G6 • VADE-MECUM
courrier qu'il portait est le talisman auquel il doit d'avoir conservé la vie, car dans les mœurs du pays le courrier de l'Empereur est l'objet du plus grand respect partout où il passe.
Pour nous, nous en conclurons simplement que le tigre surpris lui-même, en voyant le coolie agiter ses bras de la sorte, a eu peur, mais s'il avait pu l'attendre pour le saisir au passage, ou si le coolie armé l'avait blessé quelque peu, celui-ci rendu furieux ne serait pas parti de la sorte, en laissant le champ libre.
Dans les postes il suffît d'avoir une palissade en bambous très solide, de 3 ou 4 mètres de hauteur environ, comme enceinte extérieure, et de bien faire fermer toutes les portes du poste à l'arrivée de la nuit, car quoique l'on ait cité le cas d'un tigre se ruant à plusieurs reprises sur une porte derrière laquelle se trouvait une sentinelle Indigène pour la saisir, il ne franchira généralement pas un obstacle, mais cherchera toujours au contraire une ouverture pour entrer, parce que très méfiant de sa nature, il craindra de tomber dans un piège, par exemple il n'en sera pas de même pour sortir lorsqu'il aura sa proie.
Lorsqu'on est en marche, dans un terrain boisé ou couvert de brousses, ne pas laisser d'hommes marchant isolément derrière, même en plein jour.
Un de mes camarades a eu un homme ainsi en-
levé dans une reconnaissance, pendant le jour.
Fort heureusement pendant qu'il était emporté par l'animal, cet homme a eu la présence d'esprit de tirer son épée-baïonnette du fourreau, pour lui larder les flancs et le forcer à lâcher prise, ce qui arriva en eiïet.
On courut immédiatement à son secours, et on est cependant parvenu à le guérir à. force de temps et de soins, malgré son état très grave.
Cet homme qui appartenait au l^"" Régiment Étranger a d'ailleurs dû être réformé par la suite, car ayant eu l'épaule traversée de part en part, il était complètement incapable de faire aucun service actif.
Or, cela se passait dans les circonstances suivantes :
La petite troupe étant en marche dans un terrain montagneux et couvert de brousse, le tigre tapi dans l'herbe comme à son habitude, bondit d'abord sur un tirailleur Tonkinois de l'extrême pointe, qu'il manqua grâce à sa couverture qu'il portait en sautoir, n'ayant donc pas pu emporter sa proie, le tigre fait un grand détour dans la brousse pour revenir ensuite sur la queue de la reconnaissance.
Un Européen s'étant arrêté quelque peu en arrière, le tigre bondit sur lui pendant qu'il était penché pour puiser de l'eau à un arroyo avec son quart, le saisit et l'emporta.
L'animal n'étant pas parvenu à l'étouffer sur le coup, l'homme a été délivré comme on sait, grâce à son sang-froid et à son énergie.
Dans une marche de nuit, faire beaucoup de bruit, en frappant par terre ou sur les arbres avec des bambous, et allumer des torches que Ion répartit de la tète à la queue de la troupe.
Au bivouac faire de grands feux tout autour, que les sentinelles seront chargées d'entretenir pendant toute la nuit, et en prenant bien cette précaution, on peut dormir sur les deux oreilles, le tigre ayant horreur de la lumière.
Après les ours, les sangliers, qui sont d'ailleurs peu nombreux au Tonkin, les guépards et les chatstigres, nous aurons épuisé toute la série des animaux nuisibles dans les hautes régions.
Il y a également peu de reptiles au Tonkin. quelques serpents dans certaines régions, en très petit nombre et peu dangereux, le plus souvent de simples couleuvres.
Les insectes au contraire, surtout pendant les fortes chaleurs y sont très nombreux, et celui qui a l'épiderme délicat, fera bien dès le jour de son débarquement au Tonkin. de se munir d'une moustiquaire pour son lit , objet absolument indispensable pour se préserver contre les piqûres de moustiques, ces insectes étant pendant la saison chaude, par leur bruissement aux oreilles une
cause d'insomnie aussi grande que la clmleur eliemême.
