A DOM SANCHO DAVILA, DEPUIS ÉVÈQUE DE JAEX , LIN DE SES DIREC- TEURS
SECONDS
Elle le remercie d'une de ses lettres; lui apprend le succès de la fondation de llargos, et lui recommande son beau frère.
12 auût 1582. — La grâce de l'Esprit-saiul soit toujours avec vous monsieur.
Si j'eusse su où vous étiez, j'aurais répondu plus tôt à la lettre que vous m'avez l'ait l'honneur de m 'écrire ; car il me (ardait de vous témoigner l'extrême consolation qu'elle m'a donnée. Je prie le Stigncur de vous en récompenser par une abondance de biens spirituels, que je lui demande tous les jours pour vous.
J'ai eu tant de peines, si peu de santé, et tant d'occupalions^à la fondation de Burgos, qu'il ne me restait guère de temps pour me donner la satisfaction de vous écrire; mais tout est présentement terminé, grâce à Dieu, et même avantageusement. Je voudrais bien, monsieur, pouvoir aller où \ous êtes. J'aurais certaines choses à vous communiquer qui s'expliquent mal par écrit; mais Dieu permet rarement que je lasse ma volonté. Que la sienne s'accomplisse toujours, c'est-là le point le plus important.
J'ai grande envie de voir la Vie de madame la marquise votre mère. Je me doute que madame l'abbesse votre sœur est après la lire, puisqu'elle ne me l'a pas encore envoyée, ou peut-être aura-t-elle reçu ma lettre trop lard. Vous avez bien eu raison de ne pas permettre qu'une si belle vie demeurât dans loubli. Dieu veuille qu'il ne vous soit rien échappé! Toute mon appréhension est que vous ne vous soyez point assez étendu.
Mon Dieu, que j'ai souffert pour gagner sur les parents de ma nièce qu'ils la laissassent à Avila jusqu'à mon retour de Burgos! Mais j'ai tenu bon, et je l'ai emporté. Je ne saurais assez vous remercier des bontés que vous voulez bien avoir pour eux. J'espère que vous serez leur appui. En revanche, je prie le Seigneur qu'il vous conserve et qu'il vous comble de ses grâces. Et je demeure pleine de vénération, monsieur.
Votre indigne et très-soumise servante, Thérèse de JÉsts. De Palence, ce 12 août 1582.
REMARQUES
La Sainte parle dans cette lettre de la peine qu'elle eut à la fondation de Iturgo;, où elle essuya des contradictions infinies de la part de l'archevêque, (l'était alors dom
Chrisloval Vêla, qui était pourtant un prélat fort régulier. Elle dit de lui assez plaisamment dans ses fondations qu'il ne lui refusait pas son agrément; mais que cet agrément était toujours accompagné de conditions impossibles, qui le rendaient inutile. Ce prélat se laissa cependant lléchir à la lin, et lui accorda de bonne grâce tout ce (pi 'elle demandait.
Nous apprenons d'une autre lettre de la Sainte que cette nièce, dont elle fait ici mention, était mademoiselle Béatrh d'Ahumade, fille de madame Jeanne d'Ahumade, sa sœur. Elle prit l'habit de carmélite déchaussée dans le monastère d'Albe après la mort de sa tante, comme celle-ci l'avait prédit. Son nom de religion était soeur Béatrix de Jésus. Elle fut prieure du couvent de Madrid. Je l"ai fort connue, et lui ai souvent parlé. Celait une sainte fille, et une religieuse accomplie. Je conserve d'elle trèsprecieusemenl un petit crucifix, dont elle me lit présent, et qu'elle avait porté sur soi pendant quarante ans. Elle mourut à Madrid en 1059, en odeur de sainteté.