‹ Vacher l'éventreur et les crimes sadiquesChapitre 22 sur 40 · DISCUSSION · texte numérisé non relu

DISCUSSION

Il importe maintenant d'établir sur quel terrain morbide se trouve placé Vacher. Celui-ci est un délirant par persécution à la première période.

Cet état maladif remonte déjà à plusieurs années. Dans sa famille il était violent, emporté, soupçonneux, au couvent il a l'ambition de devenir supérieur, mais ses movens pécuniaires ne lui permettant pas de continuer ses études, il est obligé de quitter cet établissement ; de retour dans sa famille il accuse ses parents d'avoir entravé son avenir; viennent-ils à lui adresser une observation, il prétend qu'ils lui en veulent. L'inculpé se rend à Lyon, entre dans différentes places qu'il quitte bientôt. A peine arrivé au régiment il manifeste les mêmes idées de persécution; simple soldat, un caporal le persécute, veut l'empêcher de parvenir; sergent, ses camarades parlent mal de lui, le regardent d'un mauvais œil, chuchotent quand il passe à ccMé d'eux; tous le dénigrent auprès de ses supérieurs, aussi écrit-il plusieurs lettres à ses chefs pour se disculper. Sur ces entrefaites il fait la connaissance de la fille Barraud, son élat s'aggrave, il profère des menaces contre les sergents qui habitent la même chambre que lui.

A l'asile cet état maladif suit la marche progres-^ive. Tout le monde s'est ligué contre lui. Nous avons pour lui toute sorte de bontés, loin de nous en savoir gré il nous accuse de vouloir le tuer et non le guérir. Nous nous moquons de lui, nous passons devant son lit sans le regarder, nous serions heureux de l'envoyer au cimetière.

Les malades sont ses ennemis, ils le mouchardent, aussi profère-t-il des menaces contre eux. Quoique l'inculpé nie les actes désordonnés auquelsil s'est livré le 23 août dernier, nous estimons qu'alors Vacher agissait sous l'influence d'hallucinations de l'ouïe.

CONCLUSIO.XS

De ce qui précède nous concluons: Le sieur Vacher Joseph est atteint d'aliénation mentale caractérisée par le délire des persécutions. Saint- Ylie, le i'2 septembre 1893.

Signé : Glillermi.n.

Lettre du lieutenant Greilsemmer, commandant la 2^ compagnie du 2" bataillon, au colonel du 60^ réijiment d'infanterie

Besançon, le 30 juin 1893 (1).

La conduite du sergent Vacher pendant son séjour dans la compagnie a toujours été très bonne ; jamais aucune irrégularité n'a été constatée, sa moralité était parfaite, son honnêteté et sa probité ne peuvent être mises en doute, il était d'une grande sobriété.

D'un caractère concentré en lui-même, il était peu communicatif avec ses camarades ; ceux-ci cherchèrent au début à le faire sortir des idées noires qui le hantaient mais sans y parvenir.

Poursuivi par cette manie de la persécution. Vacher ne voyait autour de lui que des mouchards ou des gens qui cherchaient à lui nuire.

D'une force musculaire considérable. Vacher sentait le besoin de la dépenser au dehors et il éprouvait un plaisir sauvage à soulever à bras tendu des objets mobiliers du casernement (bancs de troupe, chaises attachées ensemble) ; il serait allé autrefois, avant son arrivée à la compagnie, lutter dans les foires, poussé par le seul besoin de faire agir sa force.

L'état d'énervement dans lequel il se trouvait lui causait des insomnies pendant lesquelles il monologuait avec des gestes menaçants et le moindre froissement qu'il avait pu éprouver avec ses camarades ne faisait qu'augmenter cet état de surexcitation; Vacher parlant alors de leur couper le cou avec un rasoir, ses camarades ne se couchaient plus sans craindre pour leur vie et plaçaient leur épée-ba'ïonnette à côté d'eux.

J'ajouterai que lorsque Vacher se trouvait dans cet état, il leur paraissait être un somnambule en proie à une idée fixe, il exprimait alors le besoin qu'il avait de voir couler leur sang.

Depuis son arrivée à la compagnie, A'acher avait fait connaissance d'une femme habitant Baume-les-Dames.

L'amour qu'il éprouvait pour elle semble encore avoir augmenté son état en le compliquant de jalousie. C'est sous l'influence de cette jalousie qu'il a menacé de mort le soldat Loyonnet (actuellement caporal à la compagnie et qu'il soupçonnait de vouloir lui enlever sa femme).

Lorsque Vacher proféra ces menaces de mort contre ses camarades, le commandant de la compagnie demanda qu'il fût mis en observation, et le résultat de cette surveillance fit l'objet d'un rapport spécial de M. le médecin-major, chef de service.

Signé : Greilsemmer.

(1) Se rappeler que Vacher a couimis la tentative d'assassinat de Baume-les- Dames le 2i juin.

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