Après une piqûre de moustique, éviter de se gratter pour la faire dégénérer en plaie Annamite toujours très difficile à guérir, mais la frictionner immédiatement avec du vinaigre, c'est le moyen le plus simple en même temps que le plus efficace de cautériser la plaie.
Pendant le jour, la moustiquaire devra être complètement relevée ; avant l'arrivée de la nuit, le boy devra l'abaisser, et la fermer hermétiquement, en ayant bien soin de faire sortir à l'aide d'un éventail tous les moustiques qui pourraient se trouver à l'intérieur.
Pour se coucher, s'introduire rapidement dans le lit, en prenant la précaution de tenir la lumière le plus loin possible, et de la conserver très peu de temps dans sa chambre, si l'on veut passer une nuit tranquille, car la lumière attire ces insectes malfaisants.
Quant au couchage, se rapprocher comme pour la nourriture et le vêtement, des habitudes des habitants.
Avoir un lit très large, en lamelles de bambou très minces, pour lui donner plus d'élasticité.
Pendant la saison chaude, un matelas Cambodgien recouvert d'un drap sera suffisant, et comme à cause de la chaleur on ne pourrait supporter
même un drap sur le corps, mettre en se couchant un cai-ao et un cai-quan annamite, ce qui remplacera avantageusement la gandoura d'Algérie, et offrira en outre Tavantage à celui qui se trouve dans un poste de pouvoir être rapidement sur pied en cas d'alerte.
On peut également pendant la saison chaude, remplacer le inatelas Cambodgien par un matelas ordinaire que l'on recouvrira d'une simple natte, pour donner de la fraîcheur.
Pendant l'hiver, on peut avoir, paillasse, matelas, draps et couvertures, selon la température.
Il est distribué aux hommes, chaque année, pour la saison froide, en plus du couvre-pied de campement qu'ils ont constamment, une petite couverture et une grande couverture, dite couverture d'hiver.
Chaque Européen doit donc avoir pour la saison d'hiver un couvre-pied de campement, une petite couverture et une grande couverture.
Chaque tirailleur tonkinois a un couvre-pied de campement et une petite couverture, ce qui est absolument indispensable dans les postes des hautes régions.
Je vais parler maintenant des mesures de sûreté à prendre dans les postes.
Les troupes qui tiennent garnison dans les petits postes, d'un effectif généralement très restreint, font un service très pénible, ayant à fournir le service
des reconnaissances, des escortes, de garde, etc.
Il faut donc tâcher de réduire le service de sûreté dans les mesures du possible, en ne conservant que le nombre strictement nécessaire de sentinelles, de manière à n'avoir rien à craindre pour la sécurité générale du poste.
Dans beaucoup de postes, les sentinelles restent immobiles dans un mirador, où elles passent toute la durée de leur faction sans bouger, or, pendant la nuit, la sentinelle voit peu ou voit mal, si elle reste constamment en place.
Il est bien préférable de faire circuler les sentinelles, pour cela, établir un chemin de ronde sur tout le pourtour du parapet formant l'enceinte intérieure, chacune des sentinelles devant parcourir une partie de ce périmètre, et faire constamment les cent pas.
Les sentinelles étant ainsi tenues en éveil, on pourra en réduire le nombre, car poussant le cri de veille à intervalles plus ou moins égaux, elles tromperont ceux qui pourraient avoir l'intention de tenter un coup de main contre le poste, sur l'emplacement et le nombre des sentinelles qui pousseront leur critantôtà un point, tantôt à un autre.
Les sentinelles ne devront donc se tenir dans le mirador que pendant le mauvais temps, qui remplacera ainsi la guérite de France.
On pourra en outre prescrire de fréquentes rondes faites par les différents gradés pendant la nuit.
On a essaj'é d'organiser le service des chiens de guerre au Tonkin, le chien Annamite est certainement un excellent chien de garde, aussi, pourrat-on remployer en station dans les postes, en le plaçant sur le parapet ou dans le mirador; au moindre bruit, il préviendra la sentinelle de se tenir sur ses gardes.
Mais on ne pourra l'employer que dans ces seules circonstances, n'ayant pas les aptitudes nécessaires pour le service d'éclaireur ou d'estafette.
