AUX RELIGIEUSES CARMÉLITES DÉCHAUSSÉES DU MONASTÈRE DE SÉVILI.E
SECONDE
La Sainte les félicite sur l'élection qu'elles tenaient de [aire d'une prieure; les exhorte à oublier tout ce qui s'était passé durant la persécution, et incite celles qui avaient manqué, à réparer leur faute.
1580 , au commencement. — La grâce de l'Esprit saint soit avec vous , mes chères sœurs et mes chères filles.
Vous m'avo» f;iit craud plaisir de m'écrirc toutes , et je voudrais bien
nous pouvoir répondre à chacune en particulier; mais je n'en ai pas le temps, attendu la multitude de mes occupations. Ainsi je vous prie de m'excuser , et de recevoir ma bonne volonté.
J'aurais bien de la satisfaction de connaître celles qui viennent de faire profession , et celles qui ont pris l'habit. Je les félicite sur le bonheur qu'elles ont d'être à présent les épouses ou les fiancées d'un aussi grand roi. Plaise à sa divine Majesté les rendre telles que je le désire , afin qu'elles jouissent de la félicité suprême dans celte éternité qui n'aura point de fin !
Dites, je vous prie, à la sœur S. Jérôme, qui a pris dans sa signature le surnom de Fumier, que je souhaite de tout mon cœur, pour l'amour d'elle, que celle humilité ne se termine pas à la simple expression ; et à la sœur Gabrielle , que j'ai reçu le saint Paul qu'elle m'a envové , que j'ai trouvé fort joli , et qui m'a fait d'autant plus de plaisir qu'il est petit comme elle. J'espère qu'un jour elle sera grande devant Dieu. La vérité est qu'il nous semble à toutes que Dieu veut vous rendre plus parfaites que nous , puisqu'il vous a suscité de si grandes persécutions ; mais prenez garde de n'en point perdre le mérite par votre faute. Que son saint nom soit loué el béni en tout lieu , de vous avoir fait si bien rencontrer dans l'élection que vous venez de faire; c'a été pour moi un grand sujet de consolation. Nous avons l'expérience dans nos couvents de ce pays-ci que la première supérieure qu'on met à la tête d'une maison lors de sa fondation , est toujours plus assistée des grâces du Seigneur, plus attachée aux intérêts de sa maison , et plus attentive aux besoins des sœurs que les autres supérieures qui viennent après elle. C'est ce qui me fait penser qu'on ne devrait point changer ces premières supérieures, à moins de quelques grands défauts qu'on eût reconnus en elles; et en effet il y a dans ce changement plus d'inconvénients que vous ne sauriez vous l'imaginer. Dieu veuille vous éclairer toujours, mes chères filles, et vous faire prendre en toutes choses le parti qui lui est le plus agréable. Ainsi soit-il.
Je prie la sœur Béatrix de la mère de Dieu , et la sœur Marguerite, comme je vous en ai déjà toutes priées, de ne plus s'occuper de ce qui s'est passé , si ce n'est devant le Seigneur , ou avec leur confesseur. Si elles sont tombées dans quelque égarement, en n'observant pas dans leurs dépositions toute la droiture el la charité que Dieu exige de nous, qu'elles fassent sur elles-mêmes une attention sérieuse, pour qu'il ne leur échappe plus rien désormais qui ne soit dans la plus exacte vérité. Je leur conseille aussi de faire satisfaction aux personnes qu'elles peu- >ent avoir offensées , sans quoi elles seront perpétuellement troublées et agitées, et le démon ne cessera pas dc.lcs tenter. Pourvu que Noire- Seigneur soit content, tout le reste n'est rien. On devait bien s'attendre que le démon enragé de notre saint établissement, ferait tous ses efforts pour le ruiner dans ses commencements; et il n'y a lieu que de s'étonner qu'il ne nous ail pas fait plus de mal. Dieu permet soin eut que nous
tombions, afin que lâmc en devienne plus humble; et quand nous nous relevons avec des intentions droites et la conviction de notre propre faiblesse, nous tirons de notre chute, de nouvelles forces pour avancer dans les voies du Seigneur, comme il est arrivé à plusieurs saints. Ainsi, mes filles, puisque vous avez la Sainte Vierge pour votre première mère, et que vous êtes toutes sœurs, faites en sorte de vous aimer les unes les autres , et que tout le passé soit enseveli dans l'oubli. Je parle à toutes en général.
Celles qui croient que je suis le plus fâchée contre elles , ce sont celles-là même que j'ai recommandées à Dieu plus particulièrement; mais j'ai été sensiblement affligée par rapport à elles, et je le serai encore davantage, si elles négligent de faire ce que je leur demande pour l'amour de Dieu. J'ai aussi toujours eu devant les yeux ma chère amie la sœur Jeannc-de-la-Croix, et je me persuade qu'elle aura beaucoup mérité durant celte tempête. C'est à juste titre qu'elle a pris le nom de la Croix, puisqu'elle a eu sa bonne part des souffrances communes. Je me recommande à ses bonnes prières , et je la prie de croire que , si Dieu nous a fait faire une pénitence si générale, ce n'est, ni pour ses péchés à elle , ni pour les miens qui sont bien plus grands , ni pour ceux d'aucune autre en particulier. Je vous prie toutes de penser de même , et de ne me point oublier devant Dieu. Vous y êtes encore plus particulièrement obligées que nos sœurs d'ici. Je prie le Seigneur de vous rendre toutes aussi saintes que je le désire. Ce sont les vœux les plus ardents de celle qui est avec une véritable tendresse , mes chères tilles ,
Votre servante , Thérèse de Jésus, carmélite.
REMARQUES
On volt clairement que celle lettre fut écrite après la dernière persécution de Séville. Dans celle élection, sur laquelle la Sainte félicite les religieuses de ce couvent, elles avaient continué la .Mère Marie-de-S. -Joseph.
Cette lettre est seulement datée de l'année, sans qu'on voie dans quel mois elle a été écrite ; mais comme la Sainte y parle de la lin de la dernière persécution-, comme d'un événement encore récent, et qu'on sait que celte persécution était lime des 1 année 1579, il y a lieu de croire que la lettre a été écrite au commencement de I année
LETTRE Ll.
A LA RÉVÉRENDE MERE MARIE-DE-SAIN'T-JOSEPH