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ESCALES PENDANT LA TRAVERSÉE. CURIOSITÉS A VISITER

En parlant de Toulon, les Transports de l'État ou les Affrétés appartenant à la Compagnie Nationale, vont généralement à Oran pour y embarquer un détachement de la Légion Étrangère, la route de Toulon à Oran passe près des Iles Baléares.

Il faut environ trois jours pour aller de Toulon à Oran, la mer étant fréquemment mauvaise.

Si l'on arrive à Oran dans la journée, l'embarquement des troupes qui se fait à quai demandant peu de temps, on n'y reste que quelques heures seulement, il n'est alors pas possible de descendre à terre pour visiter la ville.

Si au contraire l'arrivée a lieu un peu tard dans la soirée, l'embarquement du détachement de la Légion ne pouvant avoir lieu que le lendemain malin, on a la nuit entière et une partie de la matinée pour parcourir la ville, car le port d'Oran étant très petit, les bâtiments de fort tonnage ne peuvent y entrer ni en sortir pendant la nuit.

Ce qui est surtout curieux à Oran, c'est la ville haute où depuis quelques années on a construit beaucoup et principalement des édifices publics.

La population Européenne y est généralement Espagnole.

A son départ d'Oran , le bateau suit à peu près constamment la cùte d'Algérie et Ton peut voir à la jumelle les différentes villes du littoral, ce qui rend la navigation très agréable dès les débuts, mais on ne peut apercevoir Alger qui se trouvant dans une anse, esta une trop grande distance de la pleine mer.

C'est d'autant plus regrettable qu'Alger la Blanche, vue de la mer de jour comme de nuit, offre un coup d'œil absolument féerique, le jour, avec son infinité de maisons blanches s'élendant sur le rivage et grimpant pour ainsi dire sur le coteau, la nuit, avec ses milliers de lumières qui par le ciel pur d'Afrique semblent se confondre avec les étoiles du firmament.

Le quartier nouveau, c'est-à-dire le quartier complètement Européen, le plus beau, est appelé Mustapha.

Pour bieu voir la vieille cité Algérienne, avec ses maisons en amphithéâtre s'étageant sur les flancs de la colline, au pied de laquelle se déroule aux yeux l'intéressant panorama de la mer azurée, il faut gravir la montagne à pic de son Kasbah, avec ses rues grimpantes; beaucoup de maisons y sont reliées par une arcade, c'est un vrai dédale d'où il est quelque-

fois difficile de sortir, et où il est parfois dangereux de s'engager seul à une heure un peu avancée de la nuit.

Les deux principales rues commerçantes sont les rues Bab-Azoun et Bab-El-Oued, dans le prolongement Tune de l'autre dans la partie basse de la ville, et sur la mer, le quai de la République avec sa série d'arcades rappelle la rue de Rivoli.

Si l'on ne peut visiter Alger à l'aller, on peut toujour le faire au retour, car les Transports de l'État et les Affrétés y débarquent constamment des hommes de la Légion Étrangère rapatriés d'Extrême- Orient.

L'on aperçoit ensuite les villes de Dellys, Bougie, Philippeville, Bùne et sur les eûtes de Tunisie, Bizerte à l'entrée du golfe de Tunis

A hauteur de Tunis on perd la terre de vue, car on se trouve à une trop grande distance des côtes d'ailleurs très basses de la Tripolitaine et de TÉgypte.

On passe en vue des îles : la Galite, Pantellaria et Malte, du cap Blanc et du cap Bon pour ne plus revoir la terre qu'à l'arrivée à Port-Saïd.

Lorsque le bateau partant de Toulon ne doit pas aller à Oran, il se dirige directement sur Port-Saïd par la Corse, l'île d'Elbe et le détroit de Messine, dont le passage de jour comme de nuit excite l'admiration de tous.

On passe en vue du mont Etna en Sicile.

