a pas permis qu'on ait poussé encore plus loin la calomnie; mais ces deux âmes me pèsent beaucoup. Nous devons toutes prier, particulièrement pour elles, afin qu'il plaise à Dieu de les éclairer. Je vous dirai que dès le moment que je vis la manière dont le père Garcie Alvarez s'y prenait , j'eus un pressentiment de tout ce qui arrive aujourd'hui.
L'endroit de votre lettre où vous me parlez des compliments qu'on vous fait sur votre clocher, m'a fort réjouie. Vous avez tout lieu de vous féliciter, s'il fait un aussi bel effet que vous le dites. J'espère qu'après tant de persécutions Dieu fera fleurir et prospérer votre maison plus que jamais. Vous dites si bien tout ce que vous dites, que si on voulait suivre mon avis , on vous choisirait après ma mort pour fondatrice; et je voudrais de tout mon cœur que vous fussiez reconnue pour telle, même de mon vivant; car vous savez beaucoup plus que moi, et vous êtes beaucoup meilleure; rien n'est plus vrai. Je n'ai d'autre avantage sur vous qu'un peu d'expérience; mais il n'y a plus à compter sur moi, et vous seriez vous-même étonnée de voir combien je suis vieille et peu propre à tout. Dieu vous conserve, ma fille, et vous rende une grande sainte. Faites bien mes compliments à toutes nos sœurs. Je suis toujours bien tendrement, ma révérende mère, Votre servante, Thérèse de Jésus»
Ily a toute apparence que celte lettre fut écrite sur la fin de la dernière persécution de Séville. Je croirais même volontiers que la persécution était entièrement apaisée; mais, quoi qu'il en soit, on ne peut placer cette lettre qu'en 157'J.La Sainte, par ces deux âmes qui lui pèsent beaucoup, entend parler de deux religieuses qui, soit par crainte, soit par malice, avaient trahi la vérité dans l'information que le provincial des mitigés avait fait faire contre le père Gralien, et contre la maison de Séville. La Sainte y était même impliquée.
L'endroit, où il est parlé de M Garcie Alvarez, est assez difficile à entendre; car cet ecclésiastique qui était confesseur du couvent dé Séville, et à qui pour celte raison, la Sainte donne le nom de père, était un homme d'une grande vertu, et dont elle a toujours parlé avec éloge. Mais peut-èlrc la Sainte veut-elle dire ici qu'il avait agi imprudemment. La prudence peut manquer aux plus grands saints.