‹ Vacher l'éventreur et les crimes sadiquesChapitre 38 sur 40 · LES VAGABONDS CRIMINELS · texte numérisé non relu

LES VAGABONDS CRIMINELS

il y a des individus qui ont une existence semldable. Auguste (Jointe avait rangé les mendianls parmi les « prolétaires |)assifs ». Il peut y avoir en eflet parmi eux des insouciants et des imprévoyants.

Mais dans celte troupe de roulants, ou mieux dans cet innomhrahle troupeau, il y a un grand nombre de criminels.

Ces routiers sont répandus dans la campagne : ils volent, incendient, pillent, assassinent, ou mendient en proférant des menaces. Ils sont particulièrement insolents dans les formes, dans les maisons isolées où ils ne rencontrent (jue des enfants, un vieillard, une femme seule : alors ils demandent insolemmeut la charité. Si on refuse, ils volent, ils n'hésitent même pas a frapper ou ii engager une lutte.

Dans Targot professionnel, on dislingue le routier ou chemineau qui travaille « en cagou », c'est-a-dire qui opère seul.

Ce solitaire travaille « à la douce » ou vole sans violence, ou bien il opère « à la dure », c'est-à-dire en assassinant.

Il y a d'autres catégories : les noui-risseurs (\m préparent un ct)up à faire, nourrissent longuement le « marmot », le a poupon », l'entreprise, puis lorsque tout est prêt, ils opèrent ou « font des copeaux ».

On cite aussi les /'ouradiers : ce sont des indi\idus de nature très irritable, facilement impulsifs : chez eux l'idée du crime vient tout a coup comme une « foucade» ou un caprice amoureux, imprévu. Les var/ueiirs vont devant eux, sans but, a la rencontre d'une occasion ou d'un coup a faire. Ils volent ou cherchent ;i voler ou « vont en vacquerie ». Le vague est la llànerie. Vagabonder s'appelle se « lâcher du vague » et un « cou[) de vague » est le vol au hasard, dans la première maison venue.

C'est dans ces catégories qu'il faut ranger les auttMirs de nombreux crimes restés impunis dans ces dernières années.

En voici quelques-uns. Leur nombre — M. Foui(|uet a examiné plus de 80 dossiers, — les conditions dans lesquelles ils ont été accomplis, sur un point quelcotique du territoire, montrent bien leur cause et l'étendue du mal.

1880. — rioulogni'-.«iir-Mfi'. Cl Juill.'l : Mari.- Keiiiigiie, iieul' ans.

Seclioii du roii. Viol.

I89t. — Saiiil-Qucnlin i Isère). — IMiiloniène Martel, dix ans. .lolco dans

II?ère : sur le sable, à côté des pas de roulant, [las d'homme

chaussé de galoches.

IHO.'J. — Saint-Gormain-Langot Falaise). — i'-\ a\ril: Colombe Lcdouv,

onze ans, étranglée et jetée dans un étang. — Condoni. — tO juin : petite fille do sept ans. ('franglëe après \ioI.

,;()(i I.KS VAGABONDS CIUMIN'KLS

[^'j\, — (;la\ei>.-tili'> ^Vîilcnce . — .Marie. i)iii;ala>. div-sept ans. Teutali\c viol, incurlre, iKir un individu de taille au-dessus de la moyenne avec fortes moustaches blondes.

[S'X't. — Vervins (luise^ — 18 septembre : Charlotte Sueur, quatorze ans. Strangulation, jetée dans l'Oise.

— Saiiit-(iobert (Vervins). — 18 octobre : Julien Lefèvre, seize ans.

Étranglé et jeté dans la rivière le Vilpin.

— Un a aperçu deux individus, l'un parlant dillicilement, berel bleu

foncé, paletot velours, gilet lustrine noire, pantalon velours marron grosses côtes, souliers niolière, bout retroussé: c"est le signalement correspondant ù celui de Vacher.

1^9(3, — Xîini's. — 2") octobre : Mirliel, neuf ans. Assommé, victime d'un acte de pédérastie.

1)^<)7. l5ell'ort. — 18 mars: .\drienne Hevillard. neuf ans. Strangulation et viol.

— (jarches (Seine-et-Oise). — 7 avril : Tentative assassinat sur petite

lillo.

— Sens. — 7 septembre : Alice Maillet, seize ans. Étranglée avec

corde, tentative de viol, les boucles d'oreille manquent.

— Mellerey (Saône-el-Loire). — '50 Juin : Jeune garçon de douze ans.

Saisi à la gorge, vol, tentative de meurtre.

— Mercurey. — 6 juillet : (iarçoii de onze ans. Saisi à la gorge

tentative de meurtre, vol.

On distingue, dans cette terrifiante liste, une série de crimes commis de 1893 à 1898, sur des enfants étranglés, violés puis jetés à l'eau. Notons encore un certain nombre d'assassinats de vieillards deux ou trois à la fois, (âgés de soixante-cinq à soixante-dix ans, tous assommés à coup de barre de fer: ce serait, il nous semble, le fait de deux ou trois routiers qui agissent ensemble.

Voilà le mal. Il est grand et il nous paraît utile de l'enrayer et au plus tôt.

Pour mettre la main sur ces roulants, essentiellement mobiles, toujours sur le « trimard », passant facilement d'un département dans un autre, il faut une justice permanente, ayant un siège constant centralisant toutes les affaires classées, celles dont les auteurs restent inconnus, qui paraissent avoir une origine commune et se sont passées à la campagne, dans les lieux peu habités, sur les routes.

11 est nécessaire que le garde des sceaux organise systématiquement la méthode mise en pratique par M. Pourquoi, juge d'instruction à Belley, à propos de l'affaire Vacher.

Qu'a fait ce magistrat ?

LES V.\r.AHONUS ckiminlls ,'i(j7

A propos du crime tle liciionccs, il se mit ;i étudier une suite de crimes commis, de coté et d'autre, dans des circonstances presque semblables. Les analogies ne tardèrent pas à se montrer, ies rapprochements étaient évidents, il était possible de grouper des particularités. En résumé, guidé par un esprit vraiment philosophique, ce juge d'instruction chercha ce qu'il y avait de constant dans une série variable.

La conclusion de cette étude fut le signalement presque exact, et on peut dire assez ressemblant, de l'auteur de ces crimes.

Voici ce curieux document, envoyé à tous les parcjucis de France le 10 juillet 1897, et qui amena l'arrestation de Vacher un mois après, à Tournon.

CABINET I)f JUGE DLNSTlUCTlo.N

itKi.t.Kv Bellev. l.» 10 juillet 1897.

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