Arrivé à Port-Saïd cinq jours environ après le départ d'Oran, le bâtiment y fait toujours du charbon et embarque des vivres frais avant d'entrer dans le Canal.

La ville de Port-Saïd par elle-même n'a rien de bien remarquable sauf son caractère Oriental, c'est surtout une ville cosmopolite où l'on exploite le plus possible l'étranger.

Se rnéfîer delà roulette! car c'est la grande industrie des nombreux Grecs qui sont dans le pays.

Il y a deux cafés-concerts où l'on chante des chansons et joue des pièces en différentes langues selon la nationalité des bateaux de passage.

Le bâtiment entre donc dans le Canal à son tour et comme maintenant on peut le passer de nuit grâce à la lumière électrique , ce qui fait gagner presque un jour, il arrive à Suez environ vingt heures après, les différents arrêts dans les gares compris.

Le Canal de Suez a une longueur de quatre-vingtsept milles, soit cent soixante kilomètres environ, mais les règlements de la Compagnie interdisent aux bâtiments de faire plus de cinq milles à l'heure, pour ne pas dégrader les rives.

Voir sur le bord du Canal l'Hôpital des employés de la Compagnie, à l'entrée du Grand Lac sur l'emplacement de l'ancien pavillon de l'Impératrice qui avait été construit pour l'inauguration du Canal, Hismaïlia, les lacs Amers, la route de La Mecque et le

pont qui sert à faire passer les caravanes un peu avant l'arrivée à Suez.

Pendant le jour on peut aussi voir le chemin de fer qui va de Port-Saïd à Hismaïlia en côtoyant le Canal et rejoint la ligne du Caire qui part de Suez ; les nombreux effets de mirage par un beau soleil sont aussi très curieux.

On a bien peu souvent Foccasion de descendre à Suez, les bâtiments mouillant au retour à une très grande distance, il est en effet très difficile d'aller à terre. La ville ressemble d'ailleurs beaucoup à Port- Saïd, le terrain moins aride y offre cependant plus de verdure.

A peu de distance de Suez, au milieu du sable et près du rivage on peut apercevoir un petit coin de verdure, c'est la fontaine de Moïse.

Un peu avant la sortie du golfe de Suez, on aperçoit également à bâbord le mont Sinaï qui domine toutes les grandes montagnes environnantes.

A l'entrée de la mer Rouge on commence à perdre la terre de vue, n'apercevant de temps à autre que quelques ilôts qui émergent de l'eau et rendent la navigation très dangereuse, pour ne la revoir qu'uQ peu avant la sortie, on est alors en vue de la cote d'Arabie et de la ville de Moka renommée par son café.

A la sortie de la mer Rouge se trouve Périm, îlot complètement dénudé sur lequel les Anglais ont

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construit un fort pour garder les passages de la mer Rouge au golfe d'Aden.

Si le bateau fait escale à Aden. les Affrétés y font quelquefois du charbon au retour; visiter les citernes, travaux gigantesques faits par les Anglais pour amasser l'eau quand il pleut; mais comme il pleut très rarement dans le pays, tous les quatre ou cinq ans seulement, paraît-il, elles sont presque toujours à sec.

On arrive à Obock cinq ou six jours après le départ de Suez, lorsque le Transport y prend du charbon, le chargement se faisant très lentement, on reste en rade au moins vingt-quatre heures.

Rien de bien curieux à Obock, bien que le village des Somalis ait pris de l'importance depuis 1885 ; visiter la Factorerie, la tour Soleillet, l'habitation du Gouverneur, le Casernement des troupes, la Mission.

On parlait d'ailleurs à une certaine époque de transporter le marché au fond de la baie de Tadjoura où, se trouvant sur le passage même des caravanes, il pourrait certainement prendre plus d'extension.

Au départ d'Obock le bateau prend la route de Colombo et le plus souvent celle de Singapoor directement; c'est le moment le plus pénible de la traversée, car c'est celui où Ion reste le plus longtemps sans voir la terre.

