‹ Vacher l'éventreur et les crimes sadiquesChapitre 23 sur 40 · ASILE PUBLIC D'ALIÉNÉS DE SAINT-ROBERT · texte numérisé non relu

ASILE PUBLIC D'ALIÉNÉS DE SAINT-ROBERT

Copie de lettres adressées et écrites par le nommé Vacher Joseph à M. le médecindirecteur du dit asile.

Asile de Saint-Robert, le 15 janvier 1894. Monsieur le Directeur,

Je vois que vous êtes un peu dans Tindécision pour me faire l'opération, c'est pour le motif que je me fait un devoir de m'approcher aujourd'hui de vous pour vous causer à ce sujet et vous rassurer par mon courage sur le danger et les souffrances que je dois m'attendrc.

A mon idée, M. le Directeur, il y a certainement une grande porte laissée ouverte pour me sauver, mais faut-il pour cela que je ne sois pas abandoné, comme je l'ai été pendant 6 mois à l'asile de Dôle.

L'opération est dangereuse, je le reconnais, mais je vous dirais, M. le Directeur, que j'ai déjà suporté une toute aussi délicate que celle-là : c'est vrai j'avais affaire à des hommes qui s'occupaient sérieusement de moi, qui étaient capables et qui ne se contentaient pas de regarder et laisser grandir le danger.

Fort heureusement, M. le Directeur je suis loing d'avoir affaire aujourd'hui aux personnes qui mon négligé pendant 6 mois. Je puis même vous dire, avec plaisir, que depuis mon arrivée jai été surpris d'être entré dans une nouvelle asile aussi bien administré, aussi je puis le répéter; j'ai cru rentrer dans un Paradis lorsque pour la première fois j'ai senti sous quelle direction jallais nouvellement vivre.

Dans votre dernière Aisite, M. le Directeur, je vous ai dis que je serais bien heureux si vous pouviez me faire envoyer à IHùlel-Dieu, à Lyon, pour me faire faire celte dangereuse opération, car là, je l'espère, jaurai affaire à quelques bons spécialistes chirurgiens, et ce qui me ferais encore plus plaisir, je pourrais, en les avertissant, revoir certains Parents qui me sont les plus chers avant le moment de l'opération.

Veuillez donc, M. le Directeur, vous occuper sérieusement de moi pendant qu'il fait une température froide, car plus tard il serait peut-être impossible de recourir à la dernière espérance.

Dans l'espoir que M. le Directeur accueillera favorablement mon humble lettre. Je reste son très humble et fidèle serviteur.

Signé : Vacher.

Asile Saint-Robert, le 29 janvier 1894.

Monsieur le Directeur,

A chaque visite que vous passé vous me demandez bien si je vai mieux ; si je peux vous répondre oui, c'est bien, mais si je suis obligé de dire le

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contraire vous me parlé de m'électriser une partie de la tète, vous passez et tout est fini, vous n'ignorez cependant pas M. le Directeur la dangereuse situation dans laquelle je me trouve, vous savez aussi et mieux que personne que ma place pour le moment n'est point ici, mais bien dans un hospice ou je pourais attendre avec confiance les soins que réclame mon état. De plus, vous savez que depuis de longs mois je souffre, c'est vrai de ma faute, mais aussi de celle de ceux qui sont payés pour me soigner. Pour tous remède je n'ai eu jusqu'à présent que ces quelques paroles consolantes: l'opération est dangereuse. J'ai souvent répondu à ceux qui me parlaient ainsi: si elle est dangereuse, jai du courage? et c'est un motif pour ne point m'oublier, me mettre au plus tôt entre des mains capables qui certainement ne feront pas les mêmes rétlections et qui auront donné la vie à d'autres pauvres abandonnés que moi, mais voilà, j'ai laissé échapper de ma bouche quelques fâcheuses paroles lors de mon transfert et c'est pour ce motif là que vous évitez à obéir à votre conscience et ne me mettez pas au lieu que mon état réclame. M. le D"" Boinet m'a bien dit qu'il avait écrit à un chirurgien de venir, mais si ce chirurgien juge bon de me faire l'opération, ce n'est toujours pas ici qu'il pourra me la faire et me donner les jours suivants les soins que lui seul sera dans la possibilité de me donner. Si vous le faites venir pour m'examiuer seulement, c'est très bien, mais ce n'était pas la peine d'attendre si longtemps et de me laisser dans la souffrance pour attendre une personne vers laquelle vous devriez m'envoyer.

