‹ uvres tres-complètes de Sainte ThérèseChapitre 97 sur 201 · DIRECTEUR · texte numérisé non relu

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CINQUIÈME

La Sainte l'engage à concilier les carmélites d'Albe avec leur fondatrice; el lui recommande de veiller à l'observation de la règle pour la [ennemie des grilles des parloirs dans toutes les maisons.

1581. Janvier ou février. — Jésus soit avec vous , mon révérend père.

Votre révérence verra par la lettre ci-jointe ce qui se passe entre les carmélites d'Albe et leur fondatrice. 11 paraît que nos sœurs commencent à la craindre , parce qu'elle leur a fait recevoir quelques novices qui les réduisent à une grande nécessité , el je ne vois pas trop quel remède on peut apporter à cela. Ayez la bonté de vous informer de tout.

N'oubliez pas aussi, je vous prie, de recommander dans toutes les maisons l'observation de nos constitutions quant à l'ouverture des grilles , et qu'il soit bien expliqué pour quelles personnes elles doivent être ouvertes ou fermées; afin que les religieuses ne viennent point à se olaindre par la suite qu'on les tient plus resserrées qu'elles ne dot-

vent l'être. Je ne crains rien tant que de leur voir perdre cette heureuse paix ilans laquelle Nôtre-Seigneur les a maintenues jusqu'à présent. Je sais ce que c'est qu'une religieuse mécontente ; et tant qu'elles ne donneront pas d'occasion à les resserrer davantage, je crois qu'on ne doit pas exiger d'elles plus qu'elles n'ont promis.

A l'égard des confesseurs je ne vois point de raison pour leur parler la grille ouverte , non plus qu'aux religieux de quelque ordre que ce soit , et encore moins à nos pères réformés ; mais on pourrait se relâcher , par exemple , en faveur d'un oncle, à l'égard de celles qui n'ont point de père , lorsque cet oncle leur en tient lieu ; cela me paraît raisonnable. On pourrait en user de même pour une princesse , ou quelqu'autre personne du premier rang; et enfin dans toutes les occasions où il y aurait quelque avantage sans aucun risque. Hors ces cas, la grille doit toujours être fermée ; et s'il s'en présentait quelqu'un où il y eût du doute , je voudrais qu'on consultât le provincial, et qu'on n'ouvrît point sans lui avoir demandé la permission ; encore est-il à craindre que le provincial ne la donne avec trop de facilité. Il me semble que , pour traiter des choses spirituelles , il n'est pas nécessaire de se voir. Je m'en rapporte sur tout cela à votre révérence.

Je désire fort que l'on puisse bientôt recevoir à Albe quelques novices, dont la dot puisse servir à payer la dépense du bâtiment. Dieu connaît les besoins de cette maison , je le prie d'y pourvoir ; nos sœurs d'ici sont fort à leur aise ; elles ont abondamment tout ce qu'il leur faut, du moins pour le temporel ; mais ce n'est pas l'abondance qui donne la paix à l'âme. Cette paix se trouve plus aisément dans la pauvreté. Dieu veuille nous faire bien comprendre cette vérité , et vous donner les grâces nécessaires pour votre sanctiûcation. Ce sont les vœux de celle qui est avec la plus parfaite vénération , mon révérend père ,

Votre indigne et très-soumise servante, Thérèse de Jésis.

II y a lieu de croire que la Sainte écrivit celte lettre dans le temps qu'elle était à la fondation de Talence. La fondatrice d'Albe était une femme attachée an duc de rc nom , de laquelle la Sainle parle ave beaucoup d'éloge dans le livre de ses Fondations. Cependant elle ne lais-a pas d'avoir quelques démêlés avec les religieuses.

Comme on était aussi, lors de celte lettre, à la veille du chapitre qui devait se tenir à Aleala de l!en:.<-ès, pour la séparation des grands carmes d'avec les réformés, la Sainte prolita de cette circonstance pour écrire à plusieurs supérieurs de la réforme, auxquels elle donna ses avis louchant le gouvernement des religieuses , et le père Gralien fut du nombre de ceux à qui elle écrivit.