A la sortie du golfe d'Aden. on passe en vue de Guardafui, de Socotora, pour n'apercevoir les Maldives que huit ou dix jours plus tard.

La route d'Obock à l'île de Ceylan passe par le canal des Huit Degrés, au sud de Minicoy, îlot qui se trouve dans la partie nord des îles Maldives.

Quelquefois, mais très rarement, les Transports de l'État vont à Mahé des Indes, pour épuiser le dépOtt de charbon qui y avait été fait pendant la durée des opérations au Tonkin.

Mahé, petite possession française enclavée au milieu des possessions anglaises, dernier vestige de notre Grand Empire des Indes d'autrefois, se trouve sur la côte à hauteur des Laquedives.

Le bateau devant mouiller très loin, on se rend à terre dans les pirogues à balancier du pays.

La ville, située à l'embouchure d'une rivière, est très petite, on y remarque surtout des corbeaux en très grande quantité , n'étant pas inquiétés sans doute par les indigènes, ils encombrent constamment les rues.

Du haut d'une montagne située sur la rive droite de la rivière, on a un panorama magnifique, on découvTe en effet de cette hauteur à la fois, la mer sur laquelle on a pleine vue, et à l'intérieur des terres la vallée bordant les rives aux mille sinuosités de la rivière, avec sa végétation luxuriante, n'ayant d'égale que la végétation de Colombo même.

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Colombo est en effet surtout remarquable par sa végétation tout à fait extraordinaire.

Visiter à Colombo les Casernes, le quartier européen, quartier commerçant; en dehors de la ville même, le quartier où se trouvent les villas des Anglais et le village indien.

De Colombo on descend vers la pointe de Ceylan, en côtoyant l'île assez près pour voir les trains de la ligne du chemin de fer, qui relie sur la côte Colombo à Pointe de Galles.

De l'extrémité de Cej^lan en vue de Pointe de Galles, on se dirige directement sur la pointe d'Achem, à l'entrée du détroit de Malacca, on est quatre ou cinq jours sans voir la terre, sauf les îles Nicobar peu éloignées d'ailleurs de la pointe d'Achem.

Il faut environ trois jours pour aller de la pointe d'Achem àSingapoor, la navigation étant très dangereuse dans le détroit de Malacca, surtout à certaines époques où il y a de nombreux grains et une brume constante, il faut marcher lentement et avec beaucoup de prudence à cause de sa petite largeur à certains endroits, la route étant fréquemment suivie.

Le port de Singapoor est très important, ce qui s'explique d'ailleurs très facilement par sa situation même au seul point de passage pour l'Asie.

La ville européenne prend de jour en jour plus d'importance, et s'étend actuellement jusqu'au port

d'où il n'y a que sept ou huit ans elle était encore très éloignée.

Ce qu'il y a de plus curieux à visiter à Singapoor, c'est surtout la ville commerçante, c'est-à-dire la ville chinoise qui est très grande et excessivement populeuse.

Tout le commerce est en effet entre les mains des Chinois qui composent pour ainsi dire toute la population de Singapoor.

Il n'y a d'ailleurs à Singapoor comme Anglais à peu près que les fonctionnaires et les soldats, mais très peu de commerçants de cette nationalité.

On reste généralement peu de temps à Singapoor où le ravitaillement en vivres frais et en charbon se faisant à quai est très rapide, comme cela a d'ailleurs habituellement heu dans tous les ports Anglais.

Visiter si l'on en a le temps, le quartier européen, la ville chinoise et les deux grands jardins, tous les deux merveilleux, dont un appartenant au richissime Chinois Whampoa.

De Singapoor à Saigon on est deux jours sans voir la terre, on passe avant d'arriver au cap Saint- Jacques, en vue de Poulo-Condore, îlot où se trouve un établissement pénitencier destiné à recevoir les condamnés Indigènes qui y sont relégués pour un temps plus ou moins long.

