‹ uvres tres-complètes de Sainte ThérèseChapitre 95 sur 201 · A DOM SAXCHO DAVILA , DEPUIS LVÉQIE DE JAEN , L'DN DE SES · texte numérisé non relu

A DOM SAXCHO DAVILA , DEPUIS LVÉQIE DE JAEN , L'DN DE SES

ECTE0RS.

PREMIÈRE

Elle le console sur la mort de sa mère dont elle fait reloge , et le rassnrc sur quelquet

scrupules.

1580 10 octobre— La grâce de l'Esprit saint soit toujours avec vous, monsieur.

Vous vous reprochez , comme un défaut de sentiment, d'avoir enfin modéré l'excès de la douleur que vous a causée la mort de madame la marquise votre mère. Pour moi j'en loue Dieu , et l'en remercie comme d'une faveur singulière qu'il a bien voulu vous accorder. En perdant cette chère dame , nous avons tous fait une perte irréparable , mais elle jouit de Dieu présentement ; et plût au ciel! eussions-nous fait tous une

pareille fin.

Que je vous sais bon gré, monsieur, d'avoir écrit sa vie! On peut bien dire qu'elle fut toute sainte , et c'est une vérité dont je suis témoin. Vous me faites grand plaisir de me dire que vous voulez me l'envoyer. J'y trouverai une ample matière à méditer, et de nouveaux motifs pour

louer Dieu.

Quant à la peine que vous vous faites de ne pas sentir au-dedans de vous cette ferme résolution de ne jamais offenser Dieu, je ne la trouve pas fondée , pourvu qu'en effet vous ne l'offensiez pas , lorsque l'occasion s'en présente. C'est là la preuve la plus convaincante que vous puissiez avoir que tel est votre désir. D'ailleurs votre empressement : fous approcher chaque jour de Notrc-Seigneur dans le très-saint Sacrement de l'autel, et le regret que vous avez, lorsque vous n en approchez pas , sont des marques bien certaines de votre amour pour lui. Occupez-vous donc sans cesse des grâces infinies que vous recevez de ses mains libérales, et ne vous arrêtez point trop sur le détail de vos misères : car nous en avons bonne provision , surtout moi , et c est assez , je crois que nous nous les représentions en gros.

Pour ce qui est des distractions que vous éprouvez en récitant L'office divin, j'y suis sujette comme vous, et je vous conseille d'attribuer cela, comme je le fais, à faiblesse de tète; car le Seigneur sait bien que, puisque nous le prions, notre intention est de le bien

prier.

Ma santé est meilleure, Dieu merci, et je puis dire que je me porte Lien , en comparaison de l'année passée, quoique je ne sois guère sans souffrir; mais ce n'est rien que cela, et puisqu'il faut se résoudre a vivre, le mieux sans doute c'est de vivre en souffrant.

Jo salue très-humblement monsieur le marquis votre frère , et madame la marquise votre sœur. Assurez-les bien , je vous prie , que,

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quoique je me sois éloignée d'eux, je ne les oublie point dans mes faillies prières. C'est aussi le moins que je puisse l'aire pour vous, monsieur, puisqu'en qualité de mon confesseur, vous êtes mon maître et mon père. Voulez-vous bien vous charger de mes compliments pour Doni Fabrique et madame Marie. Ma tète se refuse absolument, sans quoi je leur écrirais. Pardon de la liberté que je prends. Je prie Dieu qu'il vous conserve, et qu'il vous donne les grâces nécessaires pour votre sanctification; et j'ai l'honneur d'être très-respeclueusemenl, monsieur,

Votre indigne servante et fille, Thérèse de Jésus.

D'Avila ce 10 octobre 1580.

REMARQUES

Dom SandiO d'Avila, à qui la Saime écrivait celle lettre, était de la maison des marquis de Velada ; il fut depuis successivement évèque de Carihagène, de Jaën.de Plaisance, el en dernier lieu, si je ne me trompe, de Siguença. C'était un prélat fort exemplaire, dont nous avons un savant traité sur la Vénération des reliques des saints. Ce fui lui qui prêcha à la canonisation de la Sainte, et il avait été son confesseur étant encore fort jeune, ce qui doit nous donner une grande idée de sa vertu. Il ne laissait pas cependant d'avoir recours aux lumières de sa pénitente ; et par obéissance la sainit disciple donnait quelquefois des leçons à son maître.

Au reste, il n'y a pas lieu de s'étonner, que la Sainte fût sujette, comme elle le dit, aux distractions involontaires. C'est le défaut ordinaire des personnes qui ont l'imagination vive, et ses œuvres nous apprennent combien la sienne devait l'être. Je ne doute pas qu'il ne lui soit arrivé souvent de régler les affaires de trois ou quatre de ses couvents en disant son bréviaire. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était de ranimer son attention aussilôt qu'elle s'en apercevait.

A MONSEIGNEUR I-'lLLUSTRISSIME DOM ALONSO VELASQUÈS, ÉVÈQUE d'oSMK,

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