Cette lettre avant été écrite à Palence avant la tenue du chapitre général, où la s paration fut prononcée et exécutée, on ne peut lui donner d'autre date que le moisdj janvier ou de février 1581, puisque la Sainle n'arriva à Palence qu'au commencement de janvier 1581, et que le chapitre fut tenu le 5 mars suivant.

LETTRE LVH.

A DOM DIÈGLE DE MENDOÇA, CONSEILLER d'ÉTAT.

Elle le remercie d'une lettre qu'il lui avuit écrite ainsi qu'à ses religieuses, et l'exhorte à se retirer pour travailler « son salut.

15S1. 20 août. — L'Esprit saint soit toujours avec '.-us, monsieur.

LETTRE LVI1. oS9

Si vous saviez la douce consolation et la joie que nous a causée votre lettre à nos sœurs et à moi ! cela est inconcevable. On nous écrit tous les jours de tous 'es côtés , et il nous est assez ordinaire de recevoir des grâces des personnes de la première considération; mais nous n'y sommes point sensibles comme nous l'avons été à votre lettre. Il y a quelque chose là-dessous que je ne comprends pas , et j'en ai fait la remarque tant sur nos soeurs que sur moi-même. Le messager est , dit-on , prêt à partir , et on ne nous laisse qu'une heure pour vous faire réponse. Mais vraiment il en faudrait bien davantage à nos sœurs pour s'acquitter comme elles le voudraient de la commission que vous leur donnez. Votre commère entre autres croit de la meilleure foi du monde que ses avis ne vous seront pas inutiles , et je le croirais comme elle , si l'effet répondait a sa bonne intention ; mais c'est l'ouvrage de Dieu ; il n'appartient qu'à lui de toucher les cœurs. C'est déjà beaucoup, et nous lui en rendons grâces de vous ouvrir les yeux, et d'exciter en vous de bons désirs. Il est impossible que ces deux dispositions n'aboutissent pas insensiblement à une heureuse On dans un si grand esprit que le vôtre.

Tout ce que je puis vous dire , monsieur , c'est que mettant à part ce qui intéresse monseigneur l'évéque , je n'envisage rien qui pût me faire tant de plaisir que de vous voir maitre de vous-même. Je suis intimement persuadée qu'il n'y a que Dieu qui soit capable de remplir les désirs d'une aussi grande âme que la vôtre , et je regarde comme une grâce singulière qu'il vous fait, de permettre que vous soyez oublié et négligé de ceux qui pourraient vous donner en ce monde quelque légère satisfaction.

Mais je m'aperçois , monsieur , que j'extravague. Pardonnez-lemoi. Vous savez que les sujets les plus bornés sont toujours les plus téméraires , et que pour peu de liberté qu'on leur donne, ils en abusent.

Le père Jérôme Gratien m'a paru bien sensible à l'honneur de votre souvenir. Je connais son attachement pour vous, et l'envie qu'il a de vous être utile autant qu'il le doit, et même au-delà. Je sais qu'il a soin de vous recommander aux prières des bonnes âmes avec qui il communique, et il le fait avec un si grand désir que ces prières vous soient profitables, que je ne douie pas que Dieu ne les exauce. Il n'est pas content , à ce qu'il me dit un jour , que vous soyez un grand homme de bien , il veut encore que vous soyez un saint.

Pour moi je ne porte pas mes vues si haut, et je serais bien contente de vous voir pensera votre salut, sans que votre charité s'étendit jusqu'à procurer celui des autres. Travaillez seulement à mettre la paix (Sans votre âme. Vous en viendrez bientôt à bout; vous acquerrez insensiblement le goût des biens éternels ; et vous trouverez du plaisir à servir ce maître si bon, qui vous tiendra toujours avec lui , sans se lasser de vous faire du bien.

i LETTRE L\H.

Nous fiions déjà instruites du jour que tombe la fête de votre saint. Nous sommes convenues de communier toutes ce jour-là à votre intention. C'est une dette dont nous voulons nous acquitter. Nous nous ferons ;ui plaisir de célébrer pour vous cette fête, et nous la passerons le plus dévotement qu'il nous sera possible.