Le cap Saint-Jacques est à l'embouchure de la rivière que Ton doit remonter pendant cinq ou six

heures pour arriver à Saigon, située sur sa rive droite à l'intérieur des terres.

A l'arrivée à Saigon on reconnaît immédiatement la ville Française, et c'est avec un bien grand plaisir que l'on revoit un coin de la Mère-Patrie à trois mille lieues de la France.

C'est depuis une vingtaine d'années seulement que Saigon a pris de l'importance; mais on y construit beaucoup moins depuis nolrepccupation du Tonkin.

On a toujours le loisir de visiter Saigon où l'on fait habituellement un séjour de trois ou quatre jours à l'aller comme au retour.

Voir la Cathédrale, le Palais du Gouverneur, les Édifices publics, les Casernes et le Jardin.

Je recommanderai surtout de faire le tour d'inspection.

On appelle ainsi la grande promenade à laquelle on voit le Tout-Saïgon, généralement au coucher du soleil, avant l'heure du dîner.

Cette belle promenade en dehors de la ville, en voiture découverte, au milieu de cette splendide végétation, par une belle nuit étoilée relativement fraîche, rappelle de loin la promenade au bois de Boulogne pendant l'été.

Saigon possède aussi sa ville chinoise, Cholon, distante de trois ou quatre kilomètres environ de la ville Européenne; on peut s'y rendre par voie fluviale, par le chemin de fer ou en voiture.

Le dernier moyen de locomotion me paraît être de beaucoup le meilleur et le plus agréable.

La ville de Cholon, très grande et très commerçante, est complètement chinoise, tout le commerce comme à Singapoor y est entre les mains des Chinois.

Pour arriver à bien connaître la ville, il faut aller la visiter le jour d'abord et la nuit ensuite.

Aller au théâtre Chinois ou Annamite dans lesquels on joue des pièces qui durent des jours entiers, avec une musique assourdissante.

Dans les théâtres Chinois comme dans les théâtres Annamites, un homme se tient près de la scène, ayant un tamtam devant lui sur lequel il frappe à chaque passage pathétique, c'est en somme la claque organisée dans nos pays civilisés, mais comme à son avis toutes les scènes doivent frapper le public , il ne cesse de redoubler de coups, ce qui produit ainsi un vacarme assourdissant et agaçant.

Les pièces, comme je l'ai dit, durent quelquefois plusieurs jours de suite, les spectateurs fument, mangent, dorment, se promènent dans la salle, vont dafns les coulisses et même sur la scène.

Les femmes ne paraissent jamais sur les planches d'un théâtre, les rôles de femmes sont toujours remplis par des hommes, celles-ci ne vont d'ailleurs que très rarement au théâtre, et le public n'est généralement composé que par le sexe fort.

Auprès des théâtres chinois se trouvent les fumeries d'opium, maisons spéciales où viennent les fumeurs pour y passer la nuit.

A côté de chaque fumeur étendu sur un lit de camp, généralement sur le flanc gauche, de manière à conserver le bras droit libre pour pouvoir bourrer la pipe, un petit plateau portant une lampe, des aiguilles minces de la longueur des aiguilles à tricoter, et une coquille contenant de l'opium.

La pipe se compose d'un tuyau en bambou de vingt-cinq centimètres de longueur environ, et de la grosseur d'une canne.

L'opium contenu dans la coquille a l'aspect d'un sirop épais et brun.

Pour fumer la pipe le fumeur trempe une aiguille par son extrémité dans la coquille, en retire une goutte d'opium grosse comme un petit plomb, puis fait chauffer cette goutte au-dessus de la lampe où Topium bientôt en ébuUition prend une consistance de cire à cacheter.

Il renouvelle plusieurs fois cette opération, jusqu'à ce que la boule d'opium atteigne la grosseur d'un petit pois.