Il y a quelques jours je vou ai demandé, M. le Directeur, l'autorisation d'aller me reposer dans mon lit quand la tète me ferait trop souffrir. Vous me l'avez permis en présence de mon chef surveillant. Celui-ci me refuse cette grâce que je lui demande le soir après la soupe, car c'est le soir que la tête me fait le plus souffrir. Il a peur que je me suicide en son absence me répondit-il? Vous mettant un instant à ma place, ne croiriez-vous pas M. le Directeur qu'il est temps que de tels idées et de pareilles remèdes changent? Ne penseriez-vous pas comme moi qu'il faut qu'il y ai une grande porte pour me sauver pour que dans l'état où je me trouve j'ai pu endurer pendant six mois la misère et la faim dans mon ancienne asile, oui la faim, car je me contentais souvent de manger mon morceau de pain seul pour me tenir la vie, plutôt que de manger la mauvaise nourriture qu'on nous donnait et je n'étais malheureusement pas le seul aussi était-il facile à comprendre les motifs qui m'ont poussé aux incidents qui me sont arrivés dans mon ancienne asile ou lors de mon transfert. Quant à la faiblesse morale que j'ai eu à Beaiime-les-Dames, je l'ai réparé depuis longternps par les soiiffrances que je me suis mer(?(^s et combien aurait-il, peut-être, mieux vallu qu'un jugement me soit rendu, car vu mes antécédents et les conditions dans lesquelles mon malheur m'était arrivé (surtout qu'il n'y avait que moi qui avait du mal) j'avais tout à croire que le jugement rendu par la Cours d'assises m'aurait acquitté. J'en ai vu acquitté d'autres qui avait fait bien plus du mal que moi. En tout cas on m'aurait mis de suite au lieu que mon

état réclamait, mais on a cru bien faire en m'envoyant à l'asile de Dôle pensant que là j'y trouverai les remèdes physiques et mentais que mon état réclamait. J'y ai trouvé, malgré les orgies que j'ai vu s'y dérouler le remède à mon esprit et vous pouvez M. le Directeur en juger aujourd'lud par vous-même, maintenant à vous de me mettre au lieu que je dois être pour tenter à ma guérison ou à me remettre à mes parents.

J'aime à croire que vous accueillerez favorablement mon humble lettre et que vous ferez M. le Directeur votre possible pour améliorer ma triste situation.

Votre très humble et très respectueux serviteur,

Signé : Vacher.

Asile Saint-Robert, le 5 mars 1894.

Monsieur le Directeur,

Il y a une quinzaine de jours vous m'avez demandé ou j'irais en sortant d'ici, si ma sœur ne venait me chercher? Il est facile à comprendre que vu les conditions ou je me trouve je n'ai pu vous répondre de suite à une telle question posée à l'improviste. Il faut donc aujourd'hui que j'ai réfléchi à ce cas là, vous faire connaître mes intentions, car je pense bion que quoique ma sœur ne viendrait pas me chercher je ne serait pas plus condamné qu'un autre à rester ici. La grande question est de savoir si fai Vamour du travail et assez d'esprit pour en trouver au besoin.

Vous pouvez M. le Directeur, juger do cela d'après mes rt» décède» /s, d'après le plaisir que vous me ferez en me rendant ma liberté après tant de souffrance !...