Quant aux offres de service que vous me faites, monsieur, je prévois que je ne manquerai pas d'occasions de m'en prévaloir. Mais Dieu sait que le plus grand service que vous me pourriez rendre , ce serait de \ ous mettre en situation de ne pouvoir m'en rendre aucuns quand vous le voudriez. Je ne laisserai pourtant pas d'avoir recours à vous dans le besoin, comme au maîire de cette maison.

Vb so^ur Marie, la sœur Isabelle, et votre commère sont bien embarrassées pour vous écrire. J'entends ici le bruit qu'elles font. Pour Isabotte, autrement la sœur S.-Jude, elle ne souffle pas, et je ne sais pas trop comment elle s'en tirera; car c'est son coup d'essai. J'ai résolu de ne leur pas corriger un seul mot. Je suis bien aise que vous essuyiez toutes leurs impertinences, puisque c'est \ous qui les leur faites dire. Et sans doute ce ne sera pas pour vous une petite mortification de lire ces belles lettres, comme ce n'est pas une petite preuve de votre bumilité de vous être si mal adressé. Je prie le Seigneur qu'il nous éclaire toutes , afin que vous ne perdiez pas le fruit de votre bonne œuvre par notre incapacité; et j'ai l'honneur d'être, avec autant de respect que de reconnaissance, monsieur,

Votre indigne servante et véritable fille, Thérèse de Jésus.

C'est aujourd'hui dimanche et le 20 août, si je ne me trompe.

REMARQUES

Le seigneur dom Diègue de Mcndoça était un des plus grands hommes de son temps, boo politique et sage courtisan. Il fut conseiller d'état sous Philippe II. I! nous n laissé l'Histoire de la révolte des Maures de Grenade, que je compare pour l'élé- ■r ance à la Vie de Pie V de Fuen Major. Ces deux ouvrages sont sans contredit ce que nous avons de mieux écrit en langue castillane.

Il paraît que ce grand homme avait formé le dessein de se retirer, et que par humilité il avait demandé sur cela non seulement l'avis de la Sainte , mais aussi ceux de ses religieuses. La Sainte lui dit agréablement qu'après l'évéque c'est i; lui qu'elle est le plus attachée. Il y a tout lieu de croire qu'elle entendait parler de dom Alvaro de Mendoça (I), évêqued'Avila, et apparemment frère du conseiller d'état. Ainsi c'était un compliment qu'elle faisait à tous les deux.

Si la Sainte ne s'est point Irompée, et s'il est vrai que celte lettre fut écrite un dimanche 20 août, on ne peut la placer dans une autre année que loSl ; car celle année est la seule de sa vit', depuis qu'elle eût connu le père Gratien, où le 20 août se soit rencontré un dimanche.

(I) Il n'était plus lors de celle lettre évoque d'Avila, il avait passé à l'évéché de Pa.ence.

LETTRE LYIII.

A LA RÉVÉRENDE MÈRE PRIEURE, ET AUX RELIGIEUSES CARMÉLITES DÉ- CHAUSSÉES DU COUVENT DE LA SAINTE-TR1MTÉ DE SORIE.

PREMIÈRE

La Sainte tes remercie d'un secours qu'elles lui avaient envoyé , ayant appris que son couvent était dans le besoin; et leur donne des avis spirituels.

29 décembre 1581. — La grâce du Saint-Esprit soit avec vous, ma révérende mère et mes chères filles.

Je crois que vous ne doutez pas que je ne souhaitasse de tout mon cœur pouvoir écrire à chacune de vous en particulier; mais, comme nous sommes à la veille de notre départ, je me trouve dans un si grand embarras d'affaires, que c'est encore beaucoup que j'aie le temps de vous faire ce petit mot pour toutes en général. Demandez à Notre-Seigneur qu'il bénisse nos entreprises, et surtout cette fondation que nous allons faire à Burgos.