Il fait alors chauffer la surface plane de sa pipe dans laquelle se trouve le trou de tirage, enfonce l'aiguille garnie d'opium dans ce trou, attend le refroidissement et ayant retiré l'aiguille, place le fourneau de la pipe au-dessus de la flamme, il aspire for-

tement par le tuyau, rejetant ensuite la fumée en colonne, qui s"élève ainsi en l'air en spirale, remplissant bientôt toute la salle après quelques pipes, et répandant à l'intérieur une odeur acre qui vous prend à la gorge en y entrant

A la première pipe il vous arrive généralement ce qui arrive aux petits enfants quand ils commencent à fumer le tabac, ce n'est qu'à la septième ou huitième pipe que l'on commence réellement à ressentir le bien-être dont parlent les fumeurs d'opium.

Certains fumeurs fument jusqu'à vingt-cinq grammes d'opium par jour, mais les vieux fumeurs en consomment jusqu'à cent cinquante grammes.

La grande difficulté est surtout de préparer la boule d'opium, ce qui demande un apprentissage très long.

Les fumeurs d'opium se reconnaissent facilement à leur teint hâve, à leurs yeux caverneux et à leur maigreur extrême.

L'opium coûte très cher, ceux qui s'y adonnent lorsqu'ils arrivent à fumer un certain nombre de pipes, finissent par dépenser une somme assez importante par jour, c'est donc un luxe que tout le monde ne peut pas s'offrir.

C'est d'ailleurs une passion qu'il est surtout bon d'éviter, et qui a les mêmes conséquences fâcheuses que la morphinomanie chez nous, et j'ai en-

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tendu dire à un vieux fumeur chinois qui s'était adonné à Topium très jeune, qu'il regrettait beaucoup d'avoir contracté cette mauvaise habitude, mais l'habitude étant une seconde nature, il lui était devenu complètement impossible de s'en débarrasser.

Après avoir quitté Saigon, on est pour ainsi dire arrivé au terme du voyage, beaucoup de passagers ayant débarqué pour la Cochinchine, tant militaires que fonctionnaires, la dunette est moins encombrée.

Il faut environ trois jours pour aller à Tourane en suivant la côte de la Cochinchine et de TAnnam à peu près constamment.

Tourane se trouve au fond d'une très grande et jolie baie, à l'embouchure de la rivière de Hué, mais les bateaux devant mouiller au large à cause du peu de profondeur de l'eau, on ne peut descendre à terre que si le bateau reste suffisamment longtemps, car les embarcations ayant une barre très difficile à franchir mettent un temps très long pour s'y rendre.

Du bateau même on voit le Col des Nuages, sur la route de Hué, ainsi appelé à cause des nuages qui couvrent constamment son sommet.

Visiter auprès de Tourane les Montagnes de Marbre et l'ancien cimetière espagnol au bord de la baie même.

Tourane n'a réellement pris de l'extension que depuis quelques années, et une petite ville commence à se bâtir là où en 1885 on ne voyait encore que quelques misérables cases en paillottes.

La mer étant généralement mauvaise dans le golfe du Tonkin, on arrive en baie d'Along trentesix ou quarante-huit heures après le départ de Tourane.

A l'entrée dans la baie d'Along, dont la vue seule vaut le voyage, on tombe malgré soi en admiration en voyant le bâtiment s'avancer lentement au milieu de ces milliers de rochers à pic, qui émergent de l'eau et auxquels on a donné des noms différents selon leurs formes plus ou moins bizarres, et c'est à se demander quelquefois comment il pourrra sortir de là sans avaries sérieuses

Des oiseaux de proie habitent les sommets de ces rochers et les singes se balancent sur les branches.

On peut avec un peu d'imagination voir là, dans cet amoncellement incohérent de masses pierreuses, tout ce que l'on veut, des clochers de cathédrales, des pâtés de maisons, avec les toits et les murs effondrés, etc. ; il vous offre l'apparence d'une ville ancienne bâtie sur l'eau, avec ses rues se coupant à angles droits et ses carrefours.

On y voit des voûtes formant de véritables ponts, et certains rochers minés à la base ressemblant à

des colonnes qui tiennent debout comme par un miracle d'équilibre.