Maintenant M. le Directeur, nous sommes seize enfants dans notre famille (deux mères) et tous sont à peu près à leur aise et mariés. Je n'aurais qu'un frère je serais peut-être que plus tôt retirer, car chaqu'un doit se discuter ma responsabilité (puisqu'ils doivent se rendre responsables de moi pour me retirer) quoique cela, je suis bien sur qu'aucun ne me laissera dans le besoin une fois sorti d'ici et que tous en seront heureux. Tout ceux qui sortent d'ici n'ont toujours pas cet avantage. Tous n'ont pas une petite somme d'argent et ne sont pas si bien habillé que moi. Tous n'ont pas une pièce de terrain bien vendable avec laquelle ils peuvent faire naître au besoin une pièce de 600 francs en attendant de se fixer dans une place suivant leur conditions ou de se créer un domicile le lendemain même de leur sortie. Mieux que çà, ma sœur de Menton qui mieux que toute autre ne me laisseras pas dans le besoin une fois dehors, a une maison qui lui revient de l'héritage de mon père à Boaufort et cette maison qui n'est pas habitée depuis près de six ans me suffit largement si je la veux pour mon domicile. D'ailleurs elle me l'a promis quand elle est venu me voira Beaumes-les-Dameslors de mon malheureux événement.

Maintenant, penseriez-vous qu'elle m'en empêcha (ce qui n'arriveras

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assurément pas) que je me créerais une autre domicile avec le sccour de mon argent. Tout cela ce n'est que pour vous rassurer après ma sortie d'ici. Pour quant à moi Je suis sur qu'une fois dehors, ma sœur de Menton pour la première fois ne me laissera point dans le besoin. Tout le mal qu'il y a, c'est que mes frères ou sœur se font peut-être une idée trop grande de leur responsabilité vis-à-vis de moi.

Il est probable que je recevrais une réponse de ma sœur de Menton ces derniers jours, mais dans le cas contraire, je compte sur votre bonté et votre justice pour tous.

Dans la confiance que vous daignerez, Monsieur le Directeur, prendre ma lettre en considération, je reste votre très humble et très respectueux

serviteur.

Signé : Vacher.

Asile Saint-Robert, le 30 mars 1894.

Monsieur le Directeur,

Comme je dois bientôt vous quitter, il m'est un devoir rigoureux de venir en dernier lieu près de vous pour vous remercier ainsi que M. Boinet des services que vous m'avez rendus depuis que je suis dans votre asile et vous témoigner toute la reconnaissance que je vous dois pour la grâce que votre bonté et votre justice a bien voulu me faire accorder.

Je ne regrette qu'une chose. Monsieur le Directeur, celle qu'on ne m'est pas envoyé directement dans l'asile de mon département après mon malheur, car j'aurais ainsi échapper à bien des soulTrances et autant que je puis le croire j'aurais regagné ma liberté depuis longtemps.

Comme je vous l'ai dit. Monsieur le Directeur, je vais aller trouver les frères Maristes en sortant d'ici et faire tout mon possible pour entrer domestique chez eux, où ce cerait si bien ma place. Je serais bien heureux si cela vous était possible de me faire une petite recommandation qui certainement m'aiderait beaucoup pour y rentrer. Je vous remercie à l'avance si vous avez l'obhgeance de me le faire.

M. Berlioz m'avertit l'autrejour que vous aviez donné ordre de me retirer mon revolver et mon couteau (1\ J'ai été un peu étonné que vous m'ayez retiré le couteau ; quant aii revolver ni./e n'aurais osé le regarder ni le toucher. Ma première pensée quand M. Berlioz m'en a parler était de m'en débarrassé en le lui donnant et c'est ce que je désirerais que vous fassiez si cela vous est possible. Si vous ne pouvez vous en débarrassé de cette manière veuillez avoir l'obligeance de le faire envoyer à mes frais, à un de mes neveu, à l'adresse: Perret Pétrus, propriétaire à Saint-Genis-Laval, quartier deNève, Rhône.

(1) Par précaution et par crainte de nouvelles tentatives de suicide au dehors.

Dans le cas où je n'aurais pas le plaisir de vous dire adieu avant mon départ, j'ai Ihonnenr de vous serrer cordialement la main et de rester votre très humble et très respectueux serviteur.

Signé : Vacher.

Pour copie, certifié conforme :

Asile de Saint-Roborf, le 12 novembre 1897.

Le médeciti-directeui\

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