Je reçois une grande consolation de vos lettres; mais ce qui m'en donne davantage, c'est de voir, autant par vos actions que par vos expressions, la tendre amitié que vous avez pour moi. Avec tout cela, et malgré la libéralité que vous venez d'exercer si généreusement à mon égard , je crois encore que vous êtes en reste avec moi, tant je vous aime. Je n'ai pas laissé de vous savoir un gré infini de ce secours dont nous avions grand besoin. Notre-Seigneur vous eu rendra la récompense. Il paraît bien que vous le servez comme il faut, puisqu'il vous a mises en état de rendre un si bon office à nos religieuses. Elles vous sont toutes sensiblement obligées, et prieront Dieu pour vous. Quant à moi qui ne cesse de le faire, que pourrai-je vous offrir?

J'ai bien de la joie d'apprendre que tout va bien, et particulièrement de ce que vous vous trouvez en butte aux murmures du monde, sans y avoir donné lieu. Ce vous doit être chose fort agréable, ayant eu si peu d'occasions de mériter lors de votre fondation. Quant à notre cher père Vallejo, je n'en puis dire autre chose, sinon que Notre-Seigneur récompense toujours par de grandes souffrances les services qu'on lui rend; et comme le bien que ce bon père fait à votre maison est assurément d'un grand prix, je ne m'étonne pas que Dieu lui fournisse les occasions de mériter de plus en plus.

Ayez attention, mes chères filles, quand cette sainte dame entrera chez vous, que la mère prieure et toutes les sœurs aient pour elle toutes sortes d'égards, et qu'on lui marque beaucoup d'amitié, comme il est juste. 11 y a en elle un si grand fonds de vertu, qu'il est inutile de la presser sur aucun point. Rien qu'à vous voir faire , et en écoutant les avis d'un aussi bon père spirituel que celui qui vous dirige, je crois qu'elle apprendra facilement tout ce qu'il faut qu'elle sache. Je prie Dieu qu'il vous conserve en bonne santé pendant une longue suite d'heureuses années.

s. TH. h. 25

J(J2 LETTRE MX.

Je suis charmée que la mère sous-prieure se porte mieux. Fuites- la toujours manger gras si elle en a besoin; et même il n'y a pas d'inconvénients qu'elle continue durant le carême. On ne pèche point contre la règle quand il y a nécessité. N'ayez sur cela aucune inquiétude. Ce que je demande à Dieu pour vous, ce sont des vertus chrétiennes, surtout que vous soyez humbles, et que vous vous aimiez les unes les antres. C'est-îà le point le plus important. Plaise à sa divine majesté que j'aie la satisfaction de vous voir avancer dans la pratique de ces vertus, et demandez-lui la même grâce pour moi. Je suis de tout mon cœur, mes

chères iilles ,

Votre servante, Thérèse de Jésus.

C'est aujourd'hui la veille de la fête du roi David. Il y a un an que nous arrivâmes à pareil jour à la fondation de Palence. Recommandez , je vous prie, à Dieu la sœur Thérèse de Jésus et la mère sous-prieure. Elles sont au lit toutes les deux, et la sous-prieure est fort mal.

REMARQUES

La Sainte écrivit cotte leiirc du convenl d'Avila, comme elle élait sur le point d'en partir pour aller l'aire la fondation de Burgos. Celle sainte dame, dont il est parlé dans celle lettre, élait, suivant les apparences, madame Béalrix de Veainonlé, qui, après avoir donné à Dieu sa maison pour la fondation du couvent de Sorie, voulait encore se donner à lui elle-même. Elle exécuta depuis ce pieux dessein, en prenant l'habit dans le convent de Pampelune.

Il est aisé de déterminer l'année où cette lettre a été écrite, puisque ce fut précisément un an après, jour pour jour, (pie la Sainte était arrivée à Palence, et qu'on sait qu'elle v arriva le lendemain des Innocents de l'année 1580. D'ailleurs, depuis la fondation de Sorie, la Sainte n'a passé d'autre mois de décembre que celui de 1581, étant morte le 4 ociobre 1582. La prieure de Sorie était la mère Marie de Christ, à qui est adressée la lettre LX11 ci-après.

A LÀ SOEUR ÉLÉONORE DE-LA-MISÉRICORDE , NOVICE DU MONASTÈRE DE LA SAINTE-TRINITÉ DE SORIE.

l.a Sainte lu rassvre et la fortifie sur certains scrupules qu'elle se faisait dans les commencements de sa voialïon.