On ne peut davantage employer les chiens Européens pour ce service, car donnant généralement de la voix trop tôt, ils signaleraient la présence d'une troupe à l'ennemi, lorsqu'on aurait tout intérêt au contraire à la lui cacher.
Il est alloué aux officiers de troupe en marche un certain nombre de coolies très restreint d'ailleurs pour le transport des vivres et des bagages.
Emporter le strict nécessaire comme effets de rechange, (vêtements, linge et chaussures, literie) pour augmenter le plus possible la quantité des victuailles.
Les coolies portent généralement un poids moyen qu'il ne faut guère dépasser (30 à 35 k°*) 40 k°* au plus dans les débuts, par charge, c'est à dire par deux coolies porteurs.
La tenue pour faire colonne est en kaki, pour les officiers comme pour la troupe, il faut donc emporter
deux tenues de kaki, une tenue en molleton de flanelle pendant riiiver, le linge de corps et de toilette indispensable, une couverture ou deux selon la saison, une moustiquaire et une bonne paire de souliers de fatigue de rechange.
Après avoir emballé le tout, on complétera la charge au poids réglementaire avec des conserves, il est toujours prudent de s'en munir en quantité suffisante, car les colonnes durant plus ou moins longtemps, on ne peut jamais savoir au moment du départ, lorsque l'on reviendra.
Comme on ne trouve pas toujours sur son chemin les ressources nécessaires pour se ravitailler, en réduisant son bagage personnel pour accroître en proportion les provisions de bouche, on augmentera par cela même le nombre de coolies auquel on a droit pour le transport delà popote.
D'aucuns prétendent que lorsque l'on est en marche, il faut boire selon sa soif.
Je n'ai jamais partagé cet avis, je crois au contraire qu'il faut toujours résister le plus possible à l'envie de boire, l'eau que l'on peut absorber en route, surtout dans les régions montagneuses, étant toujours mauvaise, carie pays étant généralement désert, on y trouve rarement des villages où l'on puisse avoir de l'eau de source.
Boire de l'eau crue dans ce pays, étant absolument contraire à l'hygiène, il faut donc obtenir par
tous les moyens possibles des hommes qu'ils ne boivent pas à chaque passage d'arroyo, beaucoup le faisant surtout par habitude, c'est le devoir du chef de la leur faire perdre.
J'ai marché au Tonkin, dans le Delta, comme dans les régions montagneuses, pendant les plus fortes chaleurs, aux heures les plus chaudes de la journée, j'ai toujours résisté à la soif et je m'en suis toujours très bien trouvé.
J'avais même l'habitude lorsquej'étais trop altéré, de fumer une cigarette, j'y trouvais certainement plus de soulagement qu'à boire de l'eau coup sur coup et je transpirais beaucoup moins.
C'est un procédé pour se rafraîchir qui ne paraîtra peut-être pas bien efficace à beaucoup, mais il ne coûte rien de l'essaj-er.
Les hommes qui boivent beaucoup en route, sont généralement ceux qui transpirent le plus. etbien qu'il soit bon de transpirer beaucoup au Tonkin, je crois que comme en tout, il faut une certaine modératiwi.
La transpiration poussée à un trop grand degré, doit être, il me semble, une cause d'anémie, et il n'est pas nécessaire d'en ajouter une nouvelle à celles déjà si nombreuses dans le pays.
C'est donc une habitude contre laquelle il faut lutter et que l'on doit faire perdre en route aux hommes toujours portés à boire au moindre filet d'eau qu'ils rencontrent.
Dans les parties habitées du Tonkin, comme dans le Delta par exemple, on peut se rafraîchir en route avec du thé chaud que vendent des marchandes sur les routes fréquentées, mais dans le pays désert des hautes régions, où Ton ne rencontre que des arroyos dont l'eau est malsaine, il faut recommander aux hommes de se rincer simplement la bouche, ou de se verser de l'eau sur la tète à l'aide d'un quart, ce qui est encore le meilleur moyen de se rafraîchir et surtout le moins nuisible à la santé.
En colonne, les troupes passant la nuit au bivouac, devront se couvrir la tête avec une coifTure tenant de l'ancien bonnet de police ou de la calotte actuelle de cavalerie et protégeant les yeux contre l'ophtalmie.