Le bâtiment bien que paraissant devoir aller donner de l'avant dans un rocher, parvient néanmoins à traverser ce dédale , et arrive enfin sans accident au mouillage.

On aperçoit, au fond de la baie, Hongay où se trouve la mine de charbon et se construit une ville qui prend de jour en jour de l'importance.

Les Affrétés vont jusqu'à Haï-Phong, mais les Transports de l'Etat s'arrêtant en baie d'Along, on est alors embarqué sur une chaloupe des Messageries Fluviales, pour se rendre directement à sa destination sans avoir bien souvent le loisir de voir Haï-Phong, qui se trouve sur la rive droite du Gua- Cam à l'embouchure du Song-Tam-Bac.

La ville d'IIaï-Phong a surtout pris de l'extension en 1887 et en 1888; à cette époque on y construisait beaucoup, mais depuis il y a eu ralentissement et les progrès sont moins sensibles depuis quelques années, quoique les travaux continuent, mais avec peu d'activité.

Est-ce le voisinage d'Hongay qui en est la cause?

A un moment en effet, il était question de faire le port du Tonkin dans la baie d'Along à Hongay même où les bâtiments de fort tonnage peuvent arriver, tandis qu'ils ne peuvent aller à Haï-Phong par la rivière même, à marée haute.

Si l'ancien projet était repris, ce serait donc la ruine d'Haï-Phong à courte échéance comme port maritime.

La ville d'Haï-Phong était déjà éclairée à la lumière électrique à la fin de 1892 , et le même système d'éclairage doit avoir été adopté depuis à Hanoï.

Voir à Haï-Phong, le quartier européen, la Concession , l'Hôpital, l'Hôtel du Commerce, la rue des Chinois, la Grande Pagode Chinoise, le Marché, les Docks et le quartier annamite.

Contrairement à Haï-Phong, l'impulsion donnée en 1886 par M. Paul Bert, ne s'est pas ralentie à Hanoï, et la ville a été complètement transformée depuis cette époque.

Elle est située sur la rive droite du Fleuve-Rouge. Actuellement encore on continue à y construire beaucoup; on y a fait de larges voies ombragées, ce qu'on n'avait malheureusement pas fait dès les débuts à Saïgon où la rue principale , la rue Catinat, est bien trop étroite.

En 1885, il n'y avait pour ainsi dire de constructions européennes qu'à la Concession, sur le bord du Fleuve Rouge; dans la rue Paul Bert actuelle, il n'y avait encore que de misérables cases en paillottes.

Cette rue aujourd'hui est complètement bâtie avec de beaux et grands magasins de chaque côté.

Le tour du Petit Lac est aussi réellement splendide,

complètement entouré de vastes et superbes constructions appartenant à différents services ou à des particuliers.

Visiter les Casernes dans l'intérieur de la citadelle, la Cathédrale, le Grand Bouddha, le Grand Lac et la Ville Chinoise qui est à cùté de la Ville Européenne, chaque rue y porte le nom de son industrie spéciale, ainsi on y trouve la rue du Coton, la rue du Sucre, la rue des Cuivres, etc.

On est en route de construire un Grand Hôpital sur le bord du fleuve en amont de la ville.

Voir aussi le champ de courses en dehors de la ville.

La ville d'Hanoï deviendra par la suite plus belle encore que Saigon , car en prenant de l'extension elle s'étendra de plus en plus sur les bords du Grand Lac où commencent à s'élever déjà de nombreuses constructions.

Les deux lacs à l'intérieur de la ville ne pourront donc que lui donner un caractère tout à fait particulier.

Elle est appelée d'ailleurs, je crois, à devenir dans un temps plus ou moins éloigné le siège permanent du Gouvernement, où sa présence est surtout nécessaire à cause des difficultés qui peuvent se produire longtemps encore au Tonkin, et partant, la Capitale de notre Grand Empire de l'Indo- Chine.

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