1582. — Le Saint-Esprit soit avec vous, ma chère fille.

Ah, que je voudrais bien n'avoir point d'autres lettres à écrire que celle-ci, pour répondre tout à mon aise aux deux vôtres, dont la première m'a été remise par les pères Jésuites! Persuadez-vous, ma chère fille, que je ne reçois point de lettre de vous sans ressentir une satisfaction toute particulière. Ainsi, s'il vous venait dans l'esprit de ne me plus écrire, regardez cela comme une tentation du démon. Celle que vous éprouvez actuellement, en ce qu'il vous semble que vous ne faites aucun progrès, vous en fera faire un très-considérable. C'est ce que le temps vous apprendra. Dieu vous traite comme une personne qu'il tient déjà dans son palais, et qu'il sait ne pouvoir lui échapper. 11 veut vous donner moyen de mériter de plus en plus. Peut-être auparavant vous

LETTRE MX. ïW3

traitait— il avec plus de douceur, mais c'est que ce traitement vous était alors nécessaire pour vous détacher des choses du monde.

Je me souviens, à propos de cela, d'une sainte que j'ai connue à Avila ; je l'appelle sainte, parce qu'assurément elle en menait la vie. Elle avait donne pour l'amour de Dieu tout ce qu'elle possédait au monde. Il ne lui restait plus qu'une couverture; elle la donna encore. Aussitôt après, Dieu lui fit éprouver pendant quelque temps des peines intérieures inexprimables et de très-grandes sécheresses. Elle en faisait ses plaintes à Notre-Seigneur, et lui disait agréablement : Vraiment, Seigneur, vous êtes admirable! après m' avoir tout 6té , vous me laissez là. Ainsi , ma fille, mettez-vous dans l'esprit que Dieu est de ceux qui paient les grands services qu'on leur a rendus par des mortifications; et c'est bien là le meilleur paiement qu'on puisse recevoir, puisqu'on acquiert par-là l'amour de Dieu.

Je lui rends grâce du profit intérieur qu'il vous fait faire dans la vertu. Laissez-le agir en maître dans votre âme; elle est son épouse; il vous en rendra bon compte, et la conduira par le meilleur chemin. 11 vous semble que la nouvelle vie que vous menez, et les exercices qu'on vous fait pratiquer, éloignent de vous celte paix après laquelle vous soupirez ; mais ne vous mettez point en peine , tout viendra à la fois ; mettez votre gloire à porter la croix du Sauveur; ne faites aucun cas des douceurs et des consolations; il n'appartient qu'aux simples soldats de vouloir être payés par jour; servez gratuitement comme les grands seigneurs servent le roi , et que celui du ciel soit toujours avec vous.

Je réponds ce qu'il faut à madame Béatrix au sujet de mon départ. Madame Joseph, votre amie, est sans doute une bonne âme, et nous conviendrait fort; mais elle est si utile dans sa maison, que je ne sais si elle fait bien d'en vouloir sortir; je m'y oppose autant que je puis, dans la crainte de me faire des ennemis ; cependant si le Seigneur le veut, cela ne laissera pas d'arriver. Mes obéissances très-humbles, je vous prie, à ceux de messieurs vos frères que je connais. Dieu vous conserve et vous rende telle que je souhaite. Je suis bien tendrement, ma chère fille, Votre servante, Thérèse de Jésus.

REMARQUES

La sœur Élénnore de la Miséricorde éiail sœur de dnm Jérôme d'Avance, d'une maison illustre du royaume de Navarre. Elle avail épousé un gentilhomme du même pays, nommé dom François de Véamonté; mais ayant été depuis séparée de lui par une sentence de divorce, elle s'était retirée à Sorie, où Sainlc-Thérése la trouva lorsqu'elle alla dans celte ville pour y fonder un couvent. Cette dame conçut une grande amitié pour la Sainte ; et ayant appris d'elle la vocation du père Nicolas Doria, mie la Sainte avait attiré à son "ordre en priant Dieu pour lui pendant un an entier, elle se sentit inspirée de. Dieu de prendre le même parti. Ayant donc fait profession au couvent de Sorie, elle y vécut dans la pratique des plus éininentes vertus, et alla finir ses jours dans celui de Pampelune, sa patrie.

