FAITS ET RENSEIGNEMENTS
Étant au régiment l'inculpé fit la connaissance de la nommée Barraud Louise etdes promesses de mariage furent échangées entre eux. Vacher fut envoyé en congé de convalescence ; il se rendit dans sa famille mais revint bientôt à Baume-les-Dames, pays de la fille Barraud, et sur les instances de celle-ci. Le prévenu vivait chez les parents de sa fiancée depuis quelques jours, quand cette dernière le congédia sans aucun motif, en refusant de lui rendre les cadeaux qu'elle avait reçus. Rendu furieux, Vacher tira sur elle plusieurs coups de revolver.
Au régiment, l'accusé a donne à différentes reprises des inquiétudes au point de vue de son état mental. A deux reprises différentes il fut envoyé en congé de convalescence, comme ayant des propensions au délire des persécutions.
Cet état maladif s'était montré chez le prévenu depuis son arrivée au corps. Un des capitaines s'exprime en ces termes : « Vacher a souvent fait preuve d'une grande surexcitation qui se traduisait par des querelles sans motif avec ses camarades. Il avait la manie de la persécution. A cet état nerveux a succédé un affaissement moral qui dura un certain temps. Il m'écrivait des lettres où il m'exposait ses soi-disant malheurs. A plusieurs reprises, il a témoigné de son dégoût de la vie et il laissait volontiers hanter son esprit par l'idée de suicide. »
Un peu plus tard il essaya de se précipiter par une fenêtre du deuxième étage.
M. le lieutenant Greilsemmer commandant la compagnie où Vacher était sergent n'est pas moins catégorique sur l'état mental de l'inculpé. Celui-ci était d'un caractère concentré, peu communicatif avec ses camarades ;
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ceux-ci cherchaient à le faire sortir des idées mornes qui le hantuient mais sans y parsenir. (Voir lettre jointe.)
Ses chefs reconnaissent qu'il était dune conduite régulière, sa moralité était parfaite, son honorabilité et son honnêteté ne peuvent être mises en doute, il était d'une grande sobriété.
Cette tendance d'esprit se manifestait déjà chez l'inculpé dès son jeune âge, dans sa famille, il se montrait tel qu'il est aujourd'hui, violent, emporté, soupçonneux, mécontent; à six ans il est mordu par un chien enragé. Dès l'âge de neuf ans, il se fait remarquer par des extravagances. On lui confie une voiture, il la met en pièces pour se distraire; il s'amuse à couper les jambes aux bestiaux dont il a la garde. Plus tard, que sa famille lui adresse une remontrance, un faible reproche, il s'emporte, accuse ses parents de lui vouloir du mal, leur reproche de lui avoir refusé les moyens pour continuer ses études, part de chez lui et on ne le revoit pas de huit jours. Il occupe plusieurs places et partout ce sont des querelles.
A quinze ans, il entre comme novice dans la congrégation des frères de Sainl-Genis-Laval près de Lyon. Il y reste trois ans. Vacher voulait entrer dans l'enseignement, devenir une autorité, un chef dans le couvent, mais pour des motifs pécuniaires ses supérieurs se bornaient à l'occuper aux travaux des champs. Il en conçut un vif chagrin, il s'adressa alors à sa famille qui ne put ou ne voulut pas adhérer à ses désirs. De là ces idées de haine contre sa famille.
Comme antécédents héréditaires, une de ses sœurs aurait eu des accès de lypémanie avec idées de suicide, un de ses oncles aurait fait des extravagances.