Les hommes de troupe doivent prendre chaque malin le café noir, avec la ration réglementaire de tafîa, pourchasser les brumes matinales.
Il est en effet très prudent, en reconnaissance ou en colonne, de ne pas se mettre en route le matin complètement à jeun.
• Ceux qui ont l'habitude de manger au saut du lit, pourront prendre une soupe ou faire un léger repas froid avec un verre de vin , les autres devront boire une tasse de café noir pour leur permettre de supporter les brouillards généralement malsains du matin.
Au Tonkin, au lieu d'avoir leur plaque d'identité au cou comme cela se fait généralement, les hom-
mes devront au contraire la porter constamment au poignet, car en cas de mort sur le terrain où les cadavres sont généralement retrouvés décapités, il devient difficile de les reconnaître.
Je n'ai parlé dans cette brochure que des régions montagneuses, et cela avec intention, puisque la piraterie n'existe plus actuellement que dans ces régions.
Elle y existera probablement encore très longtemps, car de même qu'on n'a pas bâti Rome en un jour, on ne peut arriver qu'à la longue à purger complètement ces régions des bandes qui les infestent depuis un temps séculaire.
C'est donc là que se trouve reporté pour l'avenir le théâtre des opérations militaires pour un temps plus ou moins long.
Gela dépendra d'ailleurs de l'esprit de suite que nous pourrons avoir dans les idées, ce qui nous a toujours fait défaut jusqu'à ce jour, depuis les nombreuses années que nous sommes déjà au Tonkin.
Faisant donc abstraction du Delta, oia l'on trouve tout le bien-être désirable et la tranquillité la plus parfaite, j'ai surtout voulu montrer le Tonkin sous son mauvais coté, pour que l'on puisse y remédier.
Dans les régions hautes en effet, si l'on a à combattre le pirate, qui est peut-être l'ennemi le moins à craindre, car on le voit moins souvent, il faut
lutter chaque jour contre le soleil, la fièvre, la bête fauve, etc., et ce tableau noir que j'ai fait de ce pays pourrait tout d'abord donner à réfléchir à ceux qui auraient l'intention d'aller y guerroyer.
Malgré toutes les difficultés morales et physiques que l'on peut s'attendre à y rencontrer, si trop malheureusement y sont restés, beaucoup aussi qui en sont revenus ne demanderaient qu'à y retourner.
Cette vie, bien que n'étant pas toujours gaie est la seule qu'un jeune officier puisse rêver et qui offre un certain attrait.
On finit en effet par l'aimer plus que toute autre, cette existence d'imprévu et d'aventures, cette guerre d'escarmouches si propre à l'éclat de la bravoure personnelle.
Le Tonkin ne peut certainement être qu'une mauvaise école pour les grades élevés, surtout maintenant où il n'y a plus d'opérations à grande envergure, et l'on aurait tort déporter au pinacle au point de vue d'une guerre future en Europe, tel Chef qui se sera distingué, en le jugeant simplement par ses actes au Tonkin, fût-ce même pendant la période delà conquête.
Mais c'est au contraire une excellente école pour les officiers subalternes, car là, ils se formeront en acquérant le sang-froid, en se faisant le coup d'oeil, et en apprenant à prendre de l'initiative, toutes
qualités militaires qui ne sont pas à dédaigner chez un jeune officier, et qui ne feront que se développer à mesure qu'il blanchira sous le harnais.
Certains détracteurs du Tonkin par tempérament pourront aussi trouver que la conquête du pays n'est pas complètement faite, puisque nos troupes ont encore à lutter contre les bandes qui occupent les hautes régions, sur une aussi grande étendue de terrain.
Il n'est pas de meilleur sourd que celui qui ne veut pas entendre, et bien aveugles ceux qui par parti pris voudraient quand même nous convaincre, que parce qu'il existe encore quelques bandes de voleurs dans ces régions, notre occupation est menacée.
Je crois en effet avoir assez démontré quel était l'ennemi que nous avions à combattre là-bas, il ne peut donc plus exister le moindre doute pour personne à se sujet.