J'ai appris que celte vertueuse femme d'Avila, dont la Sainte rapporte ici unirait, était la vénérable Marie Dios, que l'on regardait en effet dans cette ville comme une Sainte.

39V I I I IKK IX.

A LA SffilR THÉRÈSE DE JÉSUS, NIECE DE LA SAINTE, NOVICE AU MONAS- TÈRE DE S. JOSEPH d'aVILA.

La Sainte donne à sa nièce de salutaires instructions.

1 mai 1j82. — La grâce de l'Esprit-saint soit avec vous, ma chère fille.

Votre lettre m'a fait grand plaisir; et comme nous avons quelque temps à passer éloignées l'une de l'autre, je suis charmée que les miennes fassent le même effet sur vous. Par rapport aux sécheresses que vous éprouvez, il me paraît que Dieu vous traite déjà comme une âme forte , puisqu'il veut vous mettre à l'épreuve pour connaître l'amour que vous lui portez, et pour juger si cet amour est de même dans la sécheresse comme dans la consolation. Tous devez tenir ce traitement à très-grande faveur de sa part, bien loin de vous en chagriner. C'est dans la pratique des vertus, bien plus que dans la ferveur sensible, que consiste la perfection; et d'ailleurs la ferveur reviendra dans le temps que vous y penserez le moins.

Quant à ce que vous me marquez de cette religieuse, c'est une pensée que vous-devez chasser de votre esprit; et n'allez pas non plus vous figurer qu'une simple pensée soit un péché , quelque mauvaise qu'elle soit. Ce que vous me dites de cette fille n'est rien au fond; mais je voudrais qu'elle éprouvât cet état de sécheresse et de tiédeur où vous êtes présentement, car je doute qu'elle sache ce qu'elle fait, et nous pouvons lui souhaiter cet état pour son plus grand avantage. Dorénavant, ma chère fille, quand il vous viendra quelque mauvaise pensée, faites le signe de la croix, ou dites un Pater, ou frappez-vous la poitrine, et faites en sorte de détourner votre esprit à d'autres objets. En résistant de celle façon vous tirerez un mérite de la tentation même.

J'aurais bien voulu répondre à la sœur Isabelle de S. Paul, mais je n'en ai pas eu le temps; faites-lui mes compliments. Elle sent bien que vous devez être la plus chérie. Dom François se porte à merveille; il \it comme un saint; il communia hier avec tous ses domestiques. Nous allons demain à Valladolid, d'où il vous écrira, car je ne l'ai point averti de ce messager-ci. Dieu vous conserve, ma chère fille, et vous rende une grande sainte. Je me recommande à toutes nos sœurs, et suis toujours \-otre bonne tante ,

Thérèse de Jésus.

C'est aujourd'hui St. Albert.

REMARQUES

Tn srrur Thérèse de Jésus <■ t :i"i r (ïlle de dom Laurent de Cépède, frère de l:i Sainte. Lors de cette Ictlre elle était libvicc au eou ent de St. Joseph d'Avila, où elle lii profession le 0 novembre de la même année 1582, et mourut le 10 septembre 1010.

Dom François, dont il est ici parlé, était aus^i lils de (loin Laurent, et par conséquent frère de cette religieuse. Ce gentilhomme, qui venait de perdre son père, accompagnait alors sa i mie dans son vi yage. Il se niana quelque temps après à Madrid avec mademoiselle Orophrise de Mendoca et Castille, qui était de la maison de l'hifauiade et Momlejir.

Celle IclLre ayant é :é écrite le jourde S. Albert, dans l'année du noviciat de la sœur luérèse de Jésus, sa date est par conséquent le 7 niai I5S2.

L'auteur des remarques s'est trompe sur l'époque du mariage de doni François qui ut célébré le 8 décembre 1588. Voyez la noie sur la 157' lettre de ce vol.

Tlié

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