Il n'en est pas pour le Tonkin comme il en a été pour la pacification de l'Algérie, où bien longtemps après la conquête même, nous avons eu à lutter encore contre de vrais guerriers, et bien plus contre des fanatiques , qui venaient nous livrer combat en rase campagne, se ruant sur nos carrés où ils se faisaient tuer jusqu'au dernier pour une cause noble et généreuse.
Nous n'\' rencontrons même pas l'ennemi qui plus récemment au Dahomey, combattait pour son roi,
car si parfois les soldats de Béhanzin nous ont fait la guerre d'embuscade, il faut reconnaître que bien souvent eux aussi ont engagé la lutte corps à corps avec nos troupes.
Là-bas on a constamment devant soi un ennemi que l'on ne voit pas et qui se terre.
Si l'Arabe, par sa manière de se battre, a pu être comparé au Lion du Désert, le pirate le sera à la bête fauve la plus redoutable au Tonkin, au Tigre.
Gomme cet animal il se tapit dans la brousse, derrière un rocher, dans un endroit propice à l'embuscade, attendant sa proie, pour l'appréhender au passage.
Certains prétendent que les pirates chinois dans les régions montagneuses montrent plus de courage et opposent une résistance plus opiniâtre que les anciennes bandes du Delta.
Je n'ai jamais accordé plus de bravoure aux uns qu'aux autres, et dans différentes circonstances, j'ai toujours reconnu qu'ils avaient tous la même tactique pour nous combattre.
Si le pirate chinois a pu paraître nous opposer plus de résistance que le pirate annamite, il ne faut pas l'attribuer, je crois, à sa valeur personnelle, mais surtout au terrain, qui est encore plus favorable dans les régions montagneuses que dans le Delta.
Pour les uns comme pour les autres, il s'est tou-
jours agi de nous prendre dans un endroit difficile et dans quel but?
Dans un simple but de banditisme, pour avoir des armes, des munitions et quelquefois même de l'argent.
Comme tous les Orientaux, dont le système nerveux est peu actif, le Chinois a une très grande énergie pour supporter la souffrance , mais le mépris de la mort que l'on veut bien lui prêter, est dû plutôt à son tempérament apathique, et à son esprit fataliste qu'à sa bravoure.
Nous ne trouvons donc actuellement au Tonkin que de vulgaires brigands, et comment pouvons-nous avoir la prétention de voir le brigandage complètement supprimé, dans un pays que nous occupons depuis dix ans à peine, et oii il existe depuis les temps les plus reculés, lorsque dans notre vieille Europe civilisée, il n'y a encore que quelques années, des bandes armées arrêtaient les trains en Turquie pour prendre des otages et se faire donner de l'argent en échange?
Ne peut-on pas mieux comparer cet acte de banditisme qu'à la prise des frères Roques au Tonkin en 1889-9U près de Dong-Trieu par la bande de Lu-Ky, et à celle de M. Vézin, plus récemment sur la route de Lang-Son par les Chinois, oii les prisonniers ont été remis en liberté après le paiement d'une rançon.
Dernièrement encore on citait des faits de ce genre.
Nous voyons en outre chaque jour sur les journaux que dans les plus grandes villes comme à Paris, la Ville Lumière, un assassinat a eu lieu la nuit en pleine avenue de l'Opéra, que même en plein jour, un crime a été commis dans un des quartiers les plus populeux de la capitale ayant pour mobile le vol.
Pourquoi ne veut-on pas admettre, si l'on peut assassiner aussi facilement et en pleine lumière dans une ville qui compte près de trois millions d'habitants, que les mêmes crimes puissent se commettre dans un pays généralement désert, complètement inculte, et où l'on ne voit pas le plus souvent à un mètre devant soi?
Reportons-nous un peu en arrière, et revoyons l'histoire de notre pays il y a un siècle, nous reconnaîtrons facilement que les bandes pirates qui se trouvent actuellement au Tonkin, dans les régions montagneuses, rappellent tout simplement celles qui autrefois arrêtaient sur les mauvais chemins de cette époque, les vieilles pataches de nos pères.
Ou, mieux encore, transportons-nous au temps de la Féodalité lorsque les grands seigneurs faisaient payer le tribut aux vassaux de leurs fiefs, rançonnant le plus qu'ils pouvaient les pauvres